
Avec sa pièce As long as we are playing, Joke Laureyns tient à rappeler aux adultes l’importance du jeu. Collés à leurs écrans, ils oublient d’après elle l’importance de l’amusement. Avec son spectacle, elle nous interroge: le jeu est-il réservé aux enfants?
Le jeu tel que défini dans le dictionnaire est “une activité physique ou intellectuelle exercée dans le but de se divertir”. Parfois même est-il précisé “ sans aucune fin utilitaire”. Et si ces définitions étaient des non-sens ? Car, il est utile de rappeler que durant de nombreuses années, le jeu à été au coeur de la société: par les jeux d’arènes, le théâtre, il était presque réservé exclusivement aux adultes. Et s’entendre sur une telle caractérisation du jeu serait oublier totalement que c’est par lui que se créent initialement les interactions en société.
C’est par le jeu que les plus jeunes construisent du lien social et favorisent leur intégration dans la communauté. Alors, une fois les acquis sociaux maîtrisés, le divertissement devient-il moins nécessaire? C’est ce que les définitions laissent entendre. Elles justifient de façon flagrante l’abandon du jeu avec l’âge en insistant sur sa dimension récréative. La société actuelle considère qu’avec la maturité viennent les obligations, les responsabilités, et que ces dernières ne sont aucunement conciliables avec l’amusement. Le loisir et le plaisir sont laissés aux progénitures qui n’auraient, pour ainsi dire, rien de plus pragmatique à faire.
“La jeunesse, c’est la passion pour l’inutile” disait Jean Giono. Et “qu’est-ce qu’un adulte? un enfant gonflé d’âge” pensait Simone de Beauvoir. Comme il est si bien dit dans le film Yes Man, “le monde est un terrain de jeu, tous les enfants savent ça mais on finit par l’oublier en grandissant”. Est-ce par convenance sociale, par manque de temps ? Non, certainement pas par manque de temps.
Commençons par regarder les heures passées devant un écran : télévisions, ordinateurs, téléphones… La littérature comme le cinéma nous donnent la véritable explication. Et si, à l’image des adultes Banks de Mary Poppins ou D’Antoine de Saint-Exupéry, nous avions simplement cessé de croire. Michael et Jane Banks oublieront qu’ils se sont envolés avec des ballons parce qu’ils n’y croient pas. À l’image des grandes personnes, ils restent fermés, hermétiques au jeu. Le Petit Prince dit “toutes les grandes personnes ont été des enfants. Mais peu d’entre-elles s’en souviennent”. Peut-être ont-ils, peut-être avons nous, simplement perdu notre âme d’enfant.
Susie Muselet
