Harcèlement de rue : « Si on inversait les rôles, ils en auraient marre aussi ! »

Rappelons la définition du harcèlement de rue : le harcèlement de rue comprend les comportements ayant lieu dans l’espace public, visant à s’adresser à des personnes d’une manière intimidante, insistante, irrespectueuse, humiliante ou menaçante, et ce souvent en raison de leur sexe.

« Hé mademoiselle, t’es charmante ! », «  T’as pas un snap?! », « Salope va ! », «Pourquoi tu fais la meuf comme ça ?!! » …Les exemples sont nombreux.

Aujourd’hui, il est presque impossible de porter plainte contre le harcèlement de rue tant il est difficile à identifier. La victime peut porter plainte contre injure sexiste, passible d’un an d’emprisonnement et de 45 000 euros d’amende. Elle peut également porter plainte pour harcèlement sexuel, passible d’une peine de jusqu’à 3 ans de prison et 45 000 euros d’amende. Ce dernier délit est décrit comme une « atteinte sexuelle sans pénétration », et commise avec violence, contrainte ou menace. C’est par exemple le cas d’une main aux fesses dans les transports. 

Cependant, la procédure est longue et sans preuve, les affaires sont souvent classées sans suite. En effet, il est très difficile d’identifier l’auteur, le plus souvent méconnu de la victime, ou de trouver des témoins.

Il existe donc des lois qui sanctionnent le harcèlement de rue, mais leur mise en pratique est très limitée.

J’ai interviewé mon amie Apolline, 17 ans, sur le sujet et ma soeur Camillia, 27 ans. Elles m’ont parlé de leurs expériences, de leurs réflexions et des solutions qui selon elles, pourraient être trouvées. 

Pour vous c’est quoi le harcèlement de rue ?

Apolline : Pour moi, c’est un moment où un inconnu t’aborde et force la discussion, persiste alors que toi tu as montré que ça ne t’intéressait pas. C’est vraiment la notion de déranger la personne dans la rue.

Camillia : Pour moi, c’est le fait d’être assommée par des remarques et être prise à partie par des gars de manière répétée.

Ça vous est déjà arrivé ?

Apolline : Oui, plusieurs fois, que ce soit des regards persistants, des gars qui m’ont suivie dans la rue ou même quelqu’un qui m’a touché les fesses !

Camillia : Oui bien sûr, à plusieurs reprises.

Pouvez-vous nous raconter un moment précis dont vous vous souvenez ?

Apolline : C’était en juin dernier et je rentrais chez moi. En prenant le métro, un homme est monté dans la rame avec un aspect un peu bizarre. Il me fixait avec insistance, je n’avais jamais senti un regard aussi oppressant. Pendant un moment, je pensais être parano mais finalement son regard était bien dirigé vers moi. J’attendais une seule chose, c’était de descendre du métro pour prendre le bus et enfin me sentir en sécurité. En m’installant dans le bus, j’étais soulagée. Mais je le vis arriver dans le bus, et il s’est assis à côté de moi. Quand je l’ai revu, j’ai commencé à paniquer mais je ne voulais pas le faire transparaître. J’ai donc eu l’idée de contacter un ami et il m’a suggéré de prétendre descendre à un arrêt autre que le mien. C’est ce que j’ai fait, je me suis levée comme si j’allais descendre, lui aussi s’est levé. Je l’ai laissé descendre et je ne suis pas descendue. Par chance, il est descendu avant moi et il semblait m’attendre. Il était désormais loin de moi, je me suis sentie soulagée mais j’ai eu peur le lendemain de reprendre les transports.

Camillia : En allant faire mes courses dans un supermarché de mon quartier, deux hommes dans une voiture garée m’ont interpellé car je portais un short. Ils m’ont complimenté lourdement là dessus et je leur ai gentiment demandé d’aller voir ailleurs. Ils m’ont alors proposé de l’argent pour un peu de mon temps. Enervée, je leur ai fait un doigt d’honneur et je suis partie. 

Comment vous l’avez vécu ?

Apolline : Les premières fois j’ai eu peur mais, bizarrement et malheureusement, je me suis vite habituée. Je n’y faisais plus trop attention. Par contre, quand on m’a mis la main aux fesses ou quand je me suis faite suivre, plus tard avec du recul, je me suis inquiétée.

Camillia : C’est quelque chose qui aujourd’hui ne me gêne plus forcément puisque j’ai appris à gérer ce genre de situations. Mais je sais que pour certaines amies, c’est plus difficile psychologiquement. Malheureusement c’est inévitable, c’est quelque chose que tu ne choisis pas, il n’y a aucune notion de consentement.

Est-ce que c’est quelque chose que vous craignez quand vous sortez ? Vous vous préparez à ce que ça vous arrive ?

Apolline : Non pas forcément, je considère que l’on a pas à avoir peur. Si on avait peur à chaque sortie, on ne ferait plus rien ! Mais je comprends celles qui peuvent avoir peur.

Camillia : Non pas du tout, après je sais que dans certains quartiers, il y a un risque que je me prenne des réflexions et que ça devienne très embêtant. Après ça peut arriver partout finalement !

Ça vous rend plus vigilantes quand vous sortez ? Par exemple, est-ce que vous modifiez vos habitudes vestimentaires par précaution ?

Apolline : Non, je suis vigilante et observatrice mais ce n’est pas pour autant que je vais changer mes habitudes vestimentaires. Encore une fois, ce n’est pas à moi de m’adapter. J’ai une amie qui s’empêche de porter des jupes quand elle sort en ville et je trouve ça dommage.

Camillia : En fait, c’est sûr qu’on sait très bien que certaines tenues vont attirer autant de regards sains que malsains. Cependant, il faut être libre de son choix ! En restant consciente du monde dans lequel on vit, certes, mais ce n’est pas à nous de nous adapter. Les gens qui considèrent que certaines tenues justifient ce genre de comportements, eux, doivent changer.

Environ 90% des femmes ont subi du harcèlement de rue dans leur vie, ça vous surprend ?

Apolline : Non pas du tout, c’est un phénomène qui en plus touche toutes les tranches d’âges ! Déjà pour moi, ça a commencé quand j’avais 14/15 ans, aujourd’hui ça continue, les filles qui ont 25/30 ans le subissent toujours et même des femmes qui ont l’âge de ma mère !

Camillia : Pas du tout, je pense qu’on peut même le mettre a 100%. C’est une horreur mais finalement, je préfère le prendre avec du recul, c’est sur que c’est très embêtant mais il vaut mieux éduquer ces gens que simplement se contenter de dénoncer leurs agissements.

Vous avez un message pour tous ces gars qui harcèlent les filles dans la rue ?

Apolline : Le mien va peut-être être celui qu’on entend à chaque fois mais il faut qu’ils comprennent que si on inversait les rôles, ils en auraient marre aussi. Il faut qu’ils imaginent que nous les filles, on se promène tranquillement et que d’un coup sans rien demander on se fait agresser, c’est fatiguant. Si ces comportements venaient des filles ce ne serait pas accepté alors que là, comme c’est des garçons, c’est entré dans la norme. C’est devenu une habitude pour les femmes et ça, ce n’est pas normal.

Camillia : Je leur dirais de réfléchir deux minutes et de se mettre à la place de l’autre. Est-ce que tu t’intéresserais à une personne qui te hurle dessus ou qui t’agresse de cette manière? C’est bien de garder une certaine sociabilité, mais cela doit toujours être dans le respect et la bienveillance.

Est-ce que vous pensez qu’il y a des solutions pour lutter contre ça ?

Apolline : Je ne sais pas si il y a vraiment des solutions mais quelque chose qui me vient vraiment à l’esprit, c’est l’éducation. Et ça vaut pour tout, il faut dès le départ apprendre aux garçons comment se comporter avec une fille et avec tout le monde en général.

Camillia : Oui, le plus important c’est l’éducation, éduquer dès le plus jeune âge tout le monde à la bienveillance. Et ça vaut pour tout. On est beaucoup dirigé par nos peurs donc cette bienveillance pourrait changer tellement de choses, elle est fondamentale.

Un conseil pour les filles qui lisent cette interview ?

Apolline : Déjà, ça nécessite une certaine confiance en soi pour affronter ces comportements. Il faut se sentir libre de faire ce que l’on a envie de faire, notamment pour la manière dont on s’habille. Pour moi, il faut tracer sa route et ne pas répondre. Et si ça devient vraiment difficile à gérer, il faut en parler.

Camillia : L’essentiel c’est d’en parler puisque vous verrez qu’en en parlant, vous vous rendrez compte que ça nous touche toutes et donc que ce dialogue peut mener à des solutions.

Propos recueillis par Nessim Ably.

Harcèlement scolaire : « J’ai peur d’aller au lycée »

Le harcèlement est partout. Dans la rue, au travail, à l’école. Il peut même s’immiscer chez nous par les réseaux sociaux. On croit que ça n’arrive qu’aux autres, jusqu’à ce que l’on soit touché soit même. 

Un enfant sur trois dans le monde est ou a été victime de harcèlement. Selon l’Unicef, 700 000 élèves français sont victimes de harcèlement scolaire. Ces chiffres varient de 12 % en primaire, 10 % au collège et 4 % au lycée. 

Bien que répandu, le harcèlement reste un grand tabou, et si 10 % de ces enfants harcelés ont pensé au suicide, la moitié n’en parlera tout simplement pas à leur entourage. Ces élèves se sentent seuls, ils ont souvent peur d’en parler, que cela se retourne contre eux, ils ont honte. Ils souffrent donc en silence. Vous avez peut-être été témoin, et on ne sait pas souvent comment ni si on doit réagir. Alors j’ai contacté une victime de ce fléau, pour qu’elle nous en parle.

Arthur (prénom d’emprunt) est en première professionnelle à Lille et est victime de harcèlement parce qu’il est homosexuel. Il a accepté de témoigner pour nous pour libérer la parole : 

Peux-tu nous raconter ton histoire, depuis quand es-tu harcelé ? 

Mon harcèlement a commencé quand je suis entré au lycée. C’est un lycée où il n’y a que des garçons et la plupart ne sont pas très ouverts d’esprit. Ils n’acceptent pas mon homosexualité. C’est de l’homophobie car je ne suis pas le seul dans mon lycée à me faire insulter pour ça.

En fait, dès que tu assumes ton orientation sexuelle, ils commencent à t’embêter.

Je ne comprends pas ce que ça peut leur faire. Je suis gay, et alors ? Ils ne sont pas dans ma vie. Mais, comme on dit, la connerie n’a pas de limites…

Comment se manifeste ton harcèlement ?

Ça commence avec les classiques « pédé », »pédale »,etc… D’abord devant le lycée, dans la cour et puis en classe. Quand je parlais à l’oral ou que je passais devant eux, on m’insultait. Puis, ils ont commencé à utiliser les réseaux sociaux. L’un d’entre eux s’est fait passer pour moi sur Instagram. Il a créé un compte à mon nom pour draguer d’autres gars pour m’attirer des ennuis avec d’autres élèves ensuite. Heureusement, certains connaissaient mon vrai compte et m’ont cru quand je leur ai dit que ce n’était pas moi. En cours, ils m’ont volé mon carnet de correspondance, ils me crachaient dessus et jetaient des choses sur moi.

J’ai peur d’aller au lycée. J’ai déjà séché les cours pour ne pas y aller. Mes parents ne sont pas au courant de ça.

Heureusement quelquefois le calvaire s’arrête. Ils me harcèlent par période avec environ un mois d’écart entre les deux. Tout est normal et un jour, il y en a un qui recommence et les autres suivent. Je pense qu’ils suivent par peur, pour ne pas être marginalisés. Ils suivent le mouvement, quoi.

A plusieurs, ils se sentent supérieurs. Ils sont un petit groupe, ils sont « populaires » et connus dans le lycée parce que les élèves les trouvent « cool ». Les élèves à problèmes sont assez nombreux dans mon lycée, au moins trois par classe et ça fait quand même beaucoup. Je pense que c’est la fréquentation du lycée le problème, ils se croient tout permis car aucune sanction n’est prise à leur égard. 

Comment réagis-tu ?

En général je ne réagis pas, je garde tout à l’intérieur de moi, mais il y a un moment où on craque.

Je n’ai jamais tenté de me suicider mais ça m’a déjà traversé l’esprit, puis je me suis dit qu’ils n’en valaient pas la peine. Pour moi, ce sont des pauvres types.

 Est-ce que tu es encore victime de harcèlement ?

Est-ce que c’est fini ? Oui et non parce qu’il y a le confinement et quand je vais revenir au lycée, je ne sais pas si ça va recommencer. J’ai la « chance » que ça n’arrive qu’au lycée parce que j’ai bloqué toutes ces personnes sur les réseaux pour qu’ils n’accèdent pas à mon compte. 

As-tu réussi à en parler rapidement ? As-tu été aidé ?

Je n’ai pas mis longtemps à en parler. Je suis allé voir le CPE qui n’a rien fait, je suis allé le voir à plusieurs reprises. Pour le dire à mes parents, c’était plus compliqué. J’ai mis un an à en parler. Ils ont appelé le directeur et lui a agi même si ça a n’a pas changé grand-chose. Heureusement, ils ne s’en sont pas pris à moi physiquement. 

Je pense que si j’avais quelque chose à dire aux personnes qui subissent ça, c’est de ne pas garder ça pour soi. Si c’est difficile d’en parler aux adultes, il faut d’abord en parler aux amis qui peuvent apporter leur aide aussi et ça soulage intérieurement.

Si j’ai un conseil à donner aux témoins, c’est de réagir et ne pas fermer les yeux que ça soit du harcèlement de rue ou scolaire. Pour aider un élève victime de harcèlement, il faut aider l’élève harcelé à tenir tête aux harceleurs et l’accompagner dans les démarches – que ce soit aller voir le directeur ou la police si c’est plus grave

Tu as dit que tu te faisais harceler en classe, les profs ne l’ont pas vu ?

Ils ont tous été témoins mais le seul prof qui a réagi c’est mon prof de sport qui est allé voir les CPE mais eux n’ont rien fait. 

Tout ce que le CPE a fait c’est appeler les parents mais quand un élève retourne vers le CPE six fois déjà je pense qu’une sanction serait la bienvenue. Parce que sans sanctions, ils ont arrêté un peu mais ils ont vite recommencé après. On m’insultait en plus de « balance ».

A mon avis, il faut qu’il y ait un suicide ou quelque chose comme ça pour qu’ils réagissent mais il sera trop tard.

Et tes camarades de classes ont-ils réagis ?

Pas vraiment parce que dans ma classe, il n’y a qu’une fille qui est mon amie et comme c’est la seule fille, elle avait des ennuis aussi.

Tu vas revenir quand on pourra reprendre les cours ou tu vas préférer rester chez toi ?

Je termine l’année et je changerai de lycée en septembre.

Là, je suis en lycée professionnel. L’année prochaine, je vais dans l’art dans un lycée où je connais du monde. J’espère qu’ils seront plus matures. Comme mon prochain lycée est en Belgique, je dois avoir une attestation de scolarité et je dois suivre le programme jusqu’à la fin donc je pense que je vais quand même y retourner.

Je trouve ça fou que ce soient les victimes qui doivent changer d’établissement et pas les coupables qui soient virés.

Si tu pouvais dire quelque chose à des gens qui harcèlent tu leur dirais quoi ?

J’aimerais savoir pourquoi ils font ça. A quoi ça leur sert de détruire des gens ? Est-ce que ça les rend plus heureux ? Est-ce parce qu’ils ne s’aiment pas ? Je terminerais par leur dire que la roue tourne et qu’un jour ils pourraient regretter tout cela. 

Propos recueillis par Elora Veyron-Churlet.

Harcèlement de rue : « Il m’a craché dessus, en plein milieu du visage… »

Le harcèlement désigne un ensemble d’actes, de comportements, d’écrits ou de propos qui, par leur répétition et leur caractère dégradant, contribuent à nuire psychologiquement ou physiquement à la personne qui en est victime. Il existe différentes formes de harcèlement, il peut être moral ou sexuel, et il se retrouve dans différents milieux : au travail, à l’école, à la maison, mais aussi dans la rue.

            C’est sur cette dernière forme que nous allons nous pencher : le harcèlement de rue. Selon la définition de « Stop Harcèlement de rue », ce sont les comportements adressés aux personnes dans les espaces publics et semi-publics, visant à les interpeller, leur envoyant des messages intimidants, insistants, irrespectueux, humiliants, menaçants, insultants en raison de leur sexe, de leur genre ou de leur orientation sexuelle mais aussi de leur origine.

            Pour alimenter cet article, j’ai cherché tout d’abord autour de moi. Je savais le harcèlement de rue courant, je l’avais déjà moi-même expérimenté, mais je n’imaginais pas obtenir aussi facilement une dizaine de témoignages. J’ai contacté un peu plus de vingt personnes, filles et garçons, tous âgés entre quinze et vingt ans. J’ai fait face à trois cas de figure : certains ne m’ont tout simplement pas répondu, d’autres m’ont dit n’avoir aucun témoignage à divulguer et enfin les autres qui ont accepté de participer, et de partager leur expérience, parfois pluriel, souvent marquante et douloureuse. 

            Ainsi, vous allez découvrir dix témoignages, que neuf jeunes femmes et un jeune homme ont bien voulu me confier. Merci encore à eux, d’avoir accepté de se confier à moi ! 

Certaines ont été touchées dès le collège, comme Claire, Maëlle, Salomé, Roxane ou encore Juliette. 

« J’étais au collège, en quatrième il me semble, je me baladais dans un parc avec une amie lorsqu’un homme assez âgé est venu nous voir. Il devait bien avoir cinquante ans, et nous nous n’avions rien demandé, nous profitions juste du soleil. Il nous a proposé de nous payer une glace puis un verre, pensant que nous avions vingt ans. Ce fut compliqué pour qu’il abandonne, mais ce n’est pas ça qui m’a le plus troublée. Son fils l’accompagnait, proche de la trentaine, et il ne disait rien. Il avait bien vu que nous étions gênées et que son père forçait, mais nous avons dû nous débrouiller seules.

Une autre fois, encore collégienne, j’étais avec ma mère et ma sœur. Le simple fait de porter un short et un haut moulant les a tous attirés. J’ai cru être dans un film ce jour-là. Dès qu’on croisait un homme je me prenais des remarques. Alors oui ce n’était pas méchant, c’était plus du style « t’es jolie mademoiselle »  « t’as un numéro ? ». Mais je ne m’étais jamais sentie aussi mal et gênée, en plus j’étais avec ma mère. Quand j’y repense, j’étais trop jeune pour me prendre de genre de remarques. »

Maëlle, 18 ans.

« Lorsque j’avais 11 ans en allant au collège, presque une fois par semaine, des hommes, le plus souvent travaillant à la mairie, me klaxonnaient, sans aucune raison. De temps en temps, ils se permettaient même de faire des gestes à leur fenêtre. J’étais jeune et ces situations m’ont marquée, je me sentais humiliée et trouvais ça vraiment désagréable et très déplacé venant d’hommes beaucoup plus âgés que moi. »

Claire, 18 ans.

« J’étais en 4ème, j’avais 13 ou 14 ans et ça s’est passé littéralement au bout de ma rue. Ma mère m’a déposée, elle avait des courses à faire. Au croisement de ma rue, un homme était garé, un peu à l’arrache. J’avance, je passe devant lui et je l’entends qui démarre. Jusque-là, c’est juste un mec qui démarre sa voiture. Mais il ouvre sa fenêtre et se met à baragouiner des trucs. Je ne comprends pas ce qu’il dit, mais je me doute qu’il ne me dit pas que j’ai fait tomber mes clés. Il parle dans une langue étrangère, je ne saurais même pas dire laquelle. Je sens mon cœur se serrer. Je fais comme si je n’avais rien entendu. J’accélère un peu, je me dis que je ne peux pas courir. Je reste tête baissée. Il continue à me crier dessus. J’avais 50m à faire, ce trajet ne m’a jamais paru aussi long. J’accélère encore. Je prépare mes clés. Je n’ai jamais ouvert ma porte aussi vite. Je rentre le plus vite possible et je claque derrière moi. Je ferme même l’entrebâilleur. Je reste 5 bonnes minutes dans mon entrée, en état de choc. 

Je n’ai vraiment pas compris ce qu’il se passait. C’était la première fois que quelque chose comme ça m’arrivait. On m’a toujours dit si un homme te suit, tu fais ça, tu réagis comme ça. Sauf qu’à ce moment-là, tu ne peux pas réfléchir rationnellement. Je n’ai pas pensé au fait qu’il allait connaître où j’habitais, qu’il pourrait même me suivre à l’intérieur. Je voulais juste être en sécurité et qu’il me fiche la paix. »

Salomé, 16 ans.

« Quand c’est arrivé, je devais avoir treize ans, et je ne connaissais rien de mon corps, je pense que cela a été encore plus violent pour moi. Pour une fois, cela m’arrivait rarement, j’avais mis une robe. Elle était blanche, finissait au dessus du genou mais n’avait rien de « sexy », rien qui pouvait vouloir dire à des gens que j’avais envie de quoi que ce soit (je préfère préciser au cas où des gens pensent encore que la tenue change les intentions). 

Je prenais le métro, sûrement pour rejoindre des amis et j’étais seule. J’étais habituée à prendre le métro pour aller au collège. Je me rappelle que j’étais un peu pressée, et j’avais emmêlé mes écouteurs et  fait tomber ma carte. Deux hommes beaucoup plus vieux que moi (je dirais âgés de plus de 50 ans) arrivaient vers moi pour sortir. Je n’y faisais pas attention, ils avaient l’air totalement normaux. Donc je me suis penchée pour ramasser la carte et quand je me suis relevée un des hommes a passé sa main sur mon vagin et a continué sa route. Il ne s’est rien passé de plus,  je me suis même souvent demandée si ce n’était pas un accident. Mais cela me parait très bizarre, comment sa main aurait fini là par hasard ? Cela paraît très peu probable que ce ne soit qu’une coïncidence, non ? Dans mes souvenirs, l’homme ne s’était pas excusé, mais avait continué d’avancer en rigolant. 

J’ai moi aussi continué d’avancer, et j’ai ressenti de la honte. Je n’ai pas compris mon absence de réaction,  je ne m’y attendais pas et j’étais comme pétrifiée. Je n’ai, je crois, jamais raconté cette histoire. Je crois que je n’en ai pas ressenti le besoin et  je ne voyais pas trop comment en parler. J’ai mis du temps avant de vouloir porter à nouveau une robe. Je m’en voulais à l’époque, car je ne mettais jamais de robe et la seule fois où j’en ai mis une, il s’était passé ça. »

Roxane, 19 ans.

« J’étais au collège, j’avais treize ou quatorze ans, et je rentrais des cours. C’était l’une des belles après-midi du début de printemps, alors j’avais mis une jupe et un haut. (Aucun intérêt à préciser ma tenue puisque cela ne justifie pas les comportements inappropriés).

Après être descendue du bus, il me restait environ vingt mètres avant de rentrer chez moi. Mais au fond tout peut arriver en 20 mètres. Un camion passa. Le chauffeur baissa sa vitre et dit hautement « belle jupe » avec un ton provocateur.

Je me suis sentie tellement rabaissée et impuissante,  car il est parti aussi vite qu’il est arrivé. Mais c’est la sensation d’être associée à l’image d’une tenue qui me déplaît le plus. Pourquoi a t-on des réflexions perverses, en tant que femmes, et pas eux ?

Tellement de rage contre ces réflexions dont je ne vois toujours pas le but. Nous sommes censées vivre dans un monde plus ouvert d’esprit mais on en est encore très loin.

C’est pourquoi, je souhaite donner toute ma force aux femmes qui lisent ça et qui se sentent concernées. Et si elles ne sont pas concernées, je souhaite qu’elles ne le soient jamais. »

Juliette, 17 ans.

D’autres sont concernées un peu plus tard, mais connaissent la même violence. En allant courir, prendre le métro, retrouver des amis en ville, Garance, Marion et Justine ont subi également ce harcèlement de rue. Willy, quant à lui, nous raconte comment, avec un de ses amis, ils ont assisté à l’agression d’une jeune femme et ont essayé de l’aider.

« C’était à la sortie de la gare. J’étais seule et marchais pour rentrer chez moi. Il y avait seulement un groupe de personnes. Un homme, torse nu, sort du groupe quand il me voit arriver et crie :

« Toi ! T’es petite mais j’te baise »

Je ne réagis pas et continue à marcher tranquillement. Quand je suis forcée de passer devant lui et son groupe, j’ai peur d’une nouvelle réaction de sa part. J’accélère le pas et prends soin de marcher le plus loin possible de lui et des autres. Je ne me sens pas en sécurité, j’ai peur et je suis vexée par son commentaire. »

Marion, 18 ans.

« Tout d’abord, il faut savoir qu’avant cet incident, je pratiquais le sport très régulièrement dans la rue, que ce soit le cyclisme ou la course.

Un jour, alors que je courais, (je devais être à 5km de chez moi) deux hommes m’ont sifflée. Ils étaient en voiture et ils se sont mis sur le côté pour me « parler ». Je cite :

« Qu’est-ce que tu fous là ? Tu devrais être dans la cuisine, pas courir ! T’as un bon cul dis moi, tu veux qu’on te déboîte ? ».

Sur le coup j’ai réagi en disant que je ne parlais pas français mais j’étais horriblement mal. Je me sentais sale, vulnérable et je suis rentrée en pleurant chez moi. Mes parents n’ont jamais été au courant de ce qu’il s’est passé.

Aujourd’hui, je ne fais plus de cyclisme, je fais du basket en intérieur, et je cours sur un tapis chez moi.

Je me demanderais toujours : pourquoi les femmes sont-elles des cibles à ce point ? Pourquoi  ne sommes nous que des objets pour faire la cuisine, d’après les sexistes ? Personne ne devrait subir ça. »

Justine, 16 ans.

« Deux expériences m’ont particulièrement marquée. Toutes les deux se sont déroulées l’année dernière, alors que j’étais dans le métro.

Pendant le trajet de retour jusqu’à chez moi, aux alentours de 23h, un homme me fixait. Tandis que je me tenais dans la rame, je sentais son regard peser sur moi et je n’attendais que mon arrêt pour sortir. Cependant, arrivée à l’arrêt, il est sorti aussi. Je l’ai laissé passer devant, et j’ai essayé de prendre mes distances. J’ai alors vu des agents de sécurité circulant dans la station, je me suis sentie soulagée, et j’ai continué mon chemin pour sortir de la station de métro. C’est là que j’ai vu le même homme posté devant la porte de sortie.

Hésitante, je suis tout de même sortie en évitant son regard.  Malgré cela, il a commencé à me suivre en disant des phrases comme : «  Je suis gentil t’inquiète pas » ou «  Tu ne veux pas qu’on apprenne à se connaître ? » J’ai donc accéléré le pas, mais il continuait à me suivre. A ce moment-là, je me suis faite envahir par la panique. Mon premier réflexe fut d’appeler mon père, puisque j’ai toujours pensé qu’un appel était efficace pour dissuader les harceleurs. Cela a fonctionné, il a arrêté de me suivre et a fait demi-tour. Je suis alors rentrée chez moi, angoissée et tremblante mais surtout très énervée par cette situation.

La deuxième expérience qui m’a marquée semble moins traumatisante à première vue mais nourrit tout de même ce sentiment d’insécurité qui règne dans les transports en commun ou dans la rue. Un soir, vers 19h, je refaisais ce même trajet pour rentrer chez moi. Les métros sont bondés à cette heure de la soirée, nous sommes alors tous très proches les uns des autres. Un homme a commencé de la même manière à me lancer des regards insistants. Il a alors embrayé la conversation, en me demandant mon prénom, mes études et bien sûr si j’étais en couple. Je lui ai donné alors un faux nom, de fausses études et lui ai répondu qu’effectivement j’étais en couple afin qu’il me laisse tranquille. Lors de cette conversation, je ne savais que faire, que dire ;  j’étais dans une situation d’inconfort total. Tout en tentant de couper court à la conversation,  j’essayais de m’éloigner de cet homme. Je suis sortie à mon arrêt en espérant ne jamais le recroiser. Tous les lundis soir, à 19h, pendant un temps, je guettais alors si il n’était pas sur la ligne ou dans la rame. Je n’avais absolument pas envie de me retrouver dans cette même situation d’appréhension et de malaise. »

Garance, 18 ans.

« C’était un vendredi. Je venais de finir les cours et je devais passer la soirée avec des amis. Je me souviens, il pleuvait et ils étaient en retard, j’étais en colère contre eux. J’étais allée les attendre à République, où se situait leur arrêt de bus. 

Je me suis assise sur un banc. J’avais un livre à la main, et quelqu’un venait de m’appeler au téléphone. J’étais tout sauf disposée à vouloir parler. Un homme est venu vers moi (alors que j’étais toujours au téléphone). Il puait l’alcool. Il est venu me parler mais j’ai du lui dire que j’étais occupée. Il m’a posé des questions simples, comme :

 «Comment tu vas? Tu fais quoi, là ?» 

Je précise que si c’était dans l’optique de me draguer, il devait avoir au moins deux fois mon âge. Il m’a proposé de le rejoindre, lui et ses amis, installés sur un banc à coté. J’ai refusé et lui ai demandé de partir. Après plusieurs minutes, il ne partait toujours pas, j’ai commencé à m’énerver. Je lui ai dit de dégager et que j’étais occupée. 

Il m’a craché dessus, en plein milieu du visage et est parti. Je crois que j’ai commencé à pleurer quelques larmes, j’ai essuyé la bave avec un mouchoir et de l’eau. Je ne voulais pas partir du banc,  je me disais qu’alors je laissais l’homme gagner. Je me rappelle qu’au moment où c’est arrivé j’étais au téléphone, j’avais poussé un cri. Mon interlocuteur m’a demandé ce qui s’était passé, je lui ai dit qu’on m’avait craché dessus, et j’ai raccroché. 

J’ai attendu mes amis toujours sur le même banc en surveillant l’homme et ses amis. Ils ne faisaient plus du tout attention à moi, mais j’étais paniquée. Quand mes amis sont arrivés, je n’ai pas bougé. Ils ont bien vu que ça n’allait pas, je leurs ai expliqué alors ce qui s’était passé. On est partis en métro et avec une amie, on s’est racontées nos pires expériences avec des inconnus. C’est con mais cette discussion m’a fait du bien, de sentir que je n’étais pas seule.

En racontant cette histoire, même si cela date d’il y a un an, j’ai l’impression de me sentir sale et j’ai envie d’aller laver mon visage. »

Roxane, 19 ans.

« À l’été dernier, un ami et moi, nous étions partis à une petite soirée sauvage aux alentours de la station de métro Wazemmes. Après de nombreuses heures d’amusement et d’aventures en tous genre, minuit sonna. On est alors retournés à la station de métro, pour rentrer dormir chez moi à Hellemmes. On prend donc le métro. À la station suivante, une jeune femme monte dans le métro et s’assoit en face de nous. La demoiselle étant en pleurs, nous arrêtons de rigoler. Un peu gênés, nous ne savions pas trop quoi faire, mon ami finit par tendre un mouchoir à la femme. Elle accepta et un silence gênant pris place. Deux stations après l’arrivée de cette dernière, un homme monta dans la rame et s’assit juste à côté d’elle. Il avait l’air joyeux et euphorique. Il mit son bras autour de la demoiselle qui le repoussa instantanément. Il retenta deux autres approches, la réaction était toujours la même. Il parlait d’une façon familière avec la jeune femme, nous pensions donc qu’ils se connaissaient. L’homme continuait, mon ami a fini par intervenir :

 « Non mais c’est bon là, arrête ! Tu vois bien qu’elle ne veut pas ! ». 

Outré, l’homme s’esclaffa qu’il faisait ce qu’il voulait et que ça ne nous regardait pas. Il commença à dénigrer la femme et à prendre toute la rame à partie, dans un grand monologue :

 « Ah, donc tu fais ton cinéma devant tous ces gens ?…Après ça va être moi le grand méchant…Tu verras quand on sera rentrés… ». 

Nous étions très mal à l’aise, nous lui avions bien dit d’arrêter, mais il continuait, une personne que nous ne connaissions pas nous soutenait dans nos propos. Vers la station Marbrerie, soit une station avant celle d’Hellemmes, nous étions pris de doutes, que faire puisque nous devions descendre ? Il semblait inimaginable de laisser cet odieux personnage avec cette femme, mais d’un autre côté, c’était le dernier métro et on devait descendre à la prochaine station. La situation s’envenimait, le ton montait. Les paroles de l’homme devenaient insupportables moralement, on ne voulait plus l’entendre et mon ami lui fit entendre que le linge sale ne se lave pas en public. L’homme, pris de colère, se leva et du haut de ses deux mètres, cria, avec le bras tendu vers le ciel:

« Il y a quoi ? Il y a un problème maintenant ? »

 Voyant que mon ami allait se prendre une gifle colossale, mon sang ne fit qu’un tour et je me levais instinctivement pour le protéger : 

« Ouais il y a un problème, qu’est ce que tu vas faire ? » 

L’homme, fou de rage, nous lançait des regards meurtriers. La sonnerie du métro retentit, nous étions arrivés à Hellemmes, la femme se leva et sortit. Moi, mon ami et l’homme empruntèrent le même chemin. Il était dans une colère noire, il nous menaçait, essayait de nous faire peur. Le rapport de force était simple : nous étions deux jeunes hommes d’à peine 18 ans complètement ivres, contre un homme entre 20 et 30 ans, de deux mètres et en pleine possession de ses moyens. Nous ne voulions clairement pas nous battre. Mon ami et moi avions alors eu la même idée. Maintenant qu’il avait une dent contre nous, il ne pensait plus à la jeune femme, nous allions donc continuer à l’occuper pour lui donner plus de temps. Nous alternions entre provocation et refus de combat pour garder son attention. Après quelques minutes de stress intense, nous étions obligés de sortir du métro, la situation devenait trop explosive. A peine sorti, l’homme nous menaça, jura qu’il nous retrouverait et partit dans une direction pour retrouver la jeune femme. Nous étions terrorisés, stressés et chamboulés. Nous ne savions pas quoi faire, nous ne voulions pas les suivre mais nous ne souhaitions pas la laisser seule avec un fou enragé à sa poursuite. Nous avons donc décidés d’appeler les forces de l’ordre. Après un bref résumé des faits, la policière nous félicita et envoya une patrouille dans la zone. C’est rongés par le stress, la colère et la peur, que nous sommes rentrés dormir chez moi.

Je ne raconte que très rarement cette histoire car je suis extrêmement gêné d’en parler. Primo ce n’est pas mon histoire, ce n’est pas une histoire drôle, et je ne pense pas que la femme en question en garde un bon souvenir et qu’elle voudrait que des gens en parlent. Secondo, je trouve cela gênant car sur le coup, on a agi par instinct, on ne pouvait pas la laisser se faire harceler, on devait agir et on l’a fait sans penser aux conséquences. Raconter cette histoire gâche tout, car cela nous met en valeur alors que ça ne devrait pas. On a juste fait ce qui nous semblait juste. Même si je suis fier de ce qu’on a fait ce jour là, ce ne sont pas les autres qui doivent me féliciter, je ne l’ai pas fait pour eux. »

Willy, 19 ans.

Si certains témoignages ne relatent qu’une expérience de harcèlement de rue, la majorité des victimes subissent plusieurs expériences et ma dizaine de témoins n’y a pas échappé. Parfois ces souvenirs restent plus gênants que douloureux, malheureusement ce n’est pas le cas pour toutes. La répétition de ces actes les rend méfiantes, constamment sur leurs gardes et parasite leurs vies. 

« J’en ai eu pas mal. Souvent ça se passe très bien et je n’en garde pas un mauvais souvenir. Les garçons (une seule fille m’a abordée) sont plutôt polis et agréables quand je décline leur offre. Le pire et le plus bizarre c’est quand des hommes d’âges mûrs m’accostent. Je suis alors très mal à l’aise parce que j’ai l’âge de leur fille, et contrairement aux jeunes, ils me regardent de façon perverse, lubrique. Parfois ils me suivent aussi. 

Une fois un type m’a suivie pendant plus d’une heure. Il a attendu sans rien manger à la terrasse du restaurant où j’étais, puis quand j’ai coupé par le parking pour voir si il me suivait, il l’a fait aussi. Après m’avoir dépassée, il n’arrêtait pas de se retourner sur moi. Quand je suis rentrée dans un magasin en panique, il est revenu sur ses pas et a fait la même chose. Il n’est parti que quand j’ai demandé de l’aide aux vendeurs.

Ce n’est pas agréable du tout quand c’est des hommes âgés, parce qu’ils ont aucune limite. Je sais que je ne devrais pas complexer, car ce n’est pas de ma faute si on me regarde ou qu’on me suit/m’accoste. Mais à chaque fois que ça m’arrive,  je me dis « tu n’aurais pas dû t’habiller comme ça… » alors que je suis habillée de façon vraiment normale. 

C’est horrible parce qu’à la fin tu deviens parano, t’as l’impression que beaucoup d’hommes te suivent alors que ce n’est pas forcément le cas ! Tu culpabilises beaucoup alors qu’il y a aucune raison. Parfois, je suis tellement mal que je rate mes arrêts de métro exprès ou que je change carrément de ligne. Je peux faire plusieurs allers retours comme ça juste pour la tranquillité d’esprit. »

Jeanne, 17 ans.

« Le harcèlement de rue m’a touchée plus d’une fois mais, heureusement pour moi, il n’a jamais été traumatisant. Mais j’en garde toujours un souvenir gênant, surtout pour les expériences que j’ai eues plus jeune. 

Maintenant je sais mieux gérer les hommes qui m’accostent, même si ce n’est jamais agréable. Je me demande toujours ce qu’ils attendent, qu’on leur donne notre numéro ou qu’on parte en rendez-vous avec un inconnu ? 

C’est très handicapant dans la vie de tous les jours. Dès qu’il commence à faire sombre et que je croise un homme, je suis sur mes gardes, et ça par expérience. Il m’est arrivé plusieurs fois qu’en sortant du métro je me fasse accoster et certaines fois suivre ! 

   Je me souviens un jour, un jeune homme était venu me voir pour me dire qu’on avait été dans la même soirée et qu’il me trouvait très charmante. Or, je sais avec qui je fais mes soirées et je ne l’avais jamais vu. Je fus plutôt énervée du mensonge. 

   Plus récemment j’attendais une amie en ville et un homme s’est approché de moi. Il était très proche, beaucoup trop proche. Quand il me parlait, il me touchait le bras en même temps. Il me disait que j’étais très belle. Il n’était pas méchant, il me disait même qu’il était gêné. Mais c’est lui qui me gênait ! Il ne voulait plus me lâcher. Il voulait que j’écoute sa musique. Bref, il forçait. Il devait avoir quarante ans. Heureusement mon amie est arrivée et je suis partie directement sans explication.

   Je n’ai jamais été en danger. Mais de savoir qu’en portant une jupe, même à huit heures du matin, me fait prendre le risque de me faire klaxonner, cela me gêne. J’aimerais pouvoir sortir de chez moi sans être embêtée. »

Maëlle, 18 ans.

« Personnellement, j’ai bien sûr des appréhensions dues à cela [le harcèlement de rue] mais cela ne m’empêche pas d’aller là où je le souhaite. Je ne suis pas prise de panique dès que la nuit commence à tomber ou que les rues se désemplissent. 

Comme beaucoup de femmes, j’ai déjà expérimenté de nombreuses interpellations, des gestes déplacés, ou encore des mots désagréables lancés au coin d’une rue, et cela dès le début de l’adolescence. »

Garance, 18 ans.

« J’ai grandi et cela m’arrive toujours, surtout quand je suis accompagnée de mes amies. Ils se permettent maintenant de nous demander notre prénom, notre âge…Je trouve cela très désagréable surtout quand ils insistent, alors que je ne n’ai tout simplement pas envie de leur parler. »

Claire, 18 ans.

«  Je me suis mise à me méfier de n’importe quel mec. Un jour, en rentrant à 22h en métro, j’étais assise et un homme me lançait un regard insistant. Je me suis sentie mal à l’aise et je l’ai ignoré. Il  a insisté, m’a tapé sur l’épaule… Je l’ignorais toujours. Puis il a enlevé sa casquette, et j’ai réalisé que c’était mon frère. C’est devenu une anecdote drôle dans ma famille, mais je pense que d’une certaine manière c’est triste. Cela montre à quel point je suis devenue méfiante envers les gens dans la rue, alors que certains n’ont pas de mauvaises intentions. Puis j’avais tellement peur de regarder le mec que je n’ai même pas réalisé que c’était mon frère. »

Roxane, 19 ans.

Les témoignages que vous avez lus ne concernent que des femmes. Malheureusement, ce n’est pas dû seulement à mon faible échantillon de personnes interrogées. Le harcèlement de rue concerne près de 82% des Françaises de moins de dix-sept ans, et 65% de moins de quinze ans. Les victimes sont souvent des femmes, agressées de manière sexiste. 

Néanmoins, n’oublions pas également les agressions homophobes, qui peuvent alors concerner toute la communauté LGBT+. Ce cas de figure n’est pas représenté parmi les témoignages, c’est pour ça que je choisis de le mettre de côté dans cet article. 

Le harcèlement de rue, qui peut-être difficile à définir – la drague, les compliments sont-ils d’office une forme d’agression? – est également difficile à punir.

 Malgré des avancées dans ce domaine, avec notamment la mise en place d’une loi permettant de porter plainte pour « outrage sexiste » depuis août 2018, il reste complexe à prouver et donc à punir.

Comment prouver le harcèlement, obtenir des preuves si il n’y eu aucun contact physique ? Il faudrait surprendre l’acte sur le fait, ce qui est encore plus improbable. Cela nécessiterait de mobiliser énormément de policiers et policières, et donc de budget que l’Etat ne peut – ou ne veut ? – pas délivrer. 

En août 2019, un premier bilan a été fait : 713 amendes pour la première année. Pour les associations, c’est bien trop insuffisant, face aux milliers d’agressions que subissent les femmes tous les ans.

Alors, comment lutter face à ce fléau ? Casser les clichés, chez les hommes, l’écrasante majorité des agresseurs, mais aussi chez les femmes. Vous aurez remarqué que beaucoup m’ont parlé de leur tenue, en me précisant que cette dernière ne justifiait en rien les agressions, ce qui est bien entendu vrai. Néanmoins, elles m’ont quand même précisé ce qu’elles portaient ! 

L’éducation doit bien entendu concerner les futurs agresseurs, les adultes et adolescents de demain. L’école devrait être un lieu où les clichés sexistes, homophobes, racistes seraient brisés, dès l’enfance. L’Etat doit s’impliquer réellement, donner des budgets importants aux associations, aux logements pour accueillir les femmes battues…Et enterrer le sexisme, pour de bon.

Zoé Lovergne

Le Labo Médias en confinement Troisième partie

À défaut de pouvoir être présent pour le festival Youth is Great qui aurait dû se dérouler au Grand Bleu cette semaine, les membres du Labo Médias s’adaptent aux conditions particulières que nous vivons actuellement et documentent leur confinement sous différents aspects. Chaque jour ils reçoivent une contrainte qui permet de guider leur rédaction. Cette semaine, nous vous invitons à découvrir leurs récits passionnants et émouvants au fil des jours.

Contrainte N°3: En vidéo, présente-nous ton objet totem

Le doudou de Juliette
L’album photo de Nessim
Dessiner avec Elora
La plume de Gaëlle
La Boîte aux trésors de Neila Semmar

Le Labo Médias en confinement Deuxième partie

À défaut de pouvoir être présent pour le festival Youth is Great qui aurait dû se dérouler au Grand Bleu cette semaine, les membres du Labo Médias s’adaptent aux conditions particulières que nous vivons actuellement et documentent leur confinement sous différents aspects. Chaque jour ils reçoivent une contrainte qui permet de guider leur rédaction. Cette semaine, nous vous invitons à découvrir leurs récits passionnants et émouvants au fil des jours.

Contrainte N°2: Voyageons avec les souvenirs.

Photo : Ce jeu de cartes nous est bien utile car désormais nous ne faisons plus le voyage en avion mais en bateau. Quant à ce stylo-plume, il a appartenu à ma grand-mère avant d’être le mien.

Mardi 7 avril 2020,
Nous sommes au début des années 2000, j’ai huit ans, peut-être neuf. Je ne me souviens plus si c’est l’été ou l’hiver – mais c’est forcément l’un ou l’autre, parce que c’étaient les seules périodes où l’on rentrait en Irlande, Noël et les vacances d’été. Il fait nuit. Mon grand-père est venu nous chercher à l’aéroport de Dublin, et nous avons fait route durant une heure, soit une éternité, jusqu’à atteindre Maynooth et la maison de mes grands-parents. J’ai dû m’endormir, parce que ma mère me réveille doucement au moment où la voiture se gare. Je reconnais tout de suite le quartier, la maison mitoyenne avec la pelouse bien entretenue devant. De loin, je devine la porte en verre. Elle s’ouvre. Je saute de la voiture et je cours en hurlant « Nana » jusque dans les bras de ma grand-mère qui vient de sortir. Elle est en chaussons. Son odeur, son toucher, tout m’avait manqué. Ma tante est juste à côté. Elle doit avoir 21 ou 22 ans, mon âge actuel. Je me dégage de ma grand-mère, vite accaparée par ma grande sœur, et serre « Chrissy », diminutif de Christina, dans mes bras. Je rentre à l’intérieur de la maison, enlève mes chaussures et sent tout de suite la moquette sous mes pieds – une sensation si différente du parquet dont j’ai l’habitude en France. We’re home.

Gaëlle Sheehan

Mardi 7 avril 2020,

Quels sont les meilleurs souvenirs de votre vie ?
Je pense qu’il y a des années que je n’avais pas réfléchi à ce sujet. En réalité, j’ai pris l’habitude de vivre au jour le jour et d’essayer de vivre chaque journée comme si c’était la meilleure. Je n’aime pas prévoir les choses, je me dis que ce qui doit arriver arrivera. Je pense au fond de moi que je fais ça pour me protéger car je retiens plus facilement les mauvais souvenirs que les bons et même si je pense ne pas être perturbée, mon cerveau est beaucoup trop fort pour moi. J’essaie de le détourner mais il m’envoie sans cesse des piqûres de rappel et me fait plus de mal que n’importe qui sur terre.
Après avoir cogité, j’ai renoué avec des tas de souvenirs joyeux qui m’ont donné envie de pleurer, comme si je m’en voulais de les avoir laissés de côté. Mes meilleurs souvenirs sont quand je suis entourée et que je partage un moment fort avec une personne, que je suis connectée à elle. Il y a des meilleurs souvenirs que j’ai tant désirés, comme la naissance de mon petit frère, l’amour que mes parents se portaient, ma famille qui comme j’étais la seule petite fille me chouchoutait comme une princesse. Et puis aussi les bêtises entre amis, les voyages et vacances en famille, amis ou amoureux, toute ces soirées, ces journées, ces paysages. Un meilleur souvenir peut être une journée complètement banale que vous ressentez comme exceptionnelle parce qu’au fond de vous, vous vous sentez bien à cet instant et que plus rien n’existe autour. J’ai du mal à me replonger dans le passé car je ne sais pas si je saurais redevenir proche avec quelqu’un comme je pouvais l’être avant, je me mets sûrement des barrières toute seule mais c’est surtout que je suis devenue trop sensible et que la peur me domine. J’aime les personnes qui m’entourent avec beaucoup de passion et quand elles s’éloignent de ma vie je mets du temps à m’en remettre. Mais peut-être est-ce le prix à payer pour pouvoir garder tous ces bons souvenirs…

Laury Lestrehan

Mardi 7 avril 2020,

Le souvenir est lointain, sûrement altéré, je le sais.
Il est de ces souvenirs dont la perception des événements est déformée, ceux dont on est spectateur de soi-même. Si la réminiscence est complexe, c’est que le souvenir est lui-même souvenir d’un souvenir qui lui aussi est…Très jeune, je me suis efforcée de toujours essayer de me rappeler, pour ne rien oublier, pour tout garder avec moi. D’ailleurs, je crois qu’en général, je ne supporte pas les disparitions, qu’elles soient matérielles ou non : tout ce qui a un jour été avec moi ne doit pas me laisser. Le souvenir que j’ai choisi de raconter sera d’une grande banalité pour la majorité de ceux qui le liront, j’en ai conscience.
En effet, il n’a rien d’exceptionnel mais c’est ce qui en fait toute la valeur. Il est un simple fragment de vie mais quoi de plus précieux que la vie ? Cet instant est conservé à l’abri, dans un recoin de mon esprit, je lui rends visite quelquefois pour m’assurer qu’il n’a pas été abimé. Je devais avoir trois ans, j’avais passé la journée avec ma tante et nous rentrions chez mes grands-parents. Lorsque nous sommes entrées, je garde l’image de mon grand-père assis sur le canapé du fond. Il m’attendait. J’ai l’impression que la pièce était remplie mais je ne saurais pas dire par qui, sûrement ma grand-mère, ma mère peut-être et d’autres. Ma tante m’a laissée et est allée s’assoir plus loin, à ma droite, j’en suis presque sûre. J’étais alors seule, debout, mon grand-père avait quelque chose pour moi. Je crois me souvenir m’être sentie très mal à l’aise d’être le centre de l’attention. Il y a des choses qui ne changent pas avec le temps… Mon grand-père s’est ensuite levé, a ouvert l’armoire qui était à ma gauche et en a sorti une dinette bleue et jaune. Aujourd’hui, j’en veux un peu à ma mère de ne pas l’avoir gardée, mais j’ai déjà la chance d’en avoir l’image. Même si sans les photos je serais incapable de savoir à quoi mon grand-père ressemblait, je sais qu’à cet instant son visage était habillé d’un grand sourire, de satisfaction et de bienveillance. Je sais aussi que l’homme qui se trouvait devant moi m’aimait. Jusqu’à ce qu’il me l’offre, seule ma cousine possédait une dinette et refusait que je joue avec elle. L’histoire est anodine mais elle résonne d’une manière particulière en moi. Un jour, quelqu’un a remarqué que je souffrais d’une injustice, aussi futile soit-elle, et à voulu y pallier. Un jour, on m’a défendue. Mon grand-père nous a quittés quelques temps plus tard, j’étais assez jeune pour ne pas avoir trop souffert, ne comprenant pas le concept de mort. Comme chacun face à une perte, j’aurais souhaité qu’il reste avec moi plus longtemps. Je m’accroche donc aux souvenirs de nous deux et le fais vivre dans mon esprit. J’ai toujours l’intime conviction qu’il ne m’a jamais abandonnée, je sais qu’il est avec moi et qu’il me protège comme il l’a toujours fait.

Neila Semmar

Symbiose Générationnelle

Mardi 7 avril 2020,
J’ai parfois l’impression qu’il y a, dans un coin de ma tête, une grande malle. Comme une malle au trésor, où tous mes souvenirs se reposent… Maintenant que je suis confinée chez moi et que je sors le moins possible, j’aime dépasser ce sentiment d’enfermement en regardant le ciel. J’ai toujours aimé le ciel breton et sa lumière particulière. Sachant que l’activité humaine est en quelque sorte stoppée sur la planète, la diminution de la pollution nous amène des ciels encore plus magnifiques. Alors, en ce matin d’avril, quand je regarde ce ciel où aucune trace d’avion ne vient troubler le calme de sa couleur bleue infinie, la malle au trésor dans ma tête s’ouvre et voilà que s’échappe un bon souvenir qui vient brouiller ma vision et me replonger dans cet après-midi estival de mon mois de juillet dernier.
Et voilà que je me retrouve toute entière dans ce souvenir, comme happée dans un joyeux moment passé…Je suis sur la plage avec ma grand-mère, nous sortons d’une petite baignade et nos peaux encore parsemées de gouttes d’eau salée sèchent sous le soleil d’été. Elle ne cesse de se tartiner de crème solaire pendant que je lui raconte à quel point j’aimerais être bronzée et ressembler à l’une de ces belles filles que je vois passer devant nous sur la plage. Etalée de tout mon long comme une larve sur ma serviette à rayures, je me sens quelque peu intrus parmi tous ces corps galbés et prêts pour l’été. Je ne suis jamais prête pour l’été moi. Heureusement, ma grand-mère est bien loin de ces considérations futiles et la sagesse de son âge lui amène une vision d’elle-même tout à fait distanciée d’un quelconque jugement. Elle me dit que je n’ai pas de soucis à me faire et que je suis la plus belle de la plage, ce à quoi je réponds en faisant les gros yeux et en riant. Bien plus énergique que moi, elle se lève et me propose d’aller nous dégourdir les jambes en marchant sur la plage. Quand elle me parle de se dégourdir les jambes, je sais très bien qu’elle parle d’une balade de quatre heures mais qu’elle ne veut pas me décourager. Ma grand-mère adore marcher et connaît les recoins de cette plage par cœur. Le moindre grain de sable a été foulé par ses petits pas, patients et pressés en même temps. Sa proposition arrive à me séduire sans que je comprenne pourquoi et nous partons donc, bras-dessus bras-dessous, nous « dégourdir » les jambes.
Nous parlons de tout et de rien et j’adore ces moments anodins passés en sa compagnie. Nos discussions trouvent toujours un tournant amusant et sa tête me semble remplie d’anecdotes toutes plus farfelues les unes que les autres, que je prends toujours un grand plaisir à écouter. Au milieu de cette marche, j’ai levé la tête pour regarder le ciel. Quelle ne fut alors pas ma surprise de voir un peu plus loin une multitude de cerfs-volants naviguant gaiement dans le vent de cet après-midi estival. Ils me semblaient tous venir du même endroit et j’avais l’impression que personne ne les tenait, qu’ils avaient été accrochés au sol et abandonnés là. Ils étaient de toutes les couleurs et de toutes les tailles. Ils représentaient des petits personnages, plus ou moins réalistes. Ma grand-mère et moi, toutes les deux aussi intriguées l’une que l’autre, avons pressé le pas et il nous a fallu bien une vingtaine de minutes pour arriver jusqu’à l’endroit où ils étaient accrochés. Nous avions l’impression d’avoir trouvé la source de l’arc-en-ciel. A ce moment, j’ai pris une photo que j’aime beaucoup et qui me rappelle cet après-midi dès que je la regarde. Il me semble que ce moment fut comme une pause, comme une brèche, comme si nous étions dans une symbiose totale de nos émotions, il n’y avait plus de grand-mère et de petite-fille, plus de personne plus âgée qu’une autre, plus d’écart générationnel. Nous étions seulement toutes les deux étonnées par le spectacle qui s’offrait à nos yeux et nous regardions avec la même intensité ce ciel bleu rempli de cerfs-volants…
Et voilà que quand ce souvenir s’est tout à fait reconstitué dans ma tête, je me rappelle que je ne suis qu’à ma fenêtre dans mon lieu de confinement, en train de sourire bêtement la tête levée. Mais ce voyage dans ma tête était si agréable que je continue à sourire malgré moi et après avoir jeté un dernier coup d’œil à ce ciel bleu, je ferme la fenêtre et retourne au fil de ma journée, l’esprit rempli de mes souvenirs qui y voguent encore, comme des cerfs-volants, avant que la malle au trésor ne se referme jusqu’à la prochaine fois où un bon moment viendra me titiller les pensées.

Et vous ? Que contient votre malle au trésor ? J’espère que vous vous laissez encore rêver de temps en temps !
A très bientôt,

Juliette

Mardi 7 avril 2020,
Raconter mon meilleur souvenir… Cette consigne m’a au premier abord effrayée, il est vrai que même si notre cerveau est rempli de trésors, se les remémorer et les partager est parfois compliqué. Notre vie est remplie d’évènements que notre cerveau trie et que, parfois, il oublie. Pour m’inspirer j’ai donc ressorti la boîte à photos entassée dans la cave, vous savez, celle posée au fond sur une vieille étagère, entre les Playmobil de votre enfance et ce jean que vous ne mettrez plus mais que vous gardez « au cas où ».
Chez moi, cette boîte est placée tout au fond de ma cave et pour l’atteindre, croyez-moi, c’est une aventure ! Je me suis mise à monter sur mon vieux lit superposé, j’ai décalé les valises, escaladé la pile d’affaires oubliées, trébuché, évité les vélos cassés avant d’arriver enfin face à l’armoire qui contenait ma boîte magique. Après une petite pause pour reprendre mon souffle (je vous assure traverser ma cave c’est très physique, pas besoin de sortir faire un footing), j’ai enfin pu prendre en main la boîte pleine de poussière. D’un chiffon, je l’ai essuyée, et délicatement j’ai soulevé le couvercle. J’ai fouillé, rigolé, songé, j’ai passé des heures à contempler les photos et à rire en pensant à ces souvenirs. Ces centaines de photos m’ont fait voyager dans le temps, j’ai revu mes voyages, mon enfance, mes cousins, mes parents, mes grands-parents, mes amis. Je me suis remémoré plusieurs souvenirs oubliés. Je devais en trouver un, pas trop lointain, pour pouvoir rentrer dans les détails sans fausser la réalité. Choisir MON meilleur souvenir est difficile, alors puisque nous sommes confinés, je vais vous raconter de petites anecdotes de mon premier voyage avec ma meilleure amie, en espérant que cela vous plaise.

Je connais ma meilleure amie depuis plus de 12 ans maintenant et c’est avec elle que je suis partie sans mes parents pour la première fois. J’étais déjà allée chez mes grands-parents bien sûr, mais pour la première fois j’allais passer 2 semaines entières dans une famille que je ne connaissais pas.
L’été avait commencé, il faisait chaud, ma première année de collège était terminée. Vous savez à quel point à ce moment de notre vie on se sent grand alors imaginez mon excitation lorsque ma mère a dit oui pour partir en camping-car dans le sud de la France avec ma meilleure amie !


Après la dernière journée de cours, j’avais rejoint ma meilleure amie chez elle. Nous avons fait le Jelly Belly challenge qui était très à la mode à l’époque. Pour ceux qui auraient raté ça, ce challenge consistait à manger des bonbons tout droit venus des Etats Unis. Chaque bonbon avait une couleur, et chaque couleur de bonbon deux goûts : un bon ou un mauvais. Oui, nous avons volontairement mangé des bonbons goût vomi et œuf pourri, mais que voulez-vous, c’est l’effet mouton, tout le monde le faisait alors il fallait absolument le faire aussi.
Notre drôle de goûter a été interrompu par l’arrivée du camping-car des grands-parents de ma meilleure amie. Alors sautant du lit, nous avons accouru pour découvrir cette maison sur roues dans laquelle nous allions passer toute la première semaine. Nous sautions comme des puces, intenables, nous courions dans le tout petit salon, nous sautions sur le matelas sur lequel nous allions rester pour le reste de ce voyage, nous nous installions au volant imaginant nos talents de conductrices. Ce moment au volant fut très bref puisque le papy de ma meilleure amie est arrivé pour démarrer :


– En route, mauvaise troupe !


Alors d’un bond nous avons quitté le siège du conducteur pour nous enfuir dans le lit au fond du camping-car, observant la maison s’éloigner petit à petit par la fenêtre arrière. Cachées, nous avions l’impression d’être des hors la loi puisqu’il nous était normalement interdit de quitter notre siège. Sous la couette, nous rigolions, on se racontait des histoires, on regardait les voitures par la petite fenêtre arrière et on s’imaginait la vie des gens.
Que font-ils avec autant de bagages sur le toit ? Ou vont-ils ? Comment sont-ils arrivés là ? Après une journée allongées, le soir arrivé, nos gnocchis avalés, nous sortions prendre l’air dans le bois ou sur la plage selon l’endroit ou nous nous arrêtions.

Dans les bois, l’herbe craquait sous nos pieds et nous escaladions les rochers. Une fois au sommet, nous restions un moment avant de courir le plus vite possible pour nous réfugier avant d’être totalement envahies de piqures de ces satanés moustiques.
Sur la plage, on jouait dans les vagues, on s’enterrait dans le sable. L’odeur de la mer envahissait nos narines et bercées par le bruit des vagues, nous restions là presque endormies au coucher du soleil.
On ne se levait pas avant d’entendre la grand-mère de mon amie nous rappeler de rentrer nous coucher. Alors on se trainait hors du sable, on se rinçait sous la douche de la plage. Cela partait toujours en bataille. Il suffisait que l’une de nous envoie une gouttelette sur l’autre pour que nous finissions toutes les deux à se rouler dans le sable. Et c’était reparti pour une douche.Il fallait toujours au minimum 5 appels de sa grand-mère pour que nous acceptions de rentrer nous coucher dans les bras de morphée.

Le camping-car des grands-parents avait l’inconvénient de ne pas avoir de douche. Comme je viens de vous l’expliquer, cela n’avait pas trop d’importance lorsque nous avions la possibilité de se doucher sur la plage et lorsqu’il n’y avait pas de plage, nous allions dans un camping. Mais c’était sans compter sur l’inventivité des grands-parents de ma meilleure amie.
Un après-midi classique, nous étions moi et ma meilleure amie toujours dans le même lit en train de regarder une série, quand, son grand père à fait son apparition :

– Mettez votre maillot de bain, prenez une serviette, on va se doucher.

Alors nous avons suivi. Seulement, en sortant du camping-car, nous nous sommes retrouvées non pas face à des sanitaires mais bel et bien à un cimetière. Oui, vous avez bien lu, nous étions en maillot de bain, serviettes à la main devant les toilettes dans le cimetière. Le grand père de ma meilleure amie est arrivé, lui aussi en maillot de bain, il nous a donné deux bouteilles d’eau vide et un gel douche en glissant un petit :

– A votre tour ! Attention elle est fraiche

Perplexes, nous nous sommes regardées, nous avons hésité et finalement, contentes de nous laver, nous sommes rentrées dans les toilettes. Il n’y avait rien, à part un robinet. Normal après tout, les morts ne font pas leur toilette. Il faisait 35 degrés dehors et le robinet destiné à remplir les arrosoirs ou à se laver les mains ne pouvait pas se régler. Dans un silence absolu, nous avons allumé, éteint le robinet et laissé l’eau couler une bonne dizaine de minutes avant de décider à enfin nous laver. Seule l’eau qui coulait résonnait sur le plastique de nos bouteilles qui se remplissaient et qu’on vidait mécaniquement sur le carrelage noir et blanc. La pièce était sombre, l’eau était gelée, le carrelage aussi. Pressées par son grand-père qui pestait, ensemble, nous avons donc pris les bouteilles et nous nous sommes jeté l’eau glacée sur le corps. Et après deux bouteilles sur la tête et un peu de savon, nous étions propres. Sans attendre une minute de plus dans ces toilettes, nous somme sorties et éblouies par la lumière du jour, un fou rire nous à pris, ça y est nous étions décomplexées, la pression était tombée. Quelle étrange expérience !
Encore aujourd’hui, je me demande ce qui était passé par la tête des grands-parents ce jour-là, pourquoi un cimetière et pas une station essence avec des douches ! Je ne pouvais vous raconter ce souvenir sans cette histoire, je trouve qu’il aurait manqué quelque chose.

Voilà, c’est tout pour aujourd’hui, je vous laisse donc sur cette petite anecdote en espérant que cela vous a plu.


A demain

Elora

Mardi 7 avril 2020,

C’est arrivé un après-midi, durant les vacances de la Toussaint de mon année de quatrième ou de troisième. Sortie au cinéma avec mon frère, ma cousine, mon cousin et ma tante. Nous étions allés voir Ma vie de courgette, très bon film d’ailleurs.
Néanmoins, ce n’était pas ce que je désirais le plus, non, je n’avais qu’une envie : passer au goûter. En effet, ma tante nous avait promis de nous emmener, pour la première fois, déguster des pâtisseries dans un endroit très spécial : chez Meert. Ainsi, nous nous pressons dans le couloir, tous les cinq, attendant qu’on nous donne le précieux sésame, c’est-à-dire une table. Si je me rappelle bien, nous n’avons pas attendu longtemps, entourés de dorures, de détails sculptés sur les murs. Du couloir, on peut déjà observer les autres clients, accompagnés de fines tartes au citron meringuées et de fumants chocolats. On pouvait sentir l’excitation nous gagner, ce goûter n’était pas comme les autres. Finalement attablés, sur une jolie banquette rouge en velours, nous découvrons la carte. Tout a l’air appétissant, mais j’ai déjà ma commande en tête : un chocolat chaud et un éclair au chocolat. Eh oui, je ne fais pas les choses à moitié ! Nous commandons, et attendons, en papotant. Soudain, un serveur s’approche de notre table, muni d’un plateau bien chargé : chocolat liégeois, tarte au sucre, gaufre, éclair… Chacun reçoit devant lui les mets tant convoités. Il est temps de goûter. Je saisis ma tasse blanche, remplie de chocolat onctueux et la porte à mes lèvres. Ça y est, une sensation délicieuse et sucrée se dégage dans ma gorge, rejointe aussitôt par un morceau d’éclair, tout aussi exquis. Tout le monde est silencieux durant cette rencontre gustative.
« C’est bon ? ».
La voix de ma tante brise le silence. Notre joie est unanime, nous reprenons notre conversation, entrecoupée parfois par la dégustation de nos petits gâteaux. Ma tasse est vide avant même que je ne m’en aperçoive. Je racle le fond, je ne veux pas en perdre une miette ! L’heure de partir finit par arriver. Nous quittons la salle somptueuse, le couloir richement décoré, pour reprendre le bus à la gare, qui nous ramène à la maison.

Zoé

Mardi 7 avril 2020,
Je vais vous raconter l’un de mes bons souvenirs. Cela n’a pas été facile d’en trouver un mais le soleil qui rayonne aujourd’hui m’évoque un bon moment, alors je vais le partager avec vous.
Fin juin 2019, mes amis et moi venions de finir les cours, il faisait beau, chaud et le ciel était bleu. Un merveilleux temps d’été ! Une amie à moi nous avait invités chez elle pour y passer l’après-midi. Elle venait d’installer un jacuzzi et avec la chaleur qu’il faisait je peux vous dire qu’à ce moment là, ce bain d’eau fraîche qui pétillait représentait à nos yeux le paradis sur terre. On ne pouvait être plus heureux, fini les cours, bonjour les boissons sucrées, les tongs et les longues discussions entre amis.
Pendant notre baignade, on s’était remémoré tous les bons moments que l’on avait passés pendant cette première année au lycée. Entre fous rires et débats, nos discussions étaient riches en émotions. Entre deux verres de coca, les frites qui sortaient du four étaient arrivées. Alors là c’était l’extase, il ne nous fallait pas grand chose mais ces frites fraîches rendaient notre moment encore plus agréable. Tant pis pour notre summer body goal, c’était vraiment le dernier de nos soucis ! Puis on a continué à discuter jusqu’à ce que le soleil disparaisse peu à peu. Ce moment qui peut sembler banal au premier abord, même pour moi, était en fait un réel moment de plaisir et d’amitié. Il nous a permis de nous rendre compte que l’amitié forte et pleine de rebondissements qui nous liait n’allait faire qu’évoluer au fur et à mesure des années.

Nessim

Le Labo Médias en confinement Première partie

À défaut de pouvoir être présent pour le festival Youth is Great qui aurait dû se dérouler au Grand Bleu cette semaine, les membres du Labo Médias s’adaptent aux conditions particulières que nous vivons actuellement et documentent leur confinement sous différents aspects. Chaque jour ils reçoivent une contrainte qui permet de guider leur rédaction. Cette semaine, nous vous invitons à découvrir leurs récits passionnants et émouvants au fil des jours.

Contrainte N°1: Mon confinement résumé en trois photos

L’image contient peut-être : une personne ou plus, personnes debout, arbre, chapeau, plein air et gros plan

Lundi 6 avril 2020
Nous sommes début avril, cela fait bientôt un mois que je suis rentrée chez ma famille en Bretagne et que j’ai quitté le cocon de ma vie étudiante lilloise. C’est quand un quotidien qui nous paraît banal et tranquille s’arrête d’un coup que nous saisissons toute sa force. C’est quand ce quotidien se transforme en un confinement que nous saisissons l’importance de nos vies bien remplies. Aujourd’hui, un autre quotidien rythme mes journées qui défilent les unes à la suite des autres sans que je me rende vraiment compte que le temps passe. Ces trois photos sont comme la métaphore du cheminement qui a eu lieu dans ma tête, entre le déni et la prise de conscience, entre la naïveté et la clairvoyance. Tout d’abord j’ai fermé les yeux sur ce qui nous arrivait. Puis j’ai écouté la radio, j’ai regardé la télévision, j’ai compris que ce qui se jouait n’était pas anodin, n’était pas une simple période troublée mais bien un tournant historique. Enfin, j’ai ouvert les yeux. Et je comprends aujourd’hui que le confinement m’apporte du temps. J’ai du temps devant moi, alors quitte à en avoir, quitte à ne plus devoir remplir aucune obligation extérieure, j’essaye de faire en sorte d’être productive et créative. Car c’est ça qui peut nous sauver (au-delà du fait de rester chez nous pour ne pas faire progresser la pandémie) : rendre ce temps émancipateur de nos identités, nous laisser le temps de créer, de réfléchir, de déconstruire. Alors, pour accompagner votre fin de journée aujourd’hui, je vous partage une petite playlist qui réunit les musiques qui me stimulent en ce moment, en espérant qu’elles vous plaisent aussi !

Playlist (à écouter dans votre pièce préférée de votre lieu de confinement)
Life is Strange -T.Rex
What’s Up – 4 Non Blondes
Maria – Bon Entendeur
Mario, Pt.II – Chassol
Yoshimi Battles the Pink Robots Pt.1– The Flaming Plots


A demain et prenez soin de vous,
Juliette

Lundi 6 avril 2020,
Étudiante lilloise, il est 20 heures quand je sors de cours. J’allume mon téléphone pour écouter le discours du Président en direct quand j’entends mes amis crier victoire : « les écoles, lycées et universités seront fermés à partir de lundi ».
Dès le lendemain, je réunissais quelques affaires, de quoi tenir une petite semaine et je suis rentrée chez mes parents à Trouville-sur-Mer en Normandie. Quelques jours après, deux semaines de confinements sont annoncées. Je ne retournerai pas à Lille de sitôt. J’aurais dû prendre plus de vêtements et arroser mes plantes.Depuis que je suis de rentrée, mon quotidien est bouleversé. Adieu les jeudis soir endiablés, les petites bières après les cours qui ne se finissent jamais, les réveils trop tôt, les couchers trop tard. « Retour aux sources », comme on dit.
Je retrouve mes parents et mon grand frère comme si nous n’avions jamais quitté la maison… enfin presque. Il fallait prendre de nouvelles habitudes (ou plutôt les reprendre) et, surtout, s’adapter aux autres. Je ne suis plus seule dans mon 25m2, je suis chez papa et maman et ici, c’est eux qui décident.Cependant ce chamboulement a aussi du bon, je peux profiter de la qualité de vie que m’offre la campagne, savourer les bons petits plats de maman et prendre du temps pour penser. Penser à de nouvelles idées, de nouveaux projets, un nouveau mode de vie. Et si ce confinement allait nous faire changer ?Peut-être que cette situation va nous faire prendre conscience que nous n’avons pas besoin de tout le côté superficiel et éphémère de notre société et dont nous raffolons. Peut-être que c’est vrai, « les choses les plus simples sont les meilleures » et peut-être que le simple bonheur se trouve à la maison, entourés des personnes que nous aimons et pas dans le shopping ou les bons restos.Habituellement très touristique et toujours bondée de monde dès qu’il y a un rayon de soleil, Trouville-sur-Mer est d’apparence est déserte. Les boutiques et les restaurants sont fermées, la plage est interdite au public. Il ne nous reste plus qu’à nous promener, admirer le calme de la ville et la beauté des paysages.

Lou Van Cauvenberghe

Lundi 6 avril 2020,
Pour moi le confinement c’est garder le rythme ! Ce qui ne veut pas dire qu’on ne peut pas se faire plaisir et utiliser les longues heures que l’on a pour profiter d’un bon bouquin et des premiers rayons de soleil du printemps.


Susie Muselet

Lundi 6 avril 2020,
Cette année, pour la seconde fois, je m’étais préparée à passer les concours des écoles de journalisme. Qui dit concours dit normalement épreuves sur table, dans un amphithéâtre ou plusieurs salles remplies d’au moins 600 personnes. Maintenant, c’est préparation de dossiers sur mon petit coin de bureau au bout de la table à manger. Dans la cuisine, à proximité stratégique du frigidaire et du placard – cachettes du chocolat et de petits mets à grignoter. C’est là que je travaille, ou que j’essaie de travailler plutôt, parce que c’est là qu’il y a le moins de chance de regarder Netflix. Et ça fait quand même moins mal au dos que dans mon lit.Mais le soir, impossible de dormir. Trop d’écrans, pas assez d’exercice. Alors j’essaie de me détendre un peu, en lisant par exemple. Après trois semaines, je m’attendais à ce que ma pile à lire se vide un peu plus que ces deux malheureux livres de 200 pages. Mais on avance, chapitre par chapitre – vu le nombre qu’il me reste et à ce rythme, il me faudra encore six mois de confinement pour les achever !Pour ce qui est de l’exercice, on a bien essayé. Durant la première semaine du confinement, mon père et ma sœur ont bougé la table du jardin pour créer un plus grand espace. L’idée était de faire un peu de cardio – quoi de mieux qu’une corde à sauter ! L’exercice a duré 30 minutes à peine pour nous quatre. La corde à sauter est restée accrochée-là depuis, comme pour nous rappeler d’en refaire, histoire d’exercer autre chose que nos zygomatiques. On est passés maîtres dans l’art de l’ignorer. Mais au moins on garde le sourire.

Gaëlle Sheehan

Lundi 6 avril 2020,

Bonjour à tous !

Je m’appelle Elora, j’ai 17 ans, je suis en première et bien sûr en confinement ! Pour ma première photo qui résume ma vie dans cette période particulière, j’ai choisi : LES COURS ! (photo 1)
Et oui, on nous l’a répété, on n’est pas en vacances ! Alors là, c’est moi qui croule sous les livres et les visio (vous avez vu l’ordi dans le fond ) ! Bon on n’est pas toujours très productif mais on essaye et puis en vrai s’organiser comme on le souhaite c’est plutôt cool.

Photo 2 : Oui je sais se préparer quand on est confinés c’est parfois compliqué ! Alors oui je l’avoue il m’arrive de passer ma journée en jogging et en chaussons. J’adoreee mes chaussons licornes même s’il est difficile de marcher avec, mais entre marcher et les licornes perso j’ai fais mon choix. Bon quitte à être en jogging, on en profite pour faire un peu de sport au quotidien, c’est bon pour la tête et pour le corps. Et puis on a l’occasion de tester pleins de nouvel activités, dansez, courez, rigolez et surtout variez les plaisirs ! Moi, je me suis mise au yoga.

Photo 3 : Ahhh la fin de la journée, c’est le moment que je préfère. J’habite en ville donc pas de jardin pour moi, mais je sors quand même sur mon balcon pour observer ce magnifique coucher de soleil. Un bon moment pour lire, dessiner, chiller et attendre 20h pour applaudir le personnel soignant !

Elora

Lundi 6 avril 2020,
Voici les trois photos qui représentent le plus la façon dont je vis mon confinement.Une fois habituée à ce mode de vie, les plaintes sur l’isolement, sur le manque de sociabilité, passées, j’essaye d’entreprendre de nouvelles choses. Je tente de changer ma façon de percevoir cette période. Il y a quelques semaines, j’ai pu ressentir de l’anxiété, de la tristesse à l’idée de dire au revoir à toutes les choses qui rythmaient mon quotidien mais maintenant, je tente au contraire de voir le positif dans cette situation. Alors oui les jours passent et se ressemblent mais je ne veux pas subir cette situation, je suis résolue à faire de cette période un moment de productivité et de créativité ! Durant cette période, j’ai enfin l’occasion de prendre du temps pour moi, pour faire ce qui me plaît vraiment. Première étape, on se déconnecte du mieux que l’on peut de ces choses superficielles qui nous empêchent de nous activer. Puis, il est temps d’enfin lire ces livres posés sur mon bureau. Je m’essaye aussi au camping avec ma petite sœur (dans mon jardin évidemment). On a froid, on rigole, on fait fondre des chamallows au-dessus du barbecue… voilà que je me retrouve à faire des choses qui me procurent beaucoup de joie. J’ai l’occasion de ressortir ma guitare, alors je m’exerce dans l’espoir d’avoir une musique à jouer une fois le confinement terminé. Adieu le métro, adieu les soirées du jeudi soir, adieu mes amis, nous nous reverrons bientôt j’en suis convaincue !

Clara

Lundi 6 avril 2020,
Comment décrire mon confinement ? Eh bien, je pense que ces trois photos vous aideront à le cerner mais je vais tenter de m’expliquer un peu. Lorsque j’ai appris que nous serions en confinement, plusieurs choses me sont venues en tête. D’abord, l’envie de profiter de ce moment pour bien réviser mes examens et de pouvoir enfin lire les Lettres Persanes qui traînaient depuis trop longtemps sur mon bureau. Vous vous dites quel garçon studieux ???! Oui mais attendez un peu…. Après quelques réflexions sur la manière dont j’allais organiser mon travail, un sentiment de créativité et un désir de changement m’ont envahi. C’était l’occasion rêvée pour réaliser tout ce que je n’avais pas le temps de faire en période scolaire. Changer la disposition de ma chambre, repeindre enfin le papier peint qui recouvrait les murs de ma chambre depuis le collège, etc…. Malheureusement cette envie de changement et ce sérieux ont été rapidement remplacées par ce sentiment que je redoutais : la flemme. Eh oui, je suis un peu devenu le cliché de l’ado qui crie à tout va « oh la flemme » avant de faire quoi que ce soit. L’ordinateur que vous voyez là, qui au début était principalement un outil de travail, est rapidement devenu l’outil d’un fervent abonné à Netflix. Je pense que je ne l’avais jamais autant utilisé. Puis évidemment, je ne pouvais pas éviter cet endroit que tout bon ado connaît très bien : le lit. J’ai peu à peu délaissé mon bureau pour ce petit nuage de confort. J’y passe mes journées et mes nuits. Excepté quand ma mère s’apprête à me rendre visite dans ma chambre, là étonnamment je regagne mon bureau. Alors comment luter contre cette paresse ? Comment sortir du cliché de l’ado dans lequel je suis tombé ? Eh bien je me suis mis au sport comme beaucoup de confinés. Plus d’excuses pour ne pas en faire. Il semblerait donc que je regagne peu à peu ma motivation passée. J’ai aussi planifié de repeindre mon papier peint dans les prochains jours, adieu les logos New-York qui envahissaient ma chambre depuis trop longtemps. Alors oui chers lecteurs, peut-être que vous aussi la paresse vous a envahi depuis quelques jours ou quelques semaines mais ne désespérez pas! En attendant, commencez par lire nos magnifiques chroniques entre deux épisodes ou deux visioconférences.
Je vous dis à très bientôt pour de prochaines chroniques!

Nessim

Lundi 6 avril 2020,
Je vis ce confinement comme une occasion de me retrouver moi-même et de prendre le temps de vivre avec ce dont j’ai réellement besoin hors de la société de consommation étouffante. Entourée de ma mère et de mon petit frère, nous partageons des moments et activités ensemble, ce que nous n’aurions sûrement pas pris le temps de faire en temps normal. Étant à l’université, il est vrai que ce confinement n’est pas que de la détente et que moi qui faisait régulièrement mes devoirs à la bibliothèque, mon organisation s’est vue doublement perturbée. Entre les cours en ligne et les devoirs à rendre cela prend plus de la moitié de mon temps et travailler chez soi n’est pas toujours une mince affaire. L’occasion est parfaite pour ressortir ses livres et dévorer ceux qu’on mettait en suspens depuis un bon moment, cela vaut également pour les activités telles qu’un instrument de musique délaissé en attendant de devenir un as de la gratte pour ma part ainsi que le coloriage et la peinture qui m’apaisent l’esprit. Pour celles et ceux qui avaient comme moi une liste « je regarderais quand j’aurais le temps.. » de films/séries/ pièces,…qui se reposait tranquillement dans les notes de son portable, je vous invite à faire de ce temps inconnu celui du présent. Comme j’ai le temps de mettre la main à la pâte et que je favorise ce qui est naturel, désormais je prend un grand plaisir à confectionner des masques de beauté corps et cheveux et ma mère est bien contente de m’écraser mes potions magiques sur la tête. On le sait toutes et tous rester enfermer n’est pas le meilleur projet pour notre diet, alors je prend aussi le temps de découvrir des recettes et boissons détox que je ne veux plus quitter. Le sport à la maison ne m’enchante pas tellement alors durant l’heure accordée je vais courir avec ma chienne Tiana, qui est d’ailleurs plus motivée que moi pour le coup. Avec ce beau ciel bleu qui apparaît comme un remerciement de la planète, allongée sur mon transat, ma petite terrasse me comble comme le plus grand des jardins. Au fils des jours je me découvre ou redécouvre des passions que j’aimerais appliquer dans ma vie après ce confinement. Je pense qu’il est impossible de s’ennuyer quand on aime travailler sur soi et que l’on souhaite faire passer le temps intelligemment. J’aurais tendance à dire qu’en faisant abstraction du virus et du malheur qui s’en suit, cet isolement est arrivé à un moment où j’avais besoin de me reconnecter à moi-même au lieu de courir après le temps et qu’à part socialement, je me sens plutôt bien dans la petite bulle que je me suis créée et les heures s’enchaînent sans que je ne les voie passer.


Laury Lestrehan

Lundi 6 avril 2020,


1) Je l’ai trop longtemps délaissée, elle me le fait payer, ses cordes sont rigides, les bouts de mes doigts ne l’ont pas oubliée. Avec le temps, elle s’est détendue, heureusement. En temps de confinement, elle est bien là seule que j’ai le droit de prendre dans mes bras.

2) J’ai tout mon temps, ils m’attendent depuis longtemps. Je m’étais promis d’aller à leur rencontre un jour, mais je l’ai trop souvent repoussé. Quel bonheur de les trouver aujourd’hui !

3) Étant la vue depuis mon lit, cette fenêtre est ce que je vois le plus depuis quelques semaines. Si je la regarde, elle doit faire de même. Elle se dit sûrement que j’ai l’air de m’ennuyer profondément, elle n’a pas tort mais ces petits moments suspendus constituent un plaisir immense à mes yeux.

Neila Semmar

Lundi 6 avril 2020,
Bon eh bien aujourd’hui il fait gris. Avec ce confinement, j’ai vraiment réalisé à quel point le temps jouait sur mon moral. Quand il fait beau, j’ai le courage de me lever, de travailler, de faire du sport et je suis de bonne humeur. Dès que les nuages pointent leur nez, c’est, tout d’un coup, beaucoup plus compliqué. Avec le confinement, une nouvelle routine se met en place, je développe de nouvelles habitudes. Se lever, faire du sport, travailler, manger, travailler, se détendre, manger, dormir. Et tout recommencer le lendemain. C’est parfois long, mais ça permet aussi de redécouvrir son chez soi. Ce confinement est aussi l’occasion de faire des choses que je n’arrêtais pas de repousser, de ranger, de trier, de mettre de l’ordre, mais aussi de profiter de ne rien faire, d’observer autour de moi. Quand je suis dans ma chambre, j’observe la vue que j’ai depuis ma fenêtre, c’est-à-dire un morceau de toit, des trains qui passent parfois et des arbres. J’ai aussi à disposition un mur couvert de cartes, ça apporte de la couleur ! Ce confinement, c’est comme une petite parenthèse dans nos vies, mais peut-être une transition, une coupure à l’échelle du monde, qui sait ? Je l’espère. J’espère que cela amènera du changement, dans nos manières d’acheter, de consommer, de vivre. Essayons de trouver du positif dans cette période, il le faut ! Sinon, le temps va nous sembler bien long…

Zoé

Journal de confinement – Elora

Nous sommes le jeudi 12 mars 2020. Il est 22h27. Cela fait maintenant plus de 2 heures qu’Emmanuel Macron, notre président, a prononcé son discours sur le coronavirus. 

Je ne vais pas m’étaler sur ce que les médias nous répètent en boucle depuis plus de 2 mois maintenant mais voilà, le coronavirus (covid-19) est un virus semblable à la grippe qui est apparu en Chine sur le marché de Wuhan. Il aurait été transmis à l’homme par le trafic de pangolin, un animal inconnu jusqu’à lors, même si on a d’abord cru que l’animal responsable était la chauve-souris. Le virus s’est vite propagé, pas étonnant, nos échanges avec le monde sont permanents. De la Chine, il a continué vers le japon, la Corée, la Thaïlande puis a quitté l’Asie pour continuer à se développer au Moyen-Orient, en commençant par l’Iran, puis il s’est installé en Amérique et bien sûr en Europe. L’Italie est le pays le plus touché mais la France reste sur le podium et peut brandir sa deuxième place. L’épidémie est à présent une pandémie.

Durant son discours, le président a parlé de « la crise sanitaire la plus grave depuis un siècle » en référence à la grippe espagnole qui avait emporté plus de personnes que la Grande guerre.

Notre quotidien est bouleversé. On a d’abord contemplé les rues chinoises devenues fantômes où les rares courageux qui pointent leur nez dehors sont contrôlés, on s’est ensuite questionnés sur l’honnêteté du gouvernement Iranien, sur les mesures prises par l’Italie, la menace était pourtant déjà à nos portes. Elle est là maintenant, des gens meurent. En France, le virus a déjà emporté 61 victimes à l’heure où j’écris ces lignes, demain, ce nombre aura augmenté. 1,4% de mortalité seulement. Ce qui me m’effraie, c’est que le nombre de morts est un chiffre, individuellement ce sont des vies. L’être humain a toujours cette capacité de relativiser : « la menace est loin, je suis jeune et en bonne santé » « Ça n’arrive qu’aux autres ». Et pourtant personne n’est à l’abri.

Je n’en avais pas peur et pourtant, plus les jours passent, au fond de moi ce sentiment désagréable grandit. La panique générale et l’omniprésence de ce virus ne m’aide pas.

Demain j’irai au lycée pour la dernière fois, lundi, il sera fermé.

Je ne sais jusqu’à quand. Mes sentiments sont partagés. Un élan de joie aurait pu m’envahir mais non, mon cerveau bouillonne. J’ai peur, je ne sais de quoi demain sera fait. Je hais pourtant la routine qui m’enferme, me contraint et m’ennuie. Mais là, l’incertitude m’angoisse.

Seul coté positif, le virus aura fait bien plus de bien à l’environnement que toutes les actions et les COP réalisées jusqu’à lors. Normal, quand notre monde capitaliste basé sur l’échange et la consommation s’arrête du jour au lendemain. 

L’impact sur notre économie, en majorité tournée vers la Chine, est plus que considérable. Dans les zones en quarantaine, autour de nous, les cafés, les faillites, les compagnies aériennes, le cours du pétrole. Peu à peu, tout s’écroule. Peut-on s’attendre à une pénurie de médicament comme s’inquiétait ma pharmacienne ? Les gens font des stocks. L’Australie est en pénurie…de papier toilette ! La panique s’installe…et en 2 mois, tous les plans économiques de nos gouvernements ont été balayés.

Le début de la relocalisation ?

Lundi, ma professeure d’économie a pointé du doigt la chute des bourses, la baisse des taux d’intérêts     directeurs ; les taux n’ont jamais été aussi bas, tous les marqueurs sont au rouge. Les médias nous parlent de « coronakrack », de crise 2 fois plus grave qu’en 2008. J’étais trop petite, je ne m’en souviens pas mais la différence serait qu’avec ce virus, malgré toutes les mesures réalisées contre la récession, rien n’est certain.

Je me questionne, j’essaye de positiver. Ce virus sera-t-il l’élément déclencheur pour repenser notre monde ultra mondialisé ? Le début de la relocalisation ? le début d’un monde plus respectueux de notre planète ? Le moyen de délaisser ce modèle pensé dans un monde ignorant ce que signifie le mot écologie ?

Mais au fond ce flou permanent m’effraye, mon monde s’écroule et je suis là, démunie et juste témoin.

On est le 14 mars, il y a un mois je fêtais mon anniversaire chez moi avec mes amis, on dansait, on riait, on mangeait des pizzas. C’était les vacances. Aujourd’hui ce sont des bien drôles de vacances.

Lorsque je me suis réveillée vendredi, j’ai cru à un rêve. Ne plus avoir cours. Je ne me suis pas rendu compte, c’était ma dernière journée ! Pourtant tout était normal mise à part quelques détails, quelques blagues sur la manière de se saluer, des questions sur le déroulement de la quarantaine, la visite du préfet (responsable de niveau dans notre lycée). Le plus étrange était de dire au revoir. Aucune date de retour n’est fixée, on vit cette crise au jour le jour.

Après notre dernier cours, je suis descendue par la cage d’escalier vide. J’ai croisé quelques amies. L’atmosphère était si étrange, je ressentais presque de la nostalgie. Puis je suis partie. En me retournant je me suis demandé quand j’allais y retourner.

Dire au revoir était vraiment le pire. Regarder les gens que l’on aime et voir dans leur yeux cette incertitude, cette tristesse. Seule, j’ai continué ma vie comme si de rien n’était. Je suis allée chercher une amie devant son lycée. On est allées prendre un gouter. Dans les rues, les gens s’embrassaient comme si de rien n’était.  

Une vague d’étudiants retournait chez leurs parents. Les rues étaient encore remplies mais je me sentais vide. J’ai décidé d’aller acheter des livres pour prévoir les prochains jours qui s’annonçaient difficile. Les livres scolaires manquaient déjà sur les étagères.

Et pourtant, samedi était un jour comme les autres mis à part l’annulation de mes cours de dessins. Je suis même allée prendre un café, j’étais loin d’imaginer que ce serait le dernier. Dehors tout était normal.

Pour s’apercevoir de l’importance de l’épidémie sur le comportement des gens, il fallait se rendre au supermarché. Les gens se ruaient sur les produits secs, pates riz, conserves, farines, partout des pénuries. Je n’ai jamais vu autant de gens et pourtant tout le monde s’évitait. Malgré les recommandations de confinement pour les personnes de plus de 70 ans c’est eux qui étaient le plus présent dans les rues.

Seulement les cafés étaient encore remplis, trop remplis malgré les mesures d’hygiènes renforcées.

C’est pourquoi le soir même, le premier ministre, Edouard Philippe, a annoncé la fermeture de tous les bars, les restaurants et les commerces « non utiles à la nation ». Le pays est de plus en plus cloitré et nos droits petits à petits limités.

Tout était fermé mais nous manquions d’air.

Dimanche, le marché était encore là mais seuls les stands alimentaires étaient autorisés. Cette épidémie était partout, au centre des conversations. Tout ce bruit comme cette épidémie à chaque instant surgit et ne s’arrête pas. On doit rester calme, mais notre monde s’écroule, on doit rester calme mais notre quotidien est ravagé.

On a continué à sortir alors les restrictions se sont renforcées. Tout était fermé mais nous manquions d’air. Une fois les terrasses fermées, les Français sont allés pique-niquer.  On est en guerre mais l’ennemi est invisible. Cet ennemi est connu mais instoppable, il est nulle part et partout à la fois. On ne le voit pas mais pourtant il suffit que quelqu’un tousse et on croit l’apercevoir. Il trotte dans ma tête, il envahit mes écrans et s’immisce dans mes rêves. Il a vidé les rues, et rempli les hôpitaux. Il a pris ma vie et a appuyé sur le bouton pause pour une durée indéterminée.

 Ce soir, le président l’a annoncé, demain, à midi, la France sera comme l’Italie, cloitrée. Aujourd’hui, on a fait la queue avant d’accéder aux magasins, 1 mètre nous séparait, demain, on devra se munir d’un justificatif pour acheter du pain, c’est des murs qui nous séparerons.

Comment rester seuls ? Comment rester à l’intérieur ? Comment vivre l’intégralité de ses journées dans un appartement ? Comment réduire sa vie sociale à néant quand on a 17 ans ! 

Alors je veux faire ce que je ne peux plus faire dans ma vie bien trop remplie ; écrire, peindre, penser, imaginer ; exploiter mon côté artistique ou bien prendre soin de moi.

 Je n’ai jamais assez de temps mais trop de temps tue ce temps. Comment se motiver et ne pas tourner en rond, combien de temps cette « pause » dans ma vie durera. Quelles en seront les conséquences ? J’en suis consciente, il y en aura. Mais comment les intégrer! Lorsque tout s’arrête, c’est comme si plus rien n’avait de sens, plus de conséquence. Pourquoi travailler, pourquoi apprendre ces choses, seront-elles utiles ?  Que faire quand on est inutile ?

Même lorsque tout est éteint tout est coupé, je ne peux m’empêcher de penser. Comment j’en suis arrivée là, à quoi ressemblera demain ? Je ne sais pas.

Alors on réfléchit, on cherche des solutions. Peut-être que ce coronavirus permettra de créer un nouveau lendemain. Je me pose des questions mais si je me les pose les autres doivent aussi se questionner. En tant qu’enfant, en tant qu’adolescents, en tant qu’adultes, que pouvons-nous faire ?

Il est surement temps de se réformer. Comment se rendre tous utiles. Nous vivons tous un moment d’interrogation, les couples, les familles, les entreprises, la mondialisation. Cela met tout le monde au diapason. Tout comme en temps de guerre, l’après-guerre ne sera que meilleur, je l’espère. Avant, on avait plus d’argent, on restreignait, les retraites, le personnel hospitalier…On a basé notre système sur cette monnaie, ce système de fonctionnement toujours en quête de rentabilité.

Aujourd’hui, il n’y a plus d’argent, tout le monde est arrêté.

Cela remet en cause notre monde, c’est une rupture profonde, une révolution.

Peut-être que l’on pourra arrêter « de mettre la poussière sous le tapis ». Réfléchissons à cette NDIT, cette chaine de travail découpé. « C’est à ce prix que vous mangez du sucre toute l’année », disait Voltaire dans Candide en parlant de l’esclavage, aujourd’hui pourtant, c’est au même prix que l’on change de portable tous les deux ans, que l’on achète ces nouveaux vêtements toutes les semaines. Cette crise doit être, par la pénurie de nombreux produits venus de Chine, le déclenchement d’une prise de conscience collective et le début de la réflexion sur cette interdépendance, voire de l’action. Car contrairement à ce que certaines entreprises veulent nous faire croire, ces choses ont un prix bien plus important que le nombre affiché sur l’étiquette ; le prix de vies humaines.

Des crises ont existé de tout temps, le SRAS, la grippe H1N1… mais à présent, une seule chose à changer (en bien ou en mal) : les réseaux sociaux ont été créés et ont tout bouleversé. Ainsi, on crée une conscience non pas nationale ni régionale mais bien mondiale.

Notre génération et celles qui nous succéderont ont une lourde charge de travail qui les attend, mais j’en suis sûre cette crise permettra au monde d’y réfléchir. On est fascinés par l’Histoire et adorons l

Au 3ème jour de confinement. Je me suis levée en regardant l’aube de loin, on a plus le droit de sortir. 

Quelques courageux s’aventurent encore dehors mais sans attestation dérogatoire, tout déplacement est proscrit.

 Dehors, le climat est glacial, ce n’est plus le temps où les familles déambulaient dans les rues, le temps où les travailleurs pressés remplissaient le métro. C’est le temps où règne l’ordre, le silence. Nous sommes plus dans l’innocence de l’enfance avec le célèbre « un bonbon ou un sort », mais plongés dans l’âge adulte, soumis à une seule règle : sortez un papier, justifiez ou déboursez.

Combien de personnes n’ont jamais rêvé de chiller chez eux, sans contraintes, en gérant leur temps comme ils le souhaitent ? On a tous voulu, un moment ou un autre que le temps s’arrête. Seulement, lorsque ce n’est pas un choix mais une contrainte, tout change. Une seule règle nous dérange : ne plus voir personne. Contraint à ne communiquer que par l’intermédiaire d’un écran, notre rêve est devenu notre cauchemar, notre appartement notre prison, le temps, un ennemi à tuer.

Quelle drôle de guerre nous menons. Il y a un siècle, nos ancêtres la vivaient dans les tranchées, nous, nous la vivons retranchée dans nos appartements.

Quel drôle de paradoxe, nous qui voulions avoir du temps pour nous, voilà qu’on en a trop.

L’humain est inconstant, on dit souvent que l’on n’est jamais contents.

Plus les jours passent, plus l’air frais me manque. Je continue à aller courir une demi-heure par jour pour ne pas devenir folle. J’ai mal à la tête. On blâme ceux qui sortent et j’essaye de sortir le moins possible mais comme être enfermée aussi longtemps devant un écran sans voir la lumière du jour ? Qu’il fait beau dehors, j’aimerais être un oiseau, un écureuil, être libre de mes déplacements, sortir comme avant. Dans 1 mois je l’espère, nous serons dehors et nous pourrons de nouveau jouir de sortir à notre guise. C’est fou comme on oublie les petits moments de bonheurs lorsqu’ils sont quotidiens. Comme si le manque était essentiel pour se réjouir pleinement des choses.

Voila ! Cela fait une semaine que nous savons que toutes les écoles sont fermées. Une semaine que notre vie a vraiment basculé. Je n’arrive pas à réaliser l’ampleur de la situation. En même temps, ça rassure de partager cette crise. Que l’on soit en France, en Europe, En Amérique, en Afrique, tous les mondes peu à peu confinés vivent cette expérience. On n’a jamais été aussi loin et pourtant ce confinement nous rapproche. On fait attention aux autres. On se redécouvre en même temps que l’on redécouvre notre maison. On range, on lit, on s’appelle.

On doit rester chez nous, et même si on compte les heures, le personnel soignant ne compte pas les siennes pour sauver nos vies. Les jours passent, la routine s’installe.

Se lever, manger, travailler, manger, faire du sport, travailler, manger, regarder les infos, applaudir les aides-soignants, travailler, appeler, se laver, se coucher. Voilà mes journées.

Je pensais avoir le temps de me retrouver, de découvrir plein d’activités, je n’ai le temps que de travailler. Mes journées sont rythmées et le temps passe beaucoup plus vite qu’en temps normal comme si on les journées rétrécissaient au fur et à mesure du confinement. Ma vie routinière à repris le dessus. On vit au jour le jour, c’est comme s’il n’y avait plus de lendemain, comme si hier n’avait pas existé. Notre vie d’avant est pourtant si proche mais lorsque l’on met le nez dehors, on a l’impression que ce n’était qu’un souvenir, une illusion ou une autre dimension.

Rien n’est sûr, rien n’est officiel.

On le sait, ça ne durera pas deux semaines mais combien de temps encore seront nous seuls, impuissants. Restez chez vous, vous sauverez des vies mais est-ce une vie d’être enfermé ? D’un coup, j’ai pensé aux juifs cachés durant la 2ème guerre mondiale. Par exemple Anne Franck, si longtemps confinée sans certitude, sans lendemain, sans espoir. Notre situation face à cela est ridicule, qui ne rêverait pas d’être bien au chaud chez soi. En plus je ne risque presque rien.

Pourtant à notre échelle notre vie s’est arrêtée. Contrairement aux juifs dans la seconde guerre mondiale, nous ne connaissons pas notre ennemi, nous ne le voyons pas, et il est multiple. 

Le virus a contaminé notre économie, elle est malade et on ne sait si elle guérira. Ce qui est sûr c’est qu’elle gardera des séquelles de cet épisode, mais lesquelles ?

Les ministres sont ambivalents. Il faut acheter local, mais ils ferment les marchés. Il faut rester chez nous mais on doit aider l’économie. Au moins, l’Etat incite la grande distribution à se fournir en France. Est-ce le début du changement ?

Plus rien ne se passe dans le monde, les infos ne parlent que du confinement, du Covid-19. Pourtant les guerres ne sont pas à l’arrêt, mais plus rien. Comme en guerre, les médias servent au gouvernement pour les informations et les inquiétudes face au conflit, point. Comme l’économie de guerre, les médias sont mobilisés.

La Chine sort peu à peu de son sommeil alors que le monde s’endort. Trois mois de sommeil tout de même. Connaîtrons-nous le même sort ? Ou cela sera plus court ? plus long ? Le monde en tout cas est parti en retraite, l’Inde s’est confinée, l’Angleterre et le Canada aussi, l’OMS alerte l’Afrique – 3 règles ; se laver les mains, 1 mètre de distance, restez chez vous. 2,7 milliards de personnes confinées dans le monde. La planète est rentrée en hibernation pour une durée indéterminée. Aucun réveil n’est annoncé. Et ce réveil, il sera difficile. Demain sera différent. 

 Chaque jour le confinement se renforce. Depuis hier, le 23 mars, nous ne pouvons plus aller au marché et nous ne pouvons plus aller courir à plus de 1km de notre domicile. Pour la première fois, j’ai donné rendez-vous à une amie pour aller courir. Pour la première fois depuis deux semaines, je voyais quelqu’un d’extérieur à ma famille, sans interface numérique.  Lorsqu’on courait, en respectant ce mètre de sécurité réglementaire bien sûr, je me sentais libre. Regarder l’eau du bassin, parler et rire comme si rien ne se passait, ça me manquait. Pourtant je le savais la pression était partout, mis à part le ciel tout à changé. Une ville n’est pas faite pour être vide, les parcs ne sont pas faits pour être déserts, les grilles nous entourent, les policiers rodent aux alentours.  Je suis en règle et pourtant l’idée de me faire contrôler me terrifie. 

Je ne me suis pas encore fait contrôler. Délit de faciès, vous connaissez ? Une personne noire, en jogging, sera contrôlée, pas moi et pourtant ils m’observent.

Les rues sont vides mais les sans-abris ne peuvent se réfugier. On dirait les derniers survivants, voir des zombies te traquant avant d’entrer dans la boulangerie. La boulangère s’est assurée qu’il ne m’embêtait pas et on m’a dit « ne sortez pas mademoiselle, envoyez votre frère ou votre père, ils sont déchaînés ces temps-ci ». Même en temps de confinement ma position de femme me rattrape. Est-ce à nous de faire attention ? Mais pourquoi ce ne serait pas à eux d’adopter une attitude plus respectueuse envers les femmes ? Je suis un humain, comme eux, non une chose à contempler ou à abuser comme ils essayent de me faire croire. 

Bon, deuxième week-end totalement confiné. Je n’ai fait que travailler. Le temps est toujours arrêté mais le rythme scolaire s’intensifie. On commence les visioconférences, ces classes virtuelles permettent de se motiver un peu plus. On rigole un peu avec quelques camarades qui font des blagues. Mais le lycée me manque. Certains disent que le confinement ne terminera pas avant juin. Cela veut dire que mon année de première est surement terminée… J’ai peur. Et surtout, pour le Bac, rien n’est sur… Les médias parlent d’un bac comme en 68, c’est-à-dire que l’on ne passerait que les oraux. J’attends ce moment depuis si longtemps, cela fait bizarre de voir mon idée que je me faisais de ce moment enfant démolie en un instant. Le reste sera comptabilisé sur notre année… Pour ma part le contrôle continu n’est pas un problème mais je pense à tous ceux qui n’on pas eu le temps de se reprendre en main.

Cette pause passe vite et pourtant le temps est en suspens. C’est comme si ce temps était une bulle que l’on agrandit indéfiniment sans réussir à la percer. Et dans cette bulle, on tourne en rond.

Les journées passent et l’on est toujours là dans cette bulle en attendant que l’extérieur soit de nouveau apte à nous accueillir. C’est long, je pensais avoir du temps et finalement dans cette bulle je ne fais que tourner, courir désespérément après ces heures, ces minutes et ses secondes qui s’envolent sans je n’ai pu les apercevoir.

On est prisonnier du temps.

Mes nerfs sont à vifs, je réponds mal, j’ai envie de crier, d’hurler, c’est plus fort que moi.

Je me suis mise au yoga j’essaye d’apprendre à respirer, inspire, expire, pense au moment présent. 

Mais comment faire pour ne pas penser à l’avenir alors qu’à mon âge on est censé avoir tout l’avenir devant soi ? Comment faire pour ne pas penser à un avenir meilleur quand le pire s’annonce, quand le bonheur de demain n’existe pas ?

J’écoutais une émission qui parlait de la réduction de la pollution grâce au confinement, ce qui est en soit logique puisque notre monde est actuellement au ralenti, voire à l’arrêt. Seulement les experts ne se réjouissaient pas comme nous pourrions le penser mais bien au contraire ils s’inquiétaient. Cela peut paraitre étrange et très pessimiste au premier abord mais en réalité, cela est réaliste. C’est pourtant logique, l’économie est en suspend mais seulement pour un temps. 

Pour comprendre, imaginons que vous aillez beaucoup de travail à faire et que vous avez une semaine. Si vous travaillez régulièrement et donc que vous étalez votre charge de travail sur la durée, vous consommez de l’énergie mais de manière modérée et dans le temps, ainsi vous n’avez pas l’impression d’être surchargé, ni fatigué et vous avez le temps d’améliorer votre productivité. Or, si vous avez passé la semaine à faire des siestes, regarder la télé, bref à procrastiner, vous allez vous retrouver le dernier jour surchargé, et pour rattraper votre retard vous n’aurez pas le choix que d’intensifier votre travail quelques soient les sacrifices à faire.

Pour l’économie c’est la même chose, en ce moment, elle est en pause, elle fait une sieste. Mais à son réveil, elle n’aura pas le choix de rattraper son retard pour éviter ou du moins limiter la catastrophe économique. 

Alléger les règles

Et donc le gouvernement qui est garant de cette économie aura l’obligation de lever d’alléger les règles. La preuve, la BCE a déjà autorisé les pays européens à enfreindre les règles de dette publique. Et parmi ces règles il y a bien sûr les régulations en terme d’écologie : cela se nomme le dumping écologique. Et cela a déjà commencé aux Etats-Unis, les entreprises n’ont plus à payer la taxe sur leur production de CO2.

D’un autre côté, les gens s’interrogent. Si nous regardons cette fois le penchant positif, cette crise sanitaire à entrainé chez la plupart des individus une crise existentielle. Les gens s’interrogent sur l’utilité de leur profession. Ils se rendent compte qu’un rien, en l’occurrence ici, un virus, peut perturber voire totalement effacer l’importance de leur métier. Si les personnes telles que le personnel hospitalier, les caissiers, les agents d’entretien, les agriculteurs, les pompiers et les policiers sont revalorisés, les restaurateurs, les ouvriers eux se retrouvent sans la possibilité d’exercer leur métier.

Les gens se reconcentrent sur eux-mêmes et tentent de trouver un « but » à leur vie. Ce qui est parfaitement légitime. Qui ne s’est jamais interrogé sur pourquoi il était là, pourquoi il faisait ça et si cela avait un sens. Lorsque l’on aide quelqu’un par exemple, en plus de faire du bien autour de nous, on se fait du bien avant tout à nous. Donc grâce à ces questions que les gens se posent et également à la solidarité qui se crée. Car oui même si on n’a jamais été si loin des uns des autres on ne s’est jamais autant soucié des gens que l’on aime. On se rend compte qu’ils nous sont chers et qu’ils nous manquent.

On réapprend les choses simples.

Les gens retrouvent leurs « valeurs », ce qui les anime et qui font d’eux des personnes. Pardonnez-moi l’expression mais « l’économie se casse la gueule », et quand l’argent n’est plus un frein ni une peur puisque de toute manière plus rien n’est sûr, les gens risquent et se reconcentrent sur ce qu’ils veulent faire. L’incertitude a laissé place à la peur dans la plupart des esprits qui ont donc commencé une réflexion sur qui ils sont vraiment. Chose que l’on n’a pas le temps de faire dans notre frénésie quotidienne. On réapprend les choses simples.

Et donc si l’on observe que l’économie est si volatile, que tout se que l’on a construit est si bancal, peut être que l’on cherchera à préserver et à réparer ce qui tient encore debout; la planète terre.

C’est pour cela que cette période peut être une aubaine pour le climat mais aussi pour reconsidérer notre manière de consommer et notre rapport aux autres. L’exemple est simple à trouver, il nous suffit d’allumer nos télés pour observer tous les services, toutes les initiatives citoyennes et les circuits court qui se développent. En espérant seulement que cela dure, l’avenir nous le dira.

Elora Veyron-Churlet

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