Harcèlement de rue : « Si on inversait les rôles, ils en auraient marre aussi ! »

Rappelons la définition du harcèlement de rue : le harcèlement de rue comprend les comportements ayant lieu dans l’espace public, visant à s’adresser à des personnes d’une manière intimidante, insistante, irrespectueuse, humiliante ou menaçante, et ce souvent en raison de leur sexe.

« Hé mademoiselle, t’es charmante ! », «  T’as pas un snap?! », « Salope va ! », «Pourquoi tu fais la meuf comme ça ?!! » …Les exemples sont nombreux.

Aujourd’hui, il est presque impossible de porter plainte contre le harcèlement de rue tant il est difficile à identifier. La victime peut porter plainte contre injure sexiste, passible d’un an d’emprisonnement et de 45 000 euros d’amende. Elle peut également porter plainte pour harcèlement sexuel, passible d’une peine de jusqu’à 3 ans de prison et 45 000 euros d’amende. Ce dernier délit est décrit comme une « atteinte sexuelle sans pénétration », et commise avec violence, contrainte ou menace. C’est par exemple le cas d’une main aux fesses dans les transports. 

Cependant, la procédure est longue et sans preuve, les affaires sont souvent classées sans suite. En effet, il est très difficile d’identifier l’auteur, le plus souvent méconnu de la victime, ou de trouver des témoins.

Il existe donc des lois qui sanctionnent le harcèlement de rue, mais leur mise en pratique est très limitée.

J’ai interviewé mon amie Apolline, 17 ans, sur le sujet et ma soeur Camillia, 27 ans. Elles m’ont parlé de leurs expériences, de leurs réflexions et des solutions qui selon elles, pourraient être trouvées. 

Pour vous c’est quoi le harcèlement de rue ?

Apolline : Pour moi, c’est un moment où un inconnu t’aborde et force la discussion, persiste alors que toi tu as montré que ça ne t’intéressait pas. C’est vraiment la notion de déranger la personne dans la rue.

Camillia : Pour moi, c’est le fait d’être assommée par des remarques et être prise à partie par des gars de manière répétée.

Ça vous est déjà arrivé ?

Apolline : Oui, plusieurs fois, que ce soit des regards persistants, des gars qui m’ont suivie dans la rue ou même quelqu’un qui m’a touché les fesses !

Camillia : Oui bien sûr, à plusieurs reprises.

Pouvez-vous nous raconter un moment précis dont vous vous souvenez ?

Apolline : C’était en juin dernier et je rentrais chez moi. En prenant le métro, un homme est monté dans la rame avec un aspect un peu bizarre. Il me fixait avec insistance, je n’avais jamais senti un regard aussi oppressant. Pendant un moment, je pensais être parano mais finalement son regard était bien dirigé vers moi. J’attendais une seule chose, c’était de descendre du métro pour prendre le bus et enfin me sentir en sécurité. En m’installant dans le bus, j’étais soulagée. Mais je le vis arriver dans le bus, et il s’est assis à côté de moi. Quand je l’ai revu, j’ai commencé à paniquer mais je ne voulais pas le faire transparaître. J’ai donc eu l’idée de contacter un ami et il m’a suggéré de prétendre descendre à un arrêt autre que le mien. C’est ce que j’ai fait, je me suis levée comme si j’allais descendre, lui aussi s’est levé. Je l’ai laissé descendre et je ne suis pas descendue. Par chance, il est descendu avant moi et il semblait m’attendre. Il était désormais loin de moi, je me suis sentie soulagée mais j’ai eu peur le lendemain de reprendre les transports.

Camillia : En allant faire mes courses dans un supermarché de mon quartier, deux hommes dans une voiture garée m’ont interpellé car je portais un short. Ils m’ont complimenté lourdement là dessus et je leur ai gentiment demandé d’aller voir ailleurs. Ils m’ont alors proposé de l’argent pour un peu de mon temps. Enervée, je leur ai fait un doigt d’honneur et je suis partie. 

Comment vous l’avez vécu ?

Apolline : Les premières fois j’ai eu peur mais, bizarrement et malheureusement, je me suis vite habituée. Je n’y faisais plus trop attention. Par contre, quand on m’a mis la main aux fesses ou quand je me suis faite suivre, plus tard avec du recul, je me suis inquiétée.

Camillia : C’est quelque chose qui aujourd’hui ne me gêne plus forcément puisque j’ai appris à gérer ce genre de situations. Mais je sais que pour certaines amies, c’est plus difficile psychologiquement. Malheureusement c’est inévitable, c’est quelque chose que tu ne choisis pas, il n’y a aucune notion de consentement.

Est-ce que c’est quelque chose que vous craignez quand vous sortez ? Vous vous préparez à ce que ça vous arrive ?

Apolline : Non pas forcément, je considère que l’on a pas à avoir peur. Si on avait peur à chaque sortie, on ne ferait plus rien ! Mais je comprends celles qui peuvent avoir peur.

Camillia : Non pas du tout, après je sais que dans certains quartiers, il y a un risque que je me prenne des réflexions et que ça devienne très embêtant. Après ça peut arriver partout finalement !

Ça vous rend plus vigilantes quand vous sortez ? Par exemple, est-ce que vous modifiez vos habitudes vestimentaires par précaution ?

Apolline : Non, je suis vigilante et observatrice mais ce n’est pas pour autant que je vais changer mes habitudes vestimentaires. Encore une fois, ce n’est pas à moi de m’adapter. J’ai une amie qui s’empêche de porter des jupes quand elle sort en ville et je trouve ça dommage.

Camillia : En fait, c’est sûr qu’on sait très bien que certaines tenues vont attirer autant de regards sains que malsains. Cependant, il faut être libre de son choix ! En restant consciente du monde dans lequel on vit, certes, mais ce n’est pas à nous de nous adapter. Les gens qui considèrent que certaines tenues justifient ce genre de comportements, eux, doivent changer.

Environ 90% des femmes ont subi du harcèlement de rue dans leur vie, ça vous surprend ?

Apolline : Non pas du tout, c’est un phénomène qui en plus touche toutes les tranches d’âges ! Déjà pour moi, ça a commencé quand j’avais 14/15 ans, aujourd’hui ça continue, les filles qui ont 25/30 ans le subissent toujours et même des femmes qui ont l’âge de ma mère !

Camillia : Pas du tout, je pense qu’on peut même le mettre a 100%. C’est une horreur mais finalement, je préfère le prendre avec du recul, c’est sur que c’est très embêtant mais il vaut mieux éduquer ces gens que simplement se contenter de dénoncer leurs agissements.

Vous avez un message pour tous ces gars qui harcèlent les filles dans la rue ?

Apolline : Le mien va peut-être être celui qu’on entend à chaque fois mais il faut qu’ils comprennent que si on inversait les rôles, ils en auraient marre aussi. Il faut qu’ils imaginent que nous les filles, on se promène tranquillement et que d’un coup sans rien demander on se fait agresser, c’est fatiguant. Si ces comportements venaient des filles ce ne serait pas accepté alors que là, comme c’est des garçons, c’est entré dans la norme. C’est devenu une habitude pour les femmes et ça, ce n’est pas normal.

Camillia : Je leur dirais de réfléchir deux minutes et de se mettre à la place de l’autre. Est-ce que tu t’intéresserais à une personne qui te hurle dessus ou qui t’agresse de cette manière? C’est bien de garder une certaine sociabilité, mais cela doit toujours être dans le respect et la bienveillance.

Est-ce que vous pensez qu’il y a des solutions pour lutter contre ça ?

Apolline : Je ne sais pas si il y a vraiment des solutions mais quelque chose qui me vient vraiment à l’esprit, c’est l’éducation. Et ça vaut pour tout, il faut dès le départ apprendre aux garçons comment se comporter avec une fille et avec tout le monde en général.

Camillia : Oui, le plus important c’est l’éducation, éduquer dès le plus jeune âge tout le monde à la bienveillance. Et ça vaut pour tout. On est beaucoup dirigé par nos peurs donc cette bienveillance pourrait changer tellement de choses, elle est fondamentale.

Un conseil pour les filles qui lisent cette interview ?

Apolline : Déjà, ça nécessite une certaine confiance en soi pour affronter ces comportements. Il faut se sentir libre de faire ce que l’on a envie de faire, notamment pour la manière dont on s’habille. Pour moi, il faut tracer sa route et ne pas répondre. Et si ça devient vraiment difficile à gérer, il faut en parler.

Camillia : L’essentiel c’est d’en parler puisque vous verrez qu’en en parlant, vous vous rendrez compte que ça nous touche toutes et donc que ce dialogue peut mener à des solutions.

Propos recueillis par Nessim Ably.

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