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Nos vies confinées – journal d’Elora, partie 2

Aujourd’hui, le soleil resplendissait. On est seulement en avril, mais le ciel était bleu, sans nuages et les gens étaient…dehors. 

Oui vous l’avez compris, vous n’avez pas rêvé, les gens sortaient comme si de rien n’était. Je les comprends et pourtant ce sentiment d’injustice m’envahit. S’ils sortent, s’ils relâchent leurs efforts, l’enfermement se prolongera. Nous sommes des « prisonniers » en sursis. En prison, si on se comporte bien, on profitera d’une remise de peine. Si on contraire, on enfreint toutes les lois, certes on se sentira libres un bref moment mais notre peine ne s’écourtera pas. Le problème c’est que cette peine ne fait que s’allonger, que l’on respecte ou non les règles. Alors l’aléa moral se produit, nous sommes tous confrontés au risque d’etre malade ou de rester confinés. Alors on sort, on ne risque rien de plus, et il est vrai qu’individuellement, on augmente notre confort. Les médias le disent, plus personne ne parle de fin du confinement. Puisque l’on ne voit pas de fin, il est naturel que les gens craquent, tout comme ils sont sortis boire un dernier verre avant la fermeture des bars. 

Penser à un avenir qui est par nature incertain est difficile, lorsque l’on doute déjà du lendemain, comment réfléchir et construire un avenir lointain ? Je ne peux m’imaginer les personnes dans le besoin, les réfugiés, tous entassés. Ceux qui ne voient plus la lumière du jour, qui ne voient plus le ciel. En parlant de ciel. J’ai toujours cru que le temps jouait sur mon moral, et je le pensais encore jusqu’à ce matin.

On a tous l’impression que le temps à un pouvoir sur notre moral, que le soleil est la cause de notre bonheur, que la pluie accompagne nos pleurs. J’ai donc cherché ce matin et j’ai découvert que cela était faux. J’ai lu plusieurs études et articles psychologiques qui comparaient les ouvrages de plusieurs chercheurs dont David Watson, professeur de psychologie à l’université de l’Iowa et grand spécialiste américain de l’humeur. En réalisant plusieurs tests, il a prouvé que le temps n’aurait pas de corrélation avec notre humeur. Je suis restée perplexe et j’ai continué à chercher. Il s’avère que le temps n’a certes pas d’incidence directe sur notre humeur, mais qu’il a une répercussion sur la fréquence de sorties et de rencontres et donc sur notre sociabilité qui serait à l’origine de notre bonne humeur (un comble en période de confinement). Tout le monde connaît ce coup de blues au milieu du mois de novembre lorsque les nuits raccourcissent et que les nuages noirs envahissent le ciel et au contraire cette joie immense qui nous envahit à l’idée de boire un verre, de veiller auprès du feu avec nos amis à l’arrivée du printemps. Si un orage éclate en été, votre joie ne disparaîtra pas, tout comme décembre ravive votre bonne humeur à la simple pensée de retrouver vos proches (et les cadeaux, je le sais).

La corrélation entre notre humeur et le temps n’est en fait qu’une croyance imprimée dans nos esprits depuis petits. Lorsque l’on pleure et qu’il pleut, on le remarquera, alors que si on pleure et qu’il fait beau, notre esprit oubliera. Notre cerveau fait le rapprochement entre le temps et son humeur avec pour seule base ce stéréotype sociétale ; c’est ce qu’on appelle un biais cognitif.

Bon je ne vais pas vous mentir, même si cette découverte a été intéressante pour moi, je ne vais pas pour autant arrêter d’etre heureuse quand le soleil vient chauffer mes joues en été et puis… puisque la sociabilité extérieure est impossible pour le moment voyons le côté positif, en Skype, même s’il pleut, pas d’excuses pour rater l’apéro Visio !

La vie est ailleurs

Aujourd’hui on est le 6 avril, cela fait maintenant 3 semaines que nous sommes enfermés, sans restaurants, sans magasins, sans activités extérieures, sans école, que les rues sont désertes. Nous vivons un film de science-fiction, sans action. Nos projets ne sont plus de voyager, on ne peut que rêver. A Lille, j’ai eu l’occasion de prendre des photos de la Grand-Place déserte, des rues commerçantes habituellement bondées en plein samedi après-midi, vides. Dehors, on a le sentiment d’être dans une grande ville en plein mois d’août. Vous savez, lorsque tous les enfants sont partis, la vie s’est arrêtée, la vie est ailleurs, sur les plages, dans les lieux les plus touristiques. Aujourd’hui, et depuis deux mois, nous sommes un 15 août. Il m’est arrivé un été avec mes parents d’être un 15 août à Milan. Bien que ce soit une grande ville, tout était vide. Les rideaux fermés, on a fini par passer la journée à l’hôtel et on a mangé un Burger King, seul endroit pour nous restaurer que nous avions trouvé. Cela m’avait traumatisé. Je m’étais demandé ou étaient passés ces gens qui la veille encore remplissaient les rues. Je n’avais pourtant qu’à attendre le lendemain pour retrouver ce bruit de ville, cette foule dans laquelle j’ai grandi. Qui aurait cru que quelques années après, dans ma ville, je revivrai la même chose, jour après jour, une ville fantôme, le Burger King en moins ?

Pourtant, ce matin, c’était le relâchement. Les gens bronzaient, riaient comme… un dimanche normal ! Il est difficile de qualifier un jour de « normal ». Ce mot est si étrange. Parce qu’aujourd’hui notre normalité devient notre chez nous. Imaginez que dans un mois, on aura vécu plus de temps chez nous que dehors en 2020 ! En y pensant je crois que cela ne m’est jamais arrivé, rester chez moi, vivre autant de temps enfermée.

Je me souviens que lorsque j’étais petite, je lisais les biographies de mes auteurs préférés et souvent, ceux que j’admirais le plus avaient fait un séjour en prison. Dans ma tête, cette prison ressemblait à ce que je voyais dans les films, une sorte de cachot, dans une tour en pierre, avec une petite fenêtre en hauteur creusée dans la pierre. L’écrivain était assis, au fond du cachot, songeur, en train d’écrire sur un bout de papier jauni par l’humidité. Parfois, ils regardaient le faisceau de lumière qui leur donnait l’espoir ou le souvenir d’une vie libre. 

Aujourd’hui, j’ai l’image de l’écrivain dans une maison à la campagne, solitaire, qui marche en cultivant son potager, respirant l’air frais. Dans sa maison en pierre toujours, ou en bois, le lierre recouvre progressivement la façade, l’écrivain s’allonge dans l’herbe et regarde le ciel bleu. Au coucher du soleil, il rentre dans le salon et s’allonge sur le tapis pour continuer à écrire sous le crépitement de la cheminée, il ne manque plus que le chien qui s’allonge à ses pieds pour terminer. Je ne sais pas si pour écrire il faut se retrouver dans la solitude, ou si ce sont les films et les romans qui m’ont mis ces images dans la tête, mais finalement c’est un peu ce que je fais.

Chez moi, je me mets seule sur mon balcon, et appuyée sur le rebord, regardant le soleil se coucher au lointain, j’écris. Une fois la nuit tombée, je rentre et me blottis sous mes plaids dans le canapé et je me laisse aller à mes pensées. 

Je n’écris pas de roman parce que je n’ai jamais de fin. Je commence, j’écris et puis j’ai ce blanc. Ce syndrome de la page blanche, ennemi de toute personne qui tente d’écrire. Je pense que j’ai peut-être peur que ma fin soit pas assez bien. J’ai l’impression d’aller dans tous les sens, donc j’essaye d’écrire ma vie et ce qui me passe par la tête. Et ce qui est bien avec ma vie, c’est que pour l’instant elle est sans fin. Ecrire me permet de faire une sorte d’introspection et de me découvrir moi-mêmemême si ce n’est pas tout à fait comme un journal intime puisque vous le lirez.

Qu’est-ce que l’essentiel?

Je voyage, d’une pensée à une autre, je lis, j’écoute et j’écris. Tout à l’heure ma mère m’a parlé du livre La première gorgée de bière de Delerm. Dans ce livre, il reprend les plaisirs simples de la vie, un peu comme la madeleine de Proust. C’est ce que nous devrions faire dans cette période. Quand les gens m’envoient un message en me demandant ce que j’aimerais faire pendant ces vacances qui seront, vous l’avez compris, moins chargées que prévu, et bien j’ai du mal à répondre, je pense que je vais essayer de ne pas penser. Pour la première fois de ma vie peut-être, arrêter de mentaliser l’après, faire tout simplement ce qui me plaît. Je vais tenter le lâcher-prise, puisque lorsqu’on souhaite comme on l’entend souvent « revenir à l’essentiel », cela est un peu flou pour moi puisque l’on peut se demander : qu’est-ce que l’essentiel ? Se retrouver ? Mais comment et par quoi commencer ? On n’a pas appris à ne rien faire sans culpabiliser, à ne pas être productifs comme nous l’entendrons aujourd’hui. Peut-être que je veux être productive dans ce que j’ai décidé ; pour lire, écrire et dessiner par exemple. En faite je pense que revenir à l’essentiel veut dire se concentrer sur ce qui nous rend heureux, fiers. Dans notre société, on nous apprend à être humble, à ne pas montrer notre fierté. Nombre de fois ma mère m’a regardé d’un air jugeur lorsque j’ai poussé un cri de satisfaction en trouvant que le travail que j’avais réalisé me satisfaisait, qu’il était vraiment bien. Paradoxalement, on nous dit souvent : « tu peux être fière de toi ». Cela veut-il dire que nous avons le « droit » d’être fière de nous mais que nous devons garder ce sentiment en nous sous peine d’être pris pour quelqu’un d’orgueilleux ? Cela est pareil avec la question : « ça va ? », nous posons cette question chaque jour sans réellement attendre de réponse, ou bien on attend un simple oui, sans plus. A tel point que nous n’osons plus dire quand non, ça ne va pas. Pourquoi avons-nous honte de dire non ? Avons-nous peur que la personne ne fasse pas attention à nous, d’être une personne qui connaît une période difficile, de plomber l’ambiance. Alors que finalement, tout le monde à des moments difficiles et il suffirait que l’on puisse se confier pour nous délivrer peut-être de ce poids. On se sentirait surement moins seuls. On a souvent l’impression que nous sommes les seuls à avoir ce problème mais c’est pourtant faux. Je suis certaine que dans les 7 milliards d’humains sur terre, une bonne partie a connu ce problème et les blogs sur le net en tous genres nous le confirment, alors pourquoi pas notre entourage ? Et pourtant nous nous jetons sur ces blogs, je suis la première à le faire mais notre entourage, qui nous aime, qui nous connaît, n’est-il pas plus légitime pour nous aider ? Mais nous avons cette honte, internet nous anonymise. Même les psys parfois ne peuvent pas nous aider puisque se livrer est difficile, ils arrivent à pointer le problème, mais encore faudrait-il arriver à tout leur dire, et ne pas leur mentir, mais c’est difficile parce que l’on se sent vulnérable. 

J’ai besoin de cette interface numérique et encore, il faudrait que moi-même je prenne en compte qu’il y a un problème. On se ment à nous-mêmes. C’est plus facile parce que si on plonge, après il faut nager pour ne pas couler. Finalement, poser les mots sur le papier permet de réaliser une introspection, de comprendre nos émotions. Je suis seule avec les mots et mes mains qui tapent sur le clavier. Je cherche, je tape, j’efface, j’accélère, j’arrête, je lève les yeux au ciel, je réfléchis et je réécris. Surement qu’on a besoin de pauses dans nos vies pour comprendre certaines choses. Et c’est surement pour cela que plus le confinement dure, plus les personnes se sentent mal, puisque dans cette pause, loin de leurs vies surmenées, elles ont le temps de penser et pour la première fois elles se retrouvent seules, face à elles même. On a l’impression que notre vie nous échappe, peut-être que ce que nous faisons est inutile, que nous ne prenons pas le temps de nous considérer nous et que nous vivons sans nous interroger, sans profiter. Le temps passe vite et de plus en plus vite. Mais sommes-nous satisfaits de ce que nous avons accompli ? Malheureusement non, parce que l’on veut toujours plus. Nous sommes éternellement insatisfaits puisque l’on nous a appris à l’être. On a appris à chercher, à trouver et à recommencer, à creuser tout cela sans cesse sans avoir appris à faire de pauses, à regarder ce que nous avons fait et à nous dire Wouah, c’est moi qui ai fait ça ! J’en suis capable. Il ne faut peut-être pas se contenter de ses acquis et certes le challenge nous donne envie mais je suis sûre que s’arrêter deux minutes pour considérer la magnifique personne que vous êtes peut vous aider. Cette période seuls peut-être une épreuve puisque nous vivons souvent dans le regard des autres. Nous attendons sans cesse de la considération, et quand cela disparaît, nous avons l’impression d’être vides. Ce sentiment est universel. Je suis persuadée que même miss France se lève le matin et se trouve moche, que Gandhi avait parfois l’impression d’être injuste, une personne inutile, que votre personnalité préférée, même avec sa communauté ne se sent pas forcement ok avec elle-même. Lorsque quelqu’un nous fait un compliment, on se trouve des excuses, on se dit que ce n’est pas objectif, que c’est simplement pour nous faire plaisir alors que les critiques provoquent en nous une colère immédiate. On les croit. Nous ne nous sommes jamais dit que c’était nous qui avions un avis biaisé, que c’est nous qui ne sommes pas objectifs avec nous même inconsciemment. Je l’écris, ça fait longtemps que je pense à tout cela et j’avais besoin de le poser sur le papier. Je pense que comme tout s’aimer est difficile et je suis bien loin d’y arriver. J’ai parlé ici de la vision de nous-même dans ce que nous réalisions mais cela se répète aussi dans la vision physique de nous-même. Surtout avec cette malveillance envers notre corps. Combien de squats, de joggings, de repas à vous frustrer pour vous sentir mieux avez-vous faits ? Combien de fois avez-vous culpabilisé à manger ce gâteau qui vous tentait ? Et surtout dans cette période de confinement ou nous sommes plus sédentaires que jamais. Le mouvement Body positif essaye de nous décomplexer, mais croyez-vous que même si vous atteignez votre body goal vous vous sentiriez mieux ? Les filles des magazines sont comme vous et ne se trouvent pas jolies parfois le matin. La perception de nous-même est si aléatoire. Personnellement, j’ai déjà trop joué avec ça et j’en ai marre. J’ai essayé d’ouvrir mes yeux mais ça ne marchera pas puisque nous sommes sans cesse comparés aux autres. 

J’écris pour me sentir bien

Si on se compare, jamais nous arriverons à la meilleure version de nous-même puisque ce n’est pas nous, nous ne pouvons pas vivre éternellement dans l’ombre des autres, en restant focalisé sur notre miroir déformé en espérant un jour avoir le corps d’un autre. En plus, je pense que je ne serais pas heureuse dans le corps de quelqu’un d’autre puisqu’à la question : « si tu devais être quelqu’un d’autre que toi qui serais-tu ? » je n’ai pas de réponse. Peut-être que si nous changions notre perception et que nous nous apprenons à nous aimer dans notre intégralité, sans faire semblant, nous pourrions au long terme, enfin ouvrir les yeux et atteindre la même bienveillance envers nous même que les autres ont pour nous. La société qui nous a complexée pourrait changer. Le féminisme a pour but de promouvoir l’égalité homme/femme, nous parlons souvent de l’inégalité salariale, de rôles à la maison ou encore de représentation dans les médias ou les postes haute responsabilité mais beaucoup moins de la pression d’apparence qui pèse sur les femmes. Pendant longtemps cette apparence permettait aux femmes de se marier et donc de se sortir de la misère mais maintenant que les femmes ne se résument pas qu’au mariage en Europe du moins, pouvons-nous enfin sortir de ce diktat d’un corps idéal éphémère parce qu’en plus du temps qui passe, d’une décennie à l’autre cet idéal fluctue ?

Je n’ai pas de réponse à mes interrogations et je ne pose là que des pistes de réflexion que je pourrais approfondir mais je vais laisser chacun aller à ses idées individuellement car si ce questionnement est universel, le cheminement vers une potentielle solution est propre à chacun.

Aujourd’hui j’écris pour me sentir bien et je peux dire que cela m’a apporté une sorte de satisfaction d’avoir réalisé quelque chose même si ce n’est que quelques lignes. Je suis donc fière de moi.

Nous sommes en vacances, c’est étrange puisque je suis partagée entre la joie de ne plus avoir cours et la peur de ne plus savoir quoi faire. En un mois je me suis créé une sorte de routine. Je travaillais la semaine, un peu moins que d’habitude, certes mais avec un rythme plutôt soutenu. J’avais des objectifs, je les réalisais. J’étais contente d’être le week-end, je m’accordais une petite journée rien qu’a moi puis je recommençais. A présent, je n’ai plus d’obligations. Garder une routine lorsque plus rien ne nous contraint est assez difficile. On dit souvent que l’ennui est bénéfique, que ça nous rend créatif. Je comprends parce qu’en soit moins on a de choses à faire, plus on laisse notre cerveau partir dans son imagination. Mais est-ce infini ? La plupart du temps, s’ennuyer c’est rester allongé à regarder le plafond. On essaye alors de s’occuper en vain, on finit par tourner en rond lorsque plus rien ne nous tient en place. Lorsque l’on commence à ouvrir un livre, on lit deux pages, on le referme, on souffle, on allume notre téléphone, on scrolle, on souffle, on met une série que l’on ne regarde même pas, on souffle. On est allongé, on se sent vaseux. On a plus la notion du temps, c’est comme si 1min durait 1h, 1h, un jour entier. 

Tout le monde parle de l’après…

Et puis soudain nos paupières sont lourdes, ne rien faire fatigue et on se dit qu’une sieste ne pourra que raccourcir ce temps que l’on cherche désespérément à tuer.  A la nuit tombée, plus moyen de dormir, on sort alors de notre lit, attendant que le sommeil veuille bien nous emporter. On se balade dans notre maison devenue noire, ou le silence règne. On s’assoit un instant sur le canapé, nous regardons les rues vides que les derniers joggeurs ont désertées. Je regarde souvent les étoiles d’un ciel un peu dépollué (quand il y en a bien sûr parce que n’oublions pas que j’habite à Lille tout de même). Je fais le vide et je voyage d’une étoile à l’autre, en me demandant comme ces choses extraordinaires peuvent exister. Je me demande ce que ça fait d’etre dans l’espace et je me laisse une nouvelle fois partir dans mes souvenirs. Une fois apaisée, lorsque le froid me fait rentrer, je retourne sur la pointe des pieds dans mon lit. Je regarde mon plafond, je l’effleure de ma main laissant sur elle des particules blanches de peinture (merci la peinture carrefour), puis je prends mon ordinateur et j’écris. 

C’est la nuit que j’écris le plus. Sans aucune distraction, je pense et je suis d’un coup inspirée. Le syndrome de la page blanche cesse jusqu’au moment où la fatigue reprend le dessus et me force à arrêter, je ne peux plus penser. Je ferme mon ordi et je reprends mon téléphone, je réactualise mon fil d’actu sans cesse en espérant trouver une nouvelle notification, mais il est déjà 3h du matin alors je laisse tomber et je me résigne enfin à dormir.

 On le sait maintenant, le confinement va durer bien plus longtemps qu’on le croyait. Wuhan, épicentre de l’épidémie, est resté deux mois entiers confinée. Aujourd’hui encore, ils ne sont pas revenus à la vie « d’avant ». J’ai regardé un reportage sur ARTE d’un journaliste à Pékin. Quelques semaines auparavant, bien avant le confinement en France j’avais visionné le reportage du même journaliste, c’était le témoignage de sa vie confinée. L’ironie du sort fait qu’à présent, c’est moi derrière mon écran qui suis confinée et lui qui profite d’une relative liberté. Vous l’avez remarqué, j’ai nuancé mon propos puisque on le sait on ne sortira pas du jour au lendemain comme nous avons été confinés. Les médias nous ont prévenu d’un retour « progressif », assez flou je dois dire. Des rumeurs courent, certains disent seulement les personnes immunisées, d’autres les jeunes enfants, d’autres encore les premières et les terminales pour que l’on puisse valider notre bac. Ce flou s’est un peu éclairci grâce à ce reportage. Les parcs ont ouvert, les magasins et les restaurants aussi. Seulement, les Chinois sont invités à circuler, à rester en comité réduit, aucun invité ne peut franchir la porte de leur maison. Est-ce que cela veut dire que notre sociabilité n’est pas près d’être de nouveau autorisée ? 

Tout le monde parle de l’après. On sait qu’il y aura un après, on ne sait pas comment il sera ni quand il viendra, juste qu’il ne ressemblera pas à l’avant. En chinois, le mot crise peut signifier deux choses : « danger » (qui représente un homme au bord d’un précipice) ou opportunité. La sémantique chinoise est dans ce cas plus positive en évoquant le caractère favorable que peut représenter une crise pour une organisation. Le coronavirus est donc un danger en premier lieu mais peut-être une opportunité. En espérant seulement pour une fois que l’homme apprendra de ses erreurs. Les plus pessimistes disent que la sortie de cette crise ne se fera que vers la fin de l’année. Sachant que nous sommes en démocratie, que nous ne pouvons pister tout le monde, allons-nous sortir de cette crise sans mettre nos libertés entre parenthèses ? Une appli pour connaître nos déplacements devrait être mise en place tout en préservant notre anonymat, mais puisqu’il est impossible de nous contraindre de la télécharger, comment savoir si la solidarité collective fonctionnera ? Moi-même, savoir que mon téléphone me piste sans cesse ne m’attire guère, même si je suis consciente que les réseaux sociaux le font déjà. Je suis sceptique. 

Dehors, le confinement se relâche…

Emmanuel Macron a pris la parole une nouvelle fois. Le confinement durera jusqu’au 11 mai, on doit reprendre les cours. Je ne sais pas comment prendre cette nouvelle. J’ai très hâte et pourtant j’ai peur. Deux mois d’arrêt au milieu d’année ce n’est pas commun. Va-t-on devoir travailler encore plus qu’avant ? Je me suis adaptée à un nouveau rythme. On parle de déconfinement mais nous n’avons pas le droit de sortir, je pourrai juste retourner au lycée, mais pas au cinéma ni dans les bars, peut-être dans les magasins. La question des vacances d’été reste entière, je ne m’imagine pas rester deux mois enfermés dans mon appartement avec pour unique contact les personnes de ma famille. L’extérieur me manque, je ne suis pas la seule. Dehors, le confinement se relâche. On peut voir deux catégories de personnes. Celles qui sortent et qui n’ont pas peur et ceux qui sont paniqués à l’idée d’attraper le virus. Le retour en cours est « facultatif ». Les parents sont donc libres de décider du retour ou non de ses enfants en cours. Mais nos notes vont-elles compter ? Malgré un retour progressif en classe, la distanciation sociale pour les enfants est une illusion. Je suis sortie deux jours pour etre animatrice dans le centre aéré pour les enfants des personnes mobilisées organisé par mon lycée. Comment expliquer à des enfants de 3 ans de garder un mètre de distance entre eux ? C’est tout simplement impossible de les tenir. Et puis peut-on rester indéfiniment dans une bulle ? Je n’arrive pas à voir la suite, cela m’angoisse. Ces deux jours de liberté m’ont fait du bien. J’ai pu me dépenser, ressentir à nouveau le soleil sur mon visage, l’air frais. Pourtant, même si je ne sors pas, dehors, de plus en plus de groupes de personnes se réunissent. On ne compte plus les jours qui se ressemblent. J’ai hâte de reprendre les cours pour retrouver une routine puisque ne rien faire est un cercle vicieux. Les journées skypes sont géniales mais j’ai besoin de voir les gens, de retrouver ma vie d’avant. La distance est pesante. On s’habitue, on n’a pas le choix mais à chaque fois, la date de sortie se rapproche pour de nouveau s’éloigner encore plus qu’avant. On ne voit pas la fin de cette crise et on continue de vivre le jour le jour. Plus le temps passe, plus l’incertitude grandit, plus le retour s’avère compliqué.

J’ai parlé à mon chef d’établissement au centre aéré, le retour se fera par demi-journée pour que l’on ait la place d’être seuls sur une table, la cantine elle restera fermée. C’est assez étrange, il reste un mois et c’est à la fois rapide et long à la fois. Je ne retrouverai pas ma classe d’avant le confinement. Le vrai retour ne sera qu’en septembre, quand je serai en terminale. J’ai revu la cour désertée. Les arbres avaient poussé, des pommes de pains étaient tombées. Un lycée vidé de ses élèves fait un peu peur, ce silence inhabituel dans les couloirs est presque anxiogène. L’odeur des cahiers à laissé place à l’odeur du désinfectant utilisé trois fois par jour par l’équipe de nettoyage. Le lycée sent l’hôpital mais sans patients. Les enfants étaient impressionnés d’être dans la cour des grands. Ils couraient partout et cueillaient les pâquerettes qui avaient eu le temps de pousser sur les carrés d’herbe habituellement piétinés par des centaines de pieds chaque jour. Nous sommes retournés dans le bâtiment des primaires avec une vingtaine de pommes de pin. Nous les avons peintes pendant à peine 20 minutes avant que les enfants ne soient lassés et partent jouer. Assise sur le terrain de foot synthétique, j’ai regardé le ciel et j’ai pensé. J’aimerais faire des plans d’après mais tout est en suspens pour un moment. J’ai peur de prévoir des choses qui vont tomber à l’eau. Est-ce que ça sert de prendre du temps pour penser à après ? Mais c’est essentiel pour ne pas déprimer. Ma vision du temps est déformée et j’ai peur de voir les journées passer sans avoir le temps de profiter.

La pandémie contrôle nos vies

Aux infos, tout tourne autour de la pandémie, économie, déconfinement, pâques en visio, ramadan et confinement. La pandémie contrôle nos vies. Les guerres sont en suspens. Pour la première fois les pays collaborent pour autre chose que faire la guerre. Aucun pays n’est à l’abri. C’est comme une grande course mondiale des gouvernements, qui trouvera une solution plus rapidement, quel régime est plus efficace ? Des choses incroyables passent au second plan. Kim Jung Un est peut-être décédé, on ne sait plus ce qui est vrai ou faux. Nous sommes submergés d’infos anxiogènes à chaque seconde et on se noie dans le vrai ou bien le faux. Une étude a prouvé que pendant cette pandémie, les gens se reposent sur les médias traditionnels qu’ils avaient un pu délaissés au profit des réseaux sociaux. Les gens s’informent une à deux fois par jour, pour entendre les mêmes actualités : nombre de mort, de blessés, conseils des médecins surchargés, actions solidaires et découverte d’une personnalité qui continue d’entretenir un lien avec sa communauté. J’avais beaucoup de projets à faire pendant ce confinement, je n’ai presque rien réalisé mais je pense que j’avais besoin d’une pause. D’un moment pour me retrouver moi sans aucune contrainte pour décompresser. Je vais surement reprendre un rythme mais je ne m’impose plus de grosses contraintes pour essayer de vivre un peu sans stress supplémentaire.

Les enfants n’ont pas peur, mais les adultes se questionnent. Je vois mes parents, leurs collègues se questionner, démissionner, potentiellement être virés. Plus de la moitié des salariés sont au chômage partiel et tout le monde a le temps de tout remettre en cause. C’est comme si nous avions vécu trois ans d’actualité en seulement quatre mois. Ce qui est sûr, c’est que 2020, on s’en souviendra. 

Elora Veyron-Churlet

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Harcèlement de rue : « Il m’a craché dessus, en plein milieu du visage… »

Le harcèlement désigne un ensemble d’actes, de comportements, d’écrits ou de propos qui, par leur répétition et leur caractère dégradant, contribuent à nuire psychologiquement ou physiquement à la personne qui en est victime. Il existe différentes formes de harcèlement, il peut être moral ou sexuel, et il se retrouve dans différents milieux : au travail, à l’école, à la maison, mais aussi dans la rue.

            C’est sur cette dernière forme que nous allons nous pencher : le harcèlement de rue. Selon la définition de « Stop Harcèlement de rue », ce sont les comportements adressés aux personnes dans les espaces publics et semi-publics, visant à les interpeller, leur envoyant des messages intimidants, insistants, irrespectueux, humiliants, menaçants, insultants en raison de leur sexe, de leur genre ou de leur orientation sexuelle mais aussi de leur origine.

            Pour alimenter cet article, j’ai cherché tout d’abord autour de moi. Je savais le harcèlement de rue courant, je l’avais déjà moi-même expérimenté, mais je n’imaginais pas obtenir aussi facilement une dizaine de témoignages. J’ai contacté un peu plus de vingt personnes, filles et garçons, tous âgés entre quinze et vingt ans. J’ai fait face à trois cas de figure : certains ne m’ont tout simplement pas répondu, d’autres m’ont dit n’avoir aucun témoignage à divulguer et enfin les autres qui ont accepté de participer, et de partager leur expérience, parfois pluriel, souvent marquante et douloureuse. 

            Ainsi, vous allez découvrir dix témoignages, que neuf jeunes femmes et un jeune homme ont bien voulu me confier. Merci encore à eux, d’avoir accepté de se confier à moi ! 

Certaines ont été touchées dès le collège, comme Claire, Maëlle, Salomé, Roxane ou encore Juliette. 

« J’étais au collège, en quatrième il me semble, je me baladais dans un parc avec une amie lorsqu’un homme assez âgé est venu nous voir. Il devait bien avoir cinquante ans, et nous nous n’avions rien demandé, nous profitions juste du soleil. Il nous a proposé de nous payer une glace puis un verre, pensant que nous avions vingt ans. Ce fut compliqué pour qu’il abandonne, mais ce n’est pas ça qui m’a le plus troublée. Son fils l’accompagnait, proche de la trentaine, et il ne disait rien. Il avait bien vu que nous étions gênées et que son père forçait, mais nous avons dû nous débrouiller seules.

Une autre fois, encore collégienne, j’étais avec ma mère et ma sœur. Le simple fait de porter un short et un haut moulant les a tous attirés. J’ai cru être dans un film ce jour-là. Dès qu’on croisait un homme je me prenais des remarques. Alors oui ce n’était pas méchant, c’était plus du style « t’es jolie mademoiselle »  « t’as un numéro ? ». Mais je ne m’étais jamais sentie aussi mal et gênée, en plus j’étais avec ma mère. Quand j’y repense, j’étais trop jeune pour me prendre de genre de remarques. »

Maëlle, 18 ans.

« Lorsque j’avais 11 ans en allant au collège, presque une fois par semaine, des hommes, le plus souvent travaillant à la mairie, me klaxonnaient, sans aucune raison. De temps en temps, ils se permettaient même de faire des gestes à leur fenêtre. J’étais jeune et ces situations m’ont marquée, je me sentais humiliée et trouvais ça vraiment désagréable et très déplacé venant d’hommes beaucoup plus âgés que moi. »

Claire, 18 ans.

« J’étais en 4ème, j’avais 13 ou 14 ans et ça s’est passé littéralement au bout de ma rue. Ma mère m’a déposée, elle avait des courses à faire. Au croisement de ma rue, un homme était garé, un peu à l’arrache. J’avance, je passe devant lui et je l’entends qui démarre. Jusque-là, c’est juste un mec qui démarre sa voiture. Mais il ouvre sa fenêtre et se met à baragouiner des trucs. Je ne comprends pas ce qu’il dit, mais je me doute qu’il ne me dit pas que j’ai fait tomber mes clés. Il parle dans une langue étrangère, je ne saurais même pas dire laquelle. Je sens mon cœur se serrer. Je fais comme si je n’avais rien entendu. J’accélère un peu, je me dis que je ne peux pas courir. Je reste tête baissée. Il continue à me crier dessus. J’avais 50m à faire, ce trajet ne m’a jamais paru aussi long. J’accélère encore. Je prépare mes clés. Je n’ai jamais ouvert ma porte aussi vite. Je rentre le plus vite possible et je claque derrière moi. Je ferme même l’entrebâilleur. Je reste 5 bonnes minutes dans mon entrée, en état de choc. 

Je n’ai vraiment pas compris ce qu’il se passait. C’était la première fois que quelque chose comme ça m’arrivait. On m’a toujours dit si un homme te suit, tu fais ça, tu réagis comme ça. Sauf qu’à ce moment-là, tu ne peux pas réfléchir rationnellement. Je n’ai pas pensé au fait qu’il allait connaître où j’habitais, qu’il pourrait même me suivre à l’intérieur. Je voulais juste être en sécurité et qu’il me fiche la paix. »

Salomé, 16 ans.

« Quand c’est arrivé, je devais avoir treize ans, et je ne connaissais rien de mon corps, je pense que cela a été encore plus violent pour moi. Pour une fois, cela m’arrivait rarement, j’avais mis une robe. Elle était blanche, finissait au dessus du genou mais n’avait rien de « sexy », rien qui pouvait vouloir dire à des gens que j’avais envie de quoi que ce soit (je préfère préciser au cas où des gens pensent encore que la tenue change les intentions). 

Je prenais le métro, sûrement pour rejoindre des amis et j’étais seule. J’étais habituée à prendre le métro pour aller au collège. Je me rappelle que j’étais un peu pressée, et j’avais emmêlé mes écouteurs et  fait tomber ma carte. Deux hommes beaucoup plus vieux que moi (je dirais âgés de plus de 50 ans) arrivaient vers moi pour sortir. Je n’y faisais pas attention, ils avaient l’air totalement normaux. Donc je me suis penchée pour ramasser la carte et quand je me suis relevée un des hommes a passé sa main sur mon vagin et a continué sa route. Il ne s’est rien passé de plus,  je me suis même souvent demandée si ce n’était pas un accident. Mais cela me parait très bizarre, comment sa main aurait fini là par hasard ? Cela paraît très peu probable que ce ne soit qu’une coïncidence, non ? Dans mes souvenirs, l’homme ne s’était pas excusé, mais avait continué d’avancer en rigolant. 

J’ai moi aussi continué d’avancer, et j’ai ressenti de la honte. Je n’ai pas compris mon absence de réaction,  je ne m’y attendais pas et j’étais comme pétrifiée. Je n’ai, je crois, jamais raconté cette histoire. Je crois que je n’en ai pas ressenti le besoin et  je ne voyais pas trop comment en parler. J’ai mis du temps avant de vouloir porter à nouveau une robe. Je m’en voulais à l’époque, car je ne mettais jamais de robe et la seule fois où j’en ai mis une, il s’était passé ça. »

Roxane, 19 ans.

« J’étais au collège, j’avais treize ou quatorze ans, et je rentrais des cours. C’était l’une des belles après-midi du début de printemps, alors j’avais mis une jupe et un haut. (Aucun intérêt à préciser ma tenue puisque cela ne justifie pas les comportements inappropriés).

Après être descendue du bus, il me restait environ vingt mètres avant de rentrer chez moi. Mais au fond tout peut arriver en 20 mètres. Un camion passa. Le chauffeur baissa sa vitre et dit hautement « belle jupe » avec un ton provocateur.

Je me suis sentie tellement rabaissée et impuissante,  car il est parti aussi vite qu’il est arrivé. Mais c’est la sensation d’être associée à l’image d’une tenue qui me déplaît le plus. Pourquoi a t-on des réflexions perverses, en tant que femmes, et pas eux ?

Tellement de rage contre ces réflexions dont je ne vois toujours pas le but. Nous sommes censées vivre dans un monde plus ouvert d’esprit mais on en est encore très loin.

C’est pourquoi, je souhaite donner toute ma force aux femmes qui lisent ça et qui se sentent concernées. Et si elles ne sont pas concernées, je souhaite qu’elles ne le soient jamais. »

Juliette, 17 ans.

D’autres sont concernées un peu plus tard, mais connaissent la même violence. En allant courir, prendre le métro, retrouver des amis en ville, Garance, Marion et Justine ont subi également ce harcèlement de rue. Willy, quant à lui, nous raconte comment, avec un de ses amis, ils ont assisté à l’agression d’une jeune femme et ont essayé de l’aider.

« C’était à la sortie de la gare. J’étais seule et marchais pour rentrer chez moi. Il y avait seulement un groupe de personnes. Un homme, torse nu, sort du groupe quand il me voit arriver et crie :

« Toi ! T’es petite mais j’te baise »

Je ne réagis pas et continue à marcher tranquillement. Quand je suis forcée de passer devant lui et son groupe, j’ai peur d’une nouvelle réaction de sa part. J’accélère le pas et prends soin de marcher le plus loin possible de lui et des autres. Je ne me sens pas en sécurité, j’ai peur et je suis vexée par son commentaire. »

Marion, 18 ans.

« Tout d’abord, il faut savoir qu’avant cet incident, je pratiquais le sport très régulièrement dans la rue, que ce soit le cyclisme ou la course.

Un jour, alors que je courais, (je devais être à 5km de chez moi) deux hommes m’ont sifflée. Ils étaient en voiture et ils se sont mis sur le côté pour me « parler ». Je cite :

« Qu’est-ce que tu fous là ? Tu devrais être dans la cuisine, pas courir ! T’as un bon cul dis moi, tu veux qu’on te déboîte ? ».

Sur le coup j’ai réagi en disant que je ne parlais pas français mais j’étais horriblement mal. Je me sentais sale, vulnérable et je suis rentrée en pleurant chez moi. Mes parents n’ont jamais été au courant de ce qu’il s’est passé.

Aujourd’hui, je ne fais plus de cyclisme, je fais du basket en intérieur, et je cours sur un tapis chez moi.

Je me demanderais toujours : pourquoi les femmes sont-elles des cibles à ce point ? Pourquoi  ne sommes nous que des objets pour faire la cuisine, d’après les sexistes ? Personne ne devrait subir ça. »

Justine, 16 ans.

« Deux expériences m’ont particulièrement marquée. Toutes les deux se sont déroulées l’année dernière, alors que j’étais dans le métro.

Pendant le trajet de retour jusqu’à chez moi, aux alentours de 23h, un homme me fixait. Tandis que je me tenais dans la rame, je sentais son regard peser sur moi et je n’attendais que mon arrêt pour sortir. Cependant, arrivée à l’arrêt, il est sorti aussi. Je l’ai laissé passer devant, et j’ai essayé de prendre mes distances. J’ai alors vu des agents de sécurité circulant dans la station, je me suis sentie soulagée, et j’ai continué mon chemin pour sortir de la station de métro. C’est là que j’ai vu le même homme posté devant la porte de sortie.

Hésitante, je suis tout de même sortie en évitant son regard.  Malgré cela, il a commencé à me suivre en disant des phrases comme : «  Je suis gentil t’inquiète pas » ou «  Tu ne veux pas qu’on apprenne à se connaître ? » J’ai donc accéléré le pas, mais il continuait à me suivre. A ce moment-là, je me suis faite envahir par la panique. Mon premier réflexe fut d’appeler mon père, puisque j’ai toujours pensé qu’un appel était efficace pour dissuader les harceleurs. Cela a fonctionné, il a arrêté de me suivre et a fait demi-tour. Je suis alors rentrée chez moi, angoissée et tremblante mais surtout très énervée par cette situation.

La deuxième expérience qui m’a marquée semble moins traumatisante à première vue mais nourrit tout de même ce sentiment d’insécurité qui règne dans les transports en commun ou dans la rue. Un soir, vers 19h, je refaisais ce même trajet pour rentrer chez moi. Les métros sont bondés à cette heure de la soirée, nous sommes alors tous très proches les uns des autres. Un homme a commencé de la même manière à me lancer des regards insistants. Il a alors embrayé la conversation, en me demandant mon prénom, mes études et bien sûr si j’étais en couple. Je lui ai donné alors un faux nom, de fausses études et lui ai répondu qu’effectivement j’étais en couple afin qu’il me laisse tranquille. Lors de cette conversation, je ne savais que faire, que dire ;  j’étais dans une situation d’inconfort total. Tout en tentant de couper court à la conversation,  j’essayais de m’éloigner de cet homme. Je suis sortie à mon arrêt en espérant ne jamais le recroiser. Tous les lundis soir, à 19h, pendant un temps, je guettais alors si il n’était pas sur la ligne ou dans la rame. Je n’avais absolument pas envie de me retrouver dans cette même situation d’appréhension et de malaise. »

Garance, 18 ans.

« C’était un vendredi. Je venais de finir les cours et je devais passer la soirée avec des amis. Je me souviens, il pleuvait et ils étaient en retard, j’étais en colère contre eux. J’étais allée les attendre à République, où se situait leur arrêt de bus. 

Je me suis assise sur un banc. J’avais un livre à la main, et quelqu’un venait de m’appeler au téléphone. J’étais tout sauf disposée à vouloir parler. Un homme est venu vers moi (alors que j’étais toujours au téléphone). Il puait l’alcool. Il est venu me parler mais j’ai du lui dire que j’étais occupée. Il m’a posé des questions simples, comme :

 «Comment tu vas? Tu fais quoi, là ?» 

Je précise que si c’était dans l’optique de me draguer, il devait avoir au moins deux fois mon âge. Il m’a proposé de le rejoindre, lui et ses amis, installés sur un banc à coté. J’ai refusé et lui ai demandé de partir. Après plusieurs minutes, il ne partait toujours pas, j’ai commencé à m’énerver. Je lui ai dit de dégager et que j’étais occupée. 

Il m’a craché dessus, en plein milieu du visage et est parti. Je crois que j’ai commencé à pleurer quelques larmes, j’ai essuyé la bave avec un mouchoir et de l’eau. Je ne voulais pas partir du banc,  je me disais qu’alors je laissais l’homme gagner. Je me rappelle qu’au moment où c’est arrivé j’étais au téléphone, j’avais poussé un cri. Mon interlocuteur m’a demandé ce qui s’était passé, je lui ai dit qu’on m’avait craché dessus, et j’ai raccroché. 

J’ai attendu mes amis toujours sur le même banc en surveillant l’homme et ses amis. Ils ne faisaient plus du tout attention à moi, mais j’étais paniquée. Quand mes amis sont arrivés, je n’ai pas bougé. Ils ont bien vu que ça n’allait pas, je leurs ai expliqué alors ce qui s’était passé. On est partis en métro et avec une amie, on s’est racontées nos pires expériences avec des inconnus. C’est con mais cette discussion m’a fait du bien, de sentir que je n’étais pas seule.

En racontant cette histoire, même si cela date d’il y a un an, j’ai l’impression de me sentir sale et j’ai envie d’aller laver mon visage. »

Roxane, 19 ans.

« À l’été dernier, un ami et moi, nous étions partis à une petite soirée sauvage aux alentours de la station de métro Wazemmes. Après de nombreuses heures d’amusement et d’aventures en tous genre, minuit sonna. On est alors retournés à la station de métro, pour rentrer dormir chez moi à Hellemmes. On prend donc le métro. À la station suivante, une jeune femme monte dans le métro et s’assoit en face de nous. La demoiselle étant en pleurs, nous arrêtons de rigoler. Un peu gênés, nous ne savions pas trop quoi faire, mon ami finit par tendre un mouchoir à la femme. Elle accepta et un silence gênant pris place. Deux stations après l’arrivée de cette dernière, un homme monta dans la rame et s’assit juste à côté d’elle. Il avait l’air joyeux et euphorique. Il mit son bras autour de la demoiselle qui le repoussa instantanément. Il retenta deux autres approches, la réaction était toujours la même. Il parlait d’une façon familière avec la jeune femme, nous pensions donc qu’ils se connaissaient. L’homme continuait, mon ami a fini par intervenir :

 « Non mais c’est bon là, arrête ! Tu vois bien qu’elle ne veut pas ! ». 

Outré, l’homme s’esclaffa qu’il faisait ce qu’il voulait et que ça ne nous regardait pas. Il commença à dénigrer la femme et à prendre toute la rame à partie, dans un grand monologue :

 « Ah, donc tu fais ton cinéma devant tous ces gens ?…Après ça va être moi le grand méchant…Tu verras quand on sera rentrés… ». 

Nous étions très mal à l’aise, nous lui avions bien dit d’arrêter, mais il continuait, une personne que nous ne connaissions pas nous soutenait dans nos propos. Vers la station Marbrerie, soit une station avant celle d’Hellemmes, nous étions pris de doutes, que faire puisque nous devions descendre ? Il semblait inimaginable de laisser cet odieux personnage avec cette femme, mais d’un autre côté, c’était le dernier métro et on devait descendre à la prochaine station. La situation s’envenimait, le ton montait. Les paroles de l’homme devenaient insupportables moralement, on ne voulait plus l’entendre et mon ami lui fit entendre que le linge sale ne se lave pas en public. L’homme, pris de colère, se leva et du haut de ses deux mètres, cria, avec le bras tendu vers le ciel:

« Il y a quoi ? Il y a un problème maintenant ? »

 Voyant que mon ami allait se prendre une gifle colossale, mon sang ne fit qu’un tour et je me levais instinctivement pour le protéger : 

« Ouais il y a un problème, qu’est ce que tu vas faire ? » 

L’homme, fou de rage, nous lançait des regards meurtriers. La sonnerie du métro retentit, nous étions arrivés à Hellemmes, la femme se leva et sortit. Moi, mon ami et l’homme empruntèrent le même chemin. Il était dans une colère noire, il nous menaçait, essayait de nous faire peur. Le rapport de force était simple : nous étions deux jeunes hommes d’à peine 18 ans complètement ivres, contre un homme entre 20 et 30 ans, de deux mètres et en pleine possession de ses moyens. Nous ne voulions clairement pas nous battre. Mon ami et moi avions alors eu la même idée. Maintenant qu’il avait une dent contre nous, il ne pensait plus à la jeune femme, nous allions donc continuer à l’occuper pour lui donner plus de temps. Nous alternions entre provocation et refus de combat pour garder son attention. Après quelques minutes de stress intense, nous étions obligés de sortir du métro, la situation devenait trop explosive. A peine sorti, l’homme nous menaça, jura qu’il nous retrouverait et partit dans une direction pour retrouver la jeune femme. Nous étions terrorisés, stressés et chamboulés. Nous ne savions pas quoi faire, nous ne voulions pas les suivre mais nous ne souhaitions pas la laisser seule avec un fou enragé à sa poursuite. Nous avons donc décidés d’appeler les forces de l’ordre. Après un bref résumé des faits, la policière nous félicita et envoya une patrouille dans la zone. C’est rongés par le stress, la colère et la peur, que nous sommes rentrés dormir chez moi.

Je ne raconte que très rarement cette histoire car je suis extrêmement gêné d’en parler. Primo ce n’est pas mon histoire, ce n’est pas une histoire drôle, et je ne pense pas que la femme en question en garde un bon souvenir et qu’elle voudrait que des gens en parlent. Secondo, je trouve cela gênant car sur le coup, on a agi par instinct, on ne pouvait pas la laisser se faire harceler, on devait agir et on l’a fait sans penser aux conséquences. Raconter cette histoire gâche tout, car cela nous met en valeur alors que ça ne devrait pas. On a juste fait ce qui nous semblait juste. Même si je suis fier de ce qu’on a fait ce jour là, ce ne sont pas les autres qui doivent me féliciter, je ne l’ai pas fait pour eux. »

Willy, 19 ans.

Si certains témoignages ne relatent qu’une expérience de harcèlement de rue, la majorité des victimes subissent plusieurs expériences et ma dizaine de témoins n’y a pas échappé. Parfois ces souvenirs restent plus gênants que douloureux, malheureusement ce n’est pas le cas pour toutes. La répétition de ces actes les rend méfiantes, constamment sur leurs gardes et parasite leurs vies. 

« J’en ai eu pas mal. Souvent ça se passe très bien et je n’en garde pas un mauvais souvenir. Les garçons (une seule fille m’a abordée) sont plutôt polis et agréables quand je décline leur offre. Le pire et le plus bizarre c’est quand des hommes d’âges mûrs m’accostent. Je suis alors très mal à l’aise parce que j’ai l’âge de leur fille, et contrairement aux jeunes, ils me regardent de façon perverse, lubrique. Parfois ils me suivent aussi. 

Une fois un type m’a suivie pendant plus d’une heure. Il a attendu sans rien manger à la terrasse du restaurant où j’étais, puis quand j’ai coupé par le parking pour voir si il me suivait, il l’a fait aussi. Après m’avoir dépassée, il n’arrêtait pas de se retourner sur moi. Quand je suis rentrée dans un magasin en panique, il est revenu sur ses pas et a fait la même chose. Il n’est parti que quand j’ai demandé de l’aide aux vendeurs.

Ce n’est pas agréable du tout quand c’est des hommes âgés, parce qu’ils ont aucune limite. Je sais que je ne devrais pas complexer, car ce n’est pas de ma faute si on me regarde ou qu’on me suit/m’accoste. Mais à chaque fois que ça m’arrive,  je me dis « tu n’aurais pas dû t’habiller comme ça… » alors que je suis habillée de façon vraiment normale. 

C’est horrible parce qu’à la fin tu deviens parano, t’as l’impression que beaucoup d’hommes te suivent alors que ce n’est pas forcément le cas ! Tu culpabilises beaucoup alors qu’il y a aucune raison. Parfois, je suis tellement mal que je rate mes arrêts de métro exprès ou que je change carrément de ligne. Je peux faire plusieurs allers retours comme ça juste pour la tranquillité d’esprit. »

Jeanne, 17 ans.

« Le harcèlement de rue m’a touchée plus d’une fois mais, heureusement pour moi, il n’a jamais été traumatisant. Mais j’en garde toujours un souvenir gênant, surtout pour les expériences que j’ai eues plus jeune. 

Maintenant je sais mieux gérer les hommes qui m’accostent, même si ce n’est jamais agréable. Je me demande toujours ce qu’ils attendent, qu’on leur donne notre numéro ou qu’on parte en rendez-vous avec un inconnu ? 

C’est très handicapant dans la vie de tous les jours. Dès qu’il commence à faire sombre et que je croise un homme, je suis sur mes gardes, et ça par expérience. Il m’est arrivé plusieurs fois qu’en sortant du métro je me fasse accoster et certaines fois suivre ! 

   Je me souviens un jour, un jeune homme était venu me voir pour me dire qu’on avait été dans la même soirée et qu’il me trouvait très charmante. Or, je sais avec qui je fais mes soirées et je ne l’avais jamais vu. Je fus plutôt énervée du mensonge. 

   Plus récemment j’attendais une amie en ville et un homme s’est approché de moi. Il était très proche, beaucoup trop proche. Quand il me parlait, il me touchait le bras en même temps. Il me disait que j’étais très belle. Il n’était pas méchant, il me disait même qu’il était gêné. Mais c’est lui qui me gênait ! Il ne voulait plus me lâcher. Il voulait que j’écoute sa musique. Bref, il forçait. Il devait avoir quarante ans. Heureusement mon amie est arrivée et je suis partie directement sans explication.

   Je n’ai jamais été en danger. Mais de savoir qu’en portant une jupe, même à huit heures du matin, me fait prendre le risque de me faire klaxonner, cela me gêne. J’aimerais pouvoir sortir de chez moi sans être embêtée. »

Maëlle, 18 ans.

« Personnellement, j’ai bien sûr des appréhensions dues à cela [le harcèlement de rue] mais cela ne m’empêche pas d’aller là où je le souhaite. Je ne suis pas prise de panique dès que la nuit commence à tomber ou que les rues se désemplissent. 

Comme beaucoup de femmes, j’ai déjà expérimenté de nombreuses interpellations, des gestes déplacés, ou encore des mots désagréables lancés au coin d’une rue, et cela dès le début de l’adolescence. »

Garance, 18 ans.

« J’ai grandi et cela m’arrive toujours, surtout quand je suis accompagnée de mes amies. Ils se permettent maintenant de nous demander notre prénom, notre âge…Je trouve cela très désagréable surtout quand ils insistent, alors que je ne n’ai tout simplement pas envie de leur parler. »

Claire, 18 ans.

«  Je me suis mise à me méfier de n’importe quel mec. Un jour, en rentrant à 22h en métro, j’étais assise et un homme me lançait un regard insistant. Je me suis sentie mal à l’aise et je l’ai ignoré. Il  a insisté, m’a tapé sur l’épaule… Je l’ignorais toujours. Puis il a enlevé sa casquette, et j’ai réalisé que c’était mon frère. C’est devenu une anecdote drôle dans ma famille, mais je pense que d’une certaine manière c’est triste. Cela montre à quel point je suis devenue méfiante envers les gens dans la rue, alors que certains n’ont pas de mauvaises intentions. Puis j’avais tellement peur de regarder le mec que je n’ai même pas réalisé que c’était mon frère. »

Roxane, 19 ans.

Les témoignages que vous avez lus ne concernent que des femmes. Malheureusement, ce n’est pas dû seulement à mon faible échantillon de personnes interrogées. Le harcèlement de rue concerne près de 82% des Françaises de moins de dix-sept ans, et 65% de moins de quinze ans. Les victimes sont souvent des femmes, agressées de manière sexiste. 

Néanmoins, n’oublions pas également les agressions homophobes, qui peuvent alors concerner toute la communauté LGBT+. Ce cas de figure n’est pas représenté parmi les témoignages, c’est pour ça que je choisis de le mettre de côté dans cet article. 

Le harcèlement de rue, qui peut-être difficile à définir – la drague, les compliments sont-ils d’office une forme d’agression? – est également difficile à punir.

 Malgré des avancées dans ce domaine, avec notamment la mise en place d’une loi permettant de porter plainte pour « outrage sexiste » depuis août 2018, il reste complexe à prouver et donc à punir.

Comment prouver le harcèlement, obtenir des preuves si il n’y eu aucun contact physique ? Il faudrait surprendre l’acte sur le fait, ce qui est encore plus improbable. Cela nécessiterait de mobiliser énormément de policiers et policières, et donc de budget que l’Etat ne peut – ou ne veut ? – pas délivrer. 

En août 2019, un premier bilan a été fait : 713 amendes pour la première année. Pour les associations, c’est bien trop insuffisant, face aux milliers d’agressions que subissent les femmes tous les ans.

Alors, comment lutter face à ce fléau ? Casser les clichés, chez les hommes, l’écrasante majorité des agresseurs, mais aussi chez les femmes. Vous aurez remarqué que beaucoup m’ont parlé de leur tenue, en me précisant que cette dernière ne justifiait en rien les agressions, ce qui est bien entendu vrai. Néanmoins, elles m’ont quand même précisé ce qu’elles portaient ! 

L’éducation doit bien entendu concerner les futurs agresseurs, les adultes et adolescents de demain. L’école devrait être un lieu où les clichés sexistes, homophobes, racistes seraient brisés, dès l’enfance. L’Etat doit s’impliquer réellement, donner des budgets importants aux associations, aux logements pour accueillir les femmes battues…Et enterrer le sexisme, pour de bon.

Zoé Lovergne

Mis en avant

Journal de confinement – Elora

Nous sommes le jeudi 12 mars 2020. Il est 22h27. Cela fait maintenant plus de 2 heures qu’Emmanuel Macron, notre président, a prononcé son discours sur le coronavirus. 

Je ne vais pas m’étaler sur ce que les médias nous répètent en boucle depuis plus de 2 mois maintenant mais voilà, le coronavirus (covid-19) est un virus semblable à la grippe qui est apparu en Chine sur le marché de Wuhan. Il aurait été transmis à l’homme par le trafic de pangolin, un animal inconnu jusqu’à lors, même si on a d’abord cru que l’animal responsable était la chauve-souris. Le virus s’est vite propagé, pas étonnant, nos échanges avec le monde sont permanents. De la Chine, il a continué vers le japon, la Corée, la Thaïlande puis a quitté l’Asie pour continuer à se développer au Moyen-Orient, en commençant par l’Iran, puis il s’est installé en Amérique et bien sûr en Europe. L’Italie est le pays le plus touché mais la France reste sur le podium et peut brandir sa deuxième place. L’épidémie est à présent une pandémie.

Durant son discours, le président a parlé de « la crise sanitaire la plus grave depuis un siècle » en référence à la grippe espagnole qui avait emporté plus de personnes que la Grande guerre.

Notre quotidien est bouleversé. On a d’abord contemplé les rues chinoises devenues fantômes où les rares courageux qui pointent leur nez dehors sont contrôlés, on s’est ensuite questionnés sur l’honnêteté du gouvernement Iranien, sur les mesures prises par l’Italie, la menace était pourtant déjà à nos portes. Elle est là maintenant, des gens meurent. En France, le virus a déjà emporté 61 victimes à l’heure où j’écris ces lignes, demain, ce nombre aura augmenté. 1,4% de mortalité seulement. Ce qui me m’effraie, c’est que le nombre de morts est un chiffre, individuellement ce sont des vies. L’être humain a toujours cette capacité de relativiser : « la menace est loin, je suis jeune et en bonne santé » « Ça n’arrive qu’aux autres ». Et pourtant personne n’est à l’abri.

Je n’en avais pas peur et pourtant, plus les jours passent, au fond de moi ce sentiment désagréable grandit. La panique générale et l’omniprésence de ce virus ne m’aide pas.

Demain j’irai au lycée pour la dernière fois, lundi, il sera fermé.

Je ne sais jusqu’à quand. Mes sentiments sont partagés. Un élan de joie aurait pu m’envahir mais non, mon cerveau bouillonne. J’ai peur, je ne sais de quoi demain sera fait. Je hais pourtant la routine qui m’enferme, me contraint et m’ennuie. Mais là, l’incertitude m’angoisse.

Seul coté positif, le virus aura fait bien plus de bien à l’environnement que toutes les actions et les COP réalisées jusqu’à lors. Normal, quand notre monde capitaliste basé sur l’échange et la consommation s’arrête du jour au lendemain. 

L’impact sur notre économie, en majorité tournée vers la Chine, est plus que considérable. Dans les zones en quarantaine, autour de nous, les cafés, les faillites, les compagnies aériennes, le cours du pétrole. Peu à peu, tout s’écroule. Peut-on s’attendre à une pénurie de médicament comme s’inquiétait ma pharmacienne ? Les gens font des stocks. L’Australie est en pénurie…de papier toilette ! La panique s’installe…et en 2 mois, tous les plans économiques de nos gouvernements ont été balayés.

Le début de la relocalisation ?

Lundi, ma professeure d’économie a pointé du doigt la chute des bourses, la baisse des taux d’intérêts     directeurs ; les taux n’ont jamais été aussi bas, tous les marqueurs sont au rouge. Les médias nous parlent de « coronakrack », de crise 2 fois plus grave qu’en 2008. J’étais trop petite, je ne m’en souviens pas mais la différence serait qu’avec ce virus, malgré toutes les mesures réalisées contre la récession, rien n’est certain.

Je me questionne, j’essaye de positiver. Ce virus sera-t-il l’élément déclencheur pour repenser notre monde ultra mondialisé ? Le début de la relocalisation ? le début d’un monde plus respectueux de notre planète ? Le moyen de délaisser ce modèle pensé dans un monde ignorant ce que signifie le mot écologie ?

Mais au fond ce flou permanent m’effraye, mon monde s’écroule et je suis là, démunie et juste témoin.

On est le 14 mars, il y a un mois je fêtais mon anniversaire chez moi avec mes amis, on dansait, on riait, on mangeait des pizzas. C’était les vacances. Aujourd’hui ce sont des bien drôles de vacances.

Lorsque je me suis réveillée vendredi, j’ai cru à un rêve. Ne plus avoir cours. Je ne me suis pas rendu compte, c’était ma dernière journée ! Pourtant tout était normal mise à part quelques détails, quelques blagues sur la manière de se saluer, des questions sur le déroulement de la quarantaine, la visite du préfet (responsable de niveau dans notre lycée). Le plus étrange était de dire au revoir. Aucune date de retour n’est fixée, on vit cette crise au jour le jour.

Après notre dernier cours, je suis descendue par la cage d’escalier vide. J’ai croisé quelques amies. L’atmosphère était si étrange, je ressentais presque de la nostalgie. Puis je suis partie. En me retournant je me suis demandé quand j’allais y retourner.

Dire au revoir était vraiment le pire. Regarder les gens que l’on aime et voir dans leur yeux cette incertitude, cette tristesse. Seule, j’ai continué ma vie comme si de rien n’était. Je suis allée chercher une amie devant son lycée. On est allées prendre un gouter. Dans les rues, les gens s’embrassaient comme si de rien n’était.  

Une vague d’étudiants retournait chez leurs parents. Les rues étaient encore remplies mais je me sentais vide. J’ai décidé d’aller acheter des livres pour prévoir les prochains jours qui s’annonçaient difficile. Les livres scolaires manquaient déjà sur les étagères.

Et pourtant, samedi était un jour comme les autres mis à part l’annulation de mes cours de dessins. Je suis même allée prendre un café, j’étais loin d’imaginer que ce serait le dernier. Dehors tout était normal.

Pour s’apercevoir de l’importance de l’épidémie sur le comportement des gens, il fallait se rendre au supermarché. Les gens se ruaient sur les produits secs, pates riz, conserves, farines, partout des pénuries. Je n’ai jamais vu autant de gens et pourtant tout le monde s’évitait. Malgré les recommandations de confinement pour les personnes de plus de 70 ans c’est eux qui étaient le plus présent dans les rues.

Seulement les cafés étaient encore remplis, trop remplis malgré les mesures d’hygiènes renforcées.

C’est pourquoi le soir même, le premier ministre, Edouard Philippe, a annoncé la fermeture de tous les bars, les restaurants et les commerces « non utiles à la nation ». Le pays est de plus en plus cloitré et nos droits petits à petits limités.

Tout était fermé mais nous manquions d’air.

Dimanche, le marché était encore là mais seuls les stands alimentaires étaient autorisés. Cette épidémie était partout, au centre des conversations. Tout ce bruit comme cette épidémie à chaque instant surgit et ne s’arrête pas. On doit rester calme, mais notre monde s’écroule, on doit rester calme mais notre quotidien est ravagé.

On a continué à sortir alors les restrictions se sont renforcées. Tout était fermé mais nous manquions d’air. Une fois les terrasses fermées, les Français sont allés pique-niquer.  On est en guerre mais l’ennemi est invisible. Cet ennemi est connu mais instoppable, il est nulle part et partout à la fois. On ne le voit pas mais pourtant il suffit que quelqu’un tousse et on croit l’apercevoir. Il trotte dans ma tête, il envahit mes écrans et s’immisce dans mes rêves. Il a vidé les rues, et rempli les hôpitaux. Il a pris ma vie et a appuyé sur le bouton pause pour une durée indéterminée.

 Ce soir, le président l’a annoncé, demain, à midi, la France sera comme l’Italie, cloitrée. Aujourd’hui, on a fait la queue avant d’accéder aux magasins, 1 mètre nous séparait, demain, on devra se munir d’un justificatif pour acheter du pain, c’est des murs qui nous séparerons.

Comment rester seuls ? Comment rester à l’intérieur ? Comment vivre l’intégralité de ses journées dans un appartement ? Comment réduire sa vie sociale à néant quand on a 17 ans ! 

Alors je veux faire ce que je ne peux plus faire dans ma vie bien trop remplie ; écrire, peindre, penser, imaginer ; exploiter mon côté artistique ou bien prendre soin de moi.

 Je n’ai jamais assez de temps mais trop de temps tue ce temps. Comment se motiver et ne pas tourner en rond, combien de temps cette « pause » dans ma vie durera. Quelles en seront les conséquences ? J’en suis consciente, il y en aura. Mais comment les intégrer! Lorsque tout s’arrête, c’est comme si plus rien n’avait de sens, plus de conséquence. Pourquoi travailler, pourquoi apprendre ces choses, seront-elles utiles ?  Que faire quand on est inutile ?

Même lorsque tout est éteint tout est coupé, je ne peux m’empêcher de penser. Comment j’en suis arrivée là, à quoi ressemblera demain ? Je ne sais pas.

Alors on réfléchit, on cherche des solutions. Peut-être que ce coronavirus permettra de créer un nouveau lendemain. Je me pose des questions mais si je me les pose les autres doivent aussi se questionner. En tant qu’enfant, en tant qu’adolescents, en tant qu’adultes, que pouvons-nous faire ?

Il est surement temps de se réformer. Comment se rendre tous utiles. Nous vivons tous un moment d’interrogation, les couples, les familles, les entreprises, la mondialisation. Cela met tout le monde au diapason. Tout comme en temps de guerre, l’après-guerre ne sera que meilleur, je l’espère. Avant, on avait plus d’argent, on restreignait, les retraites, le personnel hospitalier…On a basé notre système sur cette monnaie, ce système de fonctionnement toujours en quête de rentabilité.

Aujourd’hui, il n’y a plus d’argent, tout le monde est arrêté.

Cela remet en cause notre monde, c’est une rupture profonde, une révolution.

Peut-être que l’on pourra arrêter « de mettre la poussière sous le tapis ». Réfléchissons à cette NDIT, cette chaine de travail découpé. « C’est à ce prix que vous mangez du sucre toute l’année », disait Voltaire dans Candide en parlant de l’esclavage, aujourd’hui pourtant, c’est au même prix que l’on change de portable tous les deux ans, que l’on achète ces nouveaux vêtements toutes les semaines. Cette crise doit être, par la pénurie de nombreux produits venus de Chine, le déclenchement d’une prise de conscience collective et le début de la réflexion sur cette interdépendance, voire de l’action. Car contrairement à ce que certaines entreprises veulent nous faire croire, ces choses ont un prix bien plus important que le nombre affiché sur l’étiquette ; le prix de vies humaines.

Des crises ont existé de tout temps, le SRAS, la grippe H1N1… mais à présent, une seule chose à changer (en bien ou en mal) : les réseaux sociaux ont été créés et ont tout bouleversé. Ainsi, on crée une conscience non pas nationale ni régionale mais bien mondiale.

Notre génération et celles qui nous succéderont ont une lourde charge de travail qui les attend, mais j’en suis sûre cette crise permettra au monde d’y réfléchir. On est fascinés par l’Histoire et adorons l

Au 3ème jour de confinement. Je me suis levée en regardant l’aube de loin, on a plus le droit de sortir. 

Quelques courageux s’aventurent encore dehors mais sans attestation dérogatoire, tout déplacement est proscrit.

 Dehors, le climat est glacial, ce n’est plus le temps où les familles déambulaient dans les rues, le temps où les travailleurs pressés remplissaient le métro. C’est le temps où règne l’ordre, le silence. Nous sommes plus dans l’innocence de l’enfance avec le célèbre « un bonbon ou un sort », mais plongés dans l’âge adulte, soumis à une seule règle : sortez un papier, justifiez ou déboursez.

Combien de personnes n’ont jamais rêvé de chiller chez eux, sans contraintes, en gérant leur temps comme ils le souhaitent ? On a tous voulu, un moment ou un autre que le temps s’arrête. Seulement, lorsque ce n’est pas un choix mais une contrainte, tout change. Une seule règle nous dérange : ne plus voir personne. Contraint à ne communiquer que par l’intermédiaire d’un écran, notre rêve est devenu notre cauchemar, notre appartement notre prison, le temps, un ennemi à tuer.

Quelle drôle de guerre nous menons. Il y a un siècle, nos ancêtres la vivaient dans les tranchées, nous, nous la vivons retranchée dans nos appartements.

Quel drôle de paradoxe, nous qui voulions avoir du temps pour nous, voilà qu’on en a trop.

L’humain est inconstant, on dit souvent que l’on n’est jamais contents.

Plus les jours passent, plus l’air frais me manque. Je continue à aller courir une demi-heure par jour pour ne pas devenir folle. J’ai mal à la tête. On blâme ceux qui sortent et j’essaye de sortir le moins possible mais comme être enfermée aussi longtemps devant un écran sans voir la lumière du jour ? Qu’il fait beau dehors, j’aimerais être un oiseau, un écureuil, être libre de mes déplacements, sortir comme avant. Dans 1 mois je l’espère, nous serons dehors et nous pourrons de nouveau jouir de sortir à notre guise. C’est fou comme on oublie les petits moments de bonheurs lorsqu’ils sont quotidiens. Comme si le manque était essentiel pour se réjouir pleinement des choses.

Voila ! Cela fait une semaine que nous savons que toutes les écoles sont fermées. Une semaine que notre vie a vraiment basculé. Je n’arrive pas à réaliser l’ampleur de la situation. En même temps, ça rassure de partager cette crise. Que l’on soit en France, en Europe, En Amérique, en Afrique, tous les mondes peu à peu confinés vivent cette expérience. On n’a jamais été aussi loin et pourtant ce confinement nous rapproche. On fait attention aux autres. On se redécouvre en même temps que l’on redécouvre notre maison. On range, on lit, on s’appelle.

On doit rester chez nous, et même si on compte les heures, le personnel soignant ne compte pas les siennes pour sauver nos vies. Les jours passent, la routine s’installe.

Se lever, manger, travailler, manger, faire du sport, travailler, manger, regarder les infos, applaudir les aides-soignants, travailler, appeler, se laver, se coucher. Voilà mes journées.

Je pensais avoir le temps de me retrouver, de découvrir plein d’activités, je n’ai le temps que de travailler. Mes journées sont rythmées et le temps passe beaucoup plus vite qu’en temps normal comme si on les journées rétrécissaient au fur et à mesure du confinement. Ma vie routinière à repris le dessus. On vit au jour le jour, c’est comme s’il n’y avait plus de lendemain, comme si hier n’avait pas existé. Notre vie d’avant est pourtant si proche mais lorsque l’on met le nez dehors, on a l’impression que ce n’était qu’un souvenir, une illusion ou une autre dimension.

Rien n’est sûr, rien n’est officiel.

On le sait, ça ne durera pas deux semaines mais combien de temps encore seront nous seuls, impuissants. Restez chez vous, vous sauverez des vies mais est-ce une vie d’être enfermé ? D’un coup, j’ai pensé aux juifs cachés durant la 2ème guerre mondiale. Par exemple Anne Franck, si longtemps confinée sans certitude, sans lendemain, sans espoir. Notre situation face à cela est ridicule, qui ne rêverait pas d’être bien au chaud chez soi. En plus je ne risque presque rien.

Pourtant à notre échelle notre vie s’est arrêtée. Contrairement aux juifs dans la seconde guerre mondiale, nous ne connaissons pas notre ennemi, nous ne le voyons pas, et il est multiple. 

Le virus a contaminé notre économie, elle est malade et on ne sait si elle guérira. Ce qui est sûr c’est qu’elle gardera des séquelles de cet épisode, mais lesquelles ?

Les ministres sont ambivalents. Il faut acheter local, mais ils ferment les marchés. Il faut rester chez nous mais on doit aider l’économie. Au moins, l’Etat incite la grande distribution à se fournir en France. Est-ce le début du changement ?

Plus rien ne se passe dans le monde, les infos ne parlent que du confinement, du Covid-19. Pourtant les guerres ne sont pas à l’arrêt, mais plus rien. Comme en guerre, les médias servent au gouvernement pour les informations et les inquiétudes face au conflit, point. Comme l’économie de guerre, les médias sont mobilisés.

La Chine sort peu à peu de son sommeil alors que le monde s’endort. Trois mois de sommeil tout de même. Connaîtrons-nous le même sort ? Ou cela sera plus court ? plus long ? Le monde en tout cas est parti en retraite, l’Inde s’est confinée, l’Angleterre et le Canada aussi, l’OMS alerte l’Afrique – 3 règles ; se laver les mains, 1 mètre de distance, restez chez vous. 2,7 milliards de personnes confinées dans le monde. La planète est rentrée en hibernation pour une durée indéterminée. Aucun réveil n’est annoncé. Et ce réveil, il sera difficile. Demain sera différent. 

 Chaque jour le confinement se renforce. Depuis hier, le 23 mars, nous ne pouvons plus aller au marché et nous ne pouvons plus aller courir à plus de 1km de notre domicile. Pour la première fois, j’ai donné rendez-vous à une amie pour aller courir. Pour la première fois depuis deux semaines, je voyais quelqu’un d’extérieur à ma famille, sans interface numérique.  Lorsqu’on courait, en respectant ce mètre de sécurité réglementaire bien sûr, je me sentais libre. Regarder l’eau du bassin, parler et rire comme si rien ne se passait, ça me manquait. Pourtant je le savais la pression était partout, mis à part le ciel tout à changé. Une ville n’est pas faite pour être vide, les parcs ne sont pas faits pour être déserts, les grilles nous entourent, les policiers rodent aux alentours.  Je suis en règle et pourtant l’idée de me faire contrôler me terrifie. 

Je ne me suis pas encore fait contrôler. Délit de faciès, vous connaissez ? Une personne noire, en jogging, sera contrôlée, pas moi et pourtant ils m’observent.

Les rues sont vides mais les sans-abris ne peuvent se réfugier. On dirait les derniers survivants, voir des zombies te traquant avant d’entrer dans la boulangerie. La boulangère s’est assurée qu’il ne m’embêtait pas et on m’a dit « ne sortez pas mademoiselle, envoyez votre frère ou votre père, ils sont déchaînés ces temps-ci ». Même en temps de confinement ma position de femme me rattrape. Est-ce à nous de faire attention ? Mais pourquoi ce ne serait pas à eux d’adopter une attitude plus respectueuse envers les femmes ? Je suis un humain, comme eux, non une chose à contempler ou à abuser comme ils essayent de me faire croire. 

Bon, deuxième week-end totalement confiné. Je n’ai fait que travailler. Le temps est toujours arrêté mais le rythme scolaire s’intensifie. On commence les visioconférences, ces classes virtuelles permettent de se motiver un peu plus. On rigole un peu avec quelques camarades qui font des blagues. Mais le lycée me manque. Certains disent que le confinement ne terminera pas avant juin. Cela veut dire que mon année de première est surement terminée… J’ai peur. Et surtout, pour le Bac, rien n’est sur… Les médias parlent d’un bac comme en 68, c’est-à-dire que l’on ne passerait que les oraux. J’attends ce moment depuis si longtemps, cela fait bizarre de voir mon idée que je me faisais de ce moment enfant démolie en un instant. Le reste sera comptabilisé sur notre année… Pour ma part le contrôle continu n’est pas un problème mais je pense à tous ceux qui n’on pas eu le temps de se reprendre en main.

Cette pause passe vite et pourtant le temps est en suspens. C’est comme si ce temps était une bulle que l’on agrandit indéfiniment sans réussir à la percer. Et dans cette bulle, on tourne en rond.

Les journées passent et l’on est toujours là dans cette bulle en attendant que l’extérieur soit de nouveau apte à nous accueillir. C’est long, je pensais avoir du temps et finalement dans cette bulle je ne fais que tourner, courir désespérément après ces heures, ces minutes et ses secondes qui s’envolent sans je n’ai pu les apercevoir.

On est prisonnier du temps.

Mes nerfs sont à vifs, je réponds mal, j’ai envie de crier, d’hurler, c’est plus fort que moi.

Je me suis mise au yoga j’essaye d’apprendre à respirer, inspire, expire, pense au moment présent. 

Mais comment faire pour ne pas penser à l’avenir alors qu’à mon âge on est censé avoir tout l’avenir devant soi ? Comment faire pour ne pas penser à un avenir meilleur quand le pire s’annonce, quand le bonheur de demain n’existe pas ?

J’écoutais une émission qui parlait de la réduction de la pollution grâce au confinement, ce qui est en soit logique puisque notre monde est actuellement au ralenti, voire à l’arrêt. Seulement les experts ne se réjouissaient pas comme nous pourrions le penser mais bien au contraire ils s’inquiétaient. Cela peut paraitre étrange et très pessimiste au premier abord mais en réalité, cela est réaliste. C’est pourtant logique, l’économie est en suspend mais seulement pour un temps. 

Pour comprendre, imaginons que vous aillez beaucoup de travail à faire et que vous avez une semaine. Si vous travaillez régulièrement et donc que vous étalez votre charge de travail sur la durée, vous consommez de l’énergie mais de manière modérée et dans le temps, ainsi vous n’avez pas l’impression d’être surchargé, ni fatigué et vous avez le temps d’améliorer votre productivité. Or, si vous avez passé la semaine à faire des siestes, regarder la télé, bref à procrastiner, vous allez vous retrouver le dernier jour surchargé, et pour rattraper votre retard vous n’aurez pas le choix que d’intensifier votre travail quelques soient les sacrifices à faire.

Pour l’économie c’est la même chose, en ce moment, elle est en pause, elle fait une sieste. Mais à son réveil, elle n’aura pas le choix de rattraper son retard pour éviter ou du moins limiter la catastrophe économique. 

Alléger les règles

Et donc le gouvernement qui est garant de cette économie aura l’obligation de lever d’alléger les règles. La preuve, la BCE a déjà autorisé les pays européens à enfreindre les règles de dette publique. Et parmi ces règles il y a bien sûr les régulations en terme d’écologie : cela se nomme le dumping écologique. Et cela a déjà commencé aux Etats-Unis, les entreprises n’ont plus à payer la taxe sur leur production de CO2.

D’un autre côté, les gens s’interrogent. Si nous regardons cette fois le penchant positif, cette crise sanitaire à entrainé chez la plupart des individus une crise existentielle. Les gens s’interrogent sur l’utilité de leur profession. Ils se rendent compte qu’un rien, en l’occurrence ici, un virus, peut perturber voire totalement effacer l’importance de leur métier. Si les personnes telles que le personnel hospitalier, les caissiers, les agents d’entretien, les agriculteurs, les pompiers et les policiers sont revalorisés, les restaurateurs, les ouvriers eux se retrouvent sans la possibilité d’exercer leur métier.

Les gens se reconcentrent sur eux-mêmes et tentent de trouver un « but » à leur vie. Ce qui est parfaitement légitime. Qui ne s’est jamais interrogé sur pourquoi il était là, pourquoi il faisait ça et si cela avait un sens. Lorsque l’on aide quelqu’un par exemple, en plus de faire du bien autour de nous, on se fait du bien avant tout à nous. Donc grâce à ces questions que les gens se posent et également à la solidarité qui se crée. Car oui même si on n’a jamais été si loin des uns des autres on ne s’est jamais autant soucié des gens que l’on aime. On se rend compte qu’ils nous sont chers et qu’ils nous manquent.

On réapprend les choses simples.

Les gens retrouvent leurs « valeurs », ce qui les anime et qui font d’eux des personnes. Pardonnez-moi l’expression mais « l’économie se casse la gueule », et quand l’argent n’est plus un frein ni une peur puisque de toute manière plus rien n’est sûr, les gens risquent et se reconcentrent sur ce qu’ils veulent faire. L’incertitude a laissé place à la peur dans la plupart des esprits qui ont donc commencé une réflexion sur qui ils sont vraiment. Chose que l’on n’a pas le temps de faire dans notre frénésie quotidienne. On réapprend les choses simples.

Et donc si l’on observe que l’économie est si volatile, que tout se que l’on a construit est si bancal, peut être que l’on cherchera à préserver et à réparer ce qui tient encore debout; la planète terre.

C’est pour cela que cette période peut être une aubaine pour le climat mais aussi pour reconsidérer notre manière de consommer et notre rapport aux autres. L’exemple est simple à trouver, il nous suffit d’allumer nos télés pour observer tous les services, toutes les initiatives citoyennes et les circuits court qui se développent. En espérant seulement que cela dure, l’avenir nous le dira.

Elora Veyron-Churlet

Mis en avant

Our daily performance – L’interview de Barbara Matijevic

Tous vos spectacles parlent d’Internet, pourquoi ce sujet là en particulier ? 

Avec Internet, on rentre dans la vie des autres, donc comment la vie des autres rentre dans la nôtre ? Tout ça nous semblait être un terrain fertile pour l’exploiter dans le théâtre, car nous nous sommes dit que si le théâtre n’avait rien à dire par rapport à tout cela ce serait grave. Qu’est ce que serait un théâtre post- internet ? Qu’est-ce que serait faire du théâtre à l’aide d’internet ? On a commencé à incorporer peu à peu des choses qui nous touchaient particulièrement, à chaque fois dans un angle différent. Nous voulions essayer de voir comment les éléments de théâtre, comme la présence, le corps, la narration, sont transformés par le digital, par Internet. 

La première pièce que nous avons faite était une sorte d’autobiographie racontée à travers Wikipédia, ici il n’y avait pas d’image, pas de technologie, c’était vraiment par le texte qu’on racontait, par une série de faits, une vie immergée dans un océan d’informations autour d’une époque. Pour le second spectacle, on est passés par les enregistrements sonores, grâce à toutes les banques sonores qu’on peut trouver sur internet. Enfin, le troisième spectacle était le début de l’exploration de YouTube. On a choisit à partir de cette richesse de vidéos, de se concentrer sur les tutoriels mais seulement ceux qui avaient un rapport au corps. A partir de là, on s’est dit qu’on n’utiliserait aucune vidéo ou écran mais plutôt qu’on allait réincorporer, ré-matérialiser quelque chose qui était parti comme matériel corporel et qui fut transformé en digital. Quand ça redevient un corps et que ce n’est plus vu par une personne devant son écran dans sa chambre, mais vu d’une manière collective, qu’est ce qu’il se passe ?

C’est donc pour recréer du collectif que vous avez décidé de ne pas créer ce spectacle directement sur un tutoriel YouTube finalement et de le mettre sur une scène ? 

Oui voilà, il ne s’agit pas seulement de regarder mais de se regarder regarder. En espérant que dans ce gap que l’on va créer, dans ce recul, il y aura une réflexion commune qui va être engendrée et qui va nous permettre de ne pas juste être immergés et bombardés tout le temps mais également d’avoir une prise de distance.  

Qu’est-ce que vous avez tapé dans la barre de recherche YouTube pour atterrir sur ces vidéos tutoriel sur le corps ? 

On est devenus assez experts dans le mot-clé à taper car grâce à nos autres spectacles on avait déjà une bibliothèque assez vigoureusement classée et répertoriée par thème, par type de présence, d’adresse, de narration, on avait un peu une sorte de musée de YouTube. Il y a beaucoup de choses trouvées par surprise, par accident, quoique cela devient de plus en plus difficile avec le nouveau algorithme de YouTube car il y’ a beaucoup de vidéos sponsorisées. C’est assez troublant, c’est un terrain d’exploration.

Vous avez donc vu YouTube évoluer depuis que vous travaillez dessus ? 

Oui car à l’heure d’aujourd’hui faire les pièces que l’on a fait serait beaucoup plus difficile avec le logiciel d’algorithmes actuel. Pour notre part, la plupart des choses que l’on a puisés sont vraiment des choses vus par 30/40 personnes. Pour en arriver jusque là il faut passer par pleins de choses virales etc. Ce n’est plus vraiment un terrain facile, il y a des murs, des barrières, des obstacles et c’est dommage. 

Qu’est ce que vous pensez que les tutos disent de nous, de notre société, qu’est-ce qu’ils racontent de nos rapport aux autres ? 

Ce qui nous a intéressé, étant des gens du théâtre, c’est le fait de maintenant pouvoir se diffuser dans sa chambre car c’est ce qui est normalement réservé à la télévision. Aujourd’hui n’importe qui peut développer son opinion sur chaque sujet, il y a une sorte de démocratisation, on peut à la fois dire aplatissement. Mais comment on trouve du relief dans tous ça? Si n’importe qui peut dire n’importe quoi ? Pourtant, il y a des gens qui sont juste super intéressants et qui ont des avis, des parcours et des expériences intéressantes, ils peuvent donc s’exprimer là-dessus et ils trouveront toujours leur public. Il y’ a un metteur en scène, Peter Brook, qui a dit « Pour qu’il y ai du théâtre, il faut un acteur et un spectateur » et c’est ça la base d’une condition d’acte théâtrale. 

Les tutos seraient donc comme du théâtre ? 

C’est un peu ça. Tu es un acteur devant un public, potentiellement il s’agit de millions mais ça peut  aussi être 1 personne. Vous ne partagez pas le même espace et le même temps, il y a une sorte de délai mais pour nous il y a un acte de représentation quand même, parce que penser qu’il suffit juste de mettre la caméra devant soi pour avoir le point de vu parfait dans sa chambre ce n’est pas réel… On pense souvent que les gens montrent leur intimité mais non ce n’est plus eux, c’est bien là un acte de représentation, il y a une mise en scène, un choix de parole, un choix de cadre, d’angle… Pour nous ce sont des petites performances, des petits actes de représentation. 

Est-ce que avant de créer ce spectacle vous regardiez beaucoup de tuto ou pas du tout ? Est-ce que ça a changé après ?

C’est vrai que quand on a fait la recherche pour le spectacle, c’était autre chose que lorsque moi, personnellement, je  regarde des tutos sur YouTube. Mais encore aujourd’hui je suis vraiment étonnée d’à quel point les gens ne connaissent pas la richesse de cette plateforme, c’est souvent considéré comme des choses banales, comme le maquillage, les jeux vidéos etc, mais il y a aussi des millions de vidéos qui parlent d’autre chose. Pour notre spectacle, nous nous sommes entretenus avec des jeunes consommateurs de YouTube, et nous avons remarqué que ceux qui regardaient autre chose que les tutos banals, avaient au départ une passion dans la vie comme le dessin, la musique, l’archerie, ou autre chose. Ainsi, ils vont chercher ce qui les intéresse vraiment et de là tout un monde s’ouvre à eux. Nous pensons donc qu’il faut toujours avoir un point de départ dans la vie quotidienne, un stimuli ou quelque chose qui va nous intéresser pour pouvoir utiliser YouTube comme un outil, sinon l’algorithme va lancer les tendances actuelles. 

Et pouvez-vous nous décrire le dernier tuto que vous avez regardé ?

Je me souviens que, pour un autre spectacle, nous cherchions à créer une chanson de rap à partir des noms des vidéos sur YouTube comme par exemple « cinq astuces pour avoir les cheveux plus souples » ou encore « deux astuces pour sauver votre coupe ». Une fois que nous avions le texte, je me suis intéressée à la structure d’un rap, et il y a des gens qui expliquent ça dans des tutos : c’est quoi un couplet, un refrain, combien de fois il se répète pour aller vers le pont, les caractéristiques du pont etc, et c’est vraiment très bien expliqué. 

Est-ce que derrière le tuto il n’y a pas aussi cette idée de recherche de soi, d’un certain narcissisme ? 

Moi ce qui m’étonne c’est qu’avec YouTube, beaucoup pensent que le fait de se filmer est quelque chose de narcissique, que les gens cherchent des likes, des abonnés, pour devenir une star. Mais la plupart des personnes ne cherchent pas ça, ne se disent pas « je veux être une star, gagner des millions », ils ont vraiment autre chose à faire dans leur vie selon moi. De la même façon que ceux qui chantent chez eux ne se disent pas « je veux devenir le nouveau Justin Bieber ». Je pense qu’il y a d’abord, fondamentalement, une envie de partager, de s’exprimer. Les gens se demandent ce qu’ils savent faire, par exemple : « ah on m’a dit que ma tarte au citron elle était super, pourquoi je ne ferais pas un tuto sur ça ? ». Au final, le partage est quelque chose de tellement basique et humain, qui existait bien avant YouTube et bien avant Internet. 

Donc, il y a quand même un lien avec l’identité, vouloir prouver, montrer quelque chose ?

Pour certains c’est vraiment une passion d’avoir sa chaîne, de l’entretenir, de la mettre en relation avec les autres. Je vois souvent des choses très touchantes sur YouTube, il y a beaucoup de personnes qui parlent de leur maladie, des choses difficiles qu’ils sont en train de vivre, parce qu’ils ont changé de ville, de métier, qu’ils sont victimes de racisme etc. Ce sont des gens qui ont juste envie de dire ce qu’il se passe, ce qu’il en pense, de recevoir des commentaires des autres. Autour de moi,  je n’oserai pas poser certaines questions alors que sur YouTube il y a toujours quelqu’un pour répondre. Je pense que ce n’est pas une envie de popularité mais plutôt le besoin de sortir de la solitude, de s’informer. 

Est-ce que vous avez déjà fait des tutos sur YouTube, ou vous aimeriez en faire ?

Non, on ne l’a jamais fait mais on s’est dit qu’il fallait qu’un jour on fasse quelque chose parce qu’on s’est beaucoup nourrit de YouTube mais on n’y a jamais rien donné. À part peut-être le fait d’en parler tout le temps autour de nous, d’essayer de changer le point de vue des autres sur cette plateforme. Par ce qu’il ne faut pas oublier que derrière YouTube, il y a des gens !

Et sur quoi porteraient vos tutos ?

On s’est demandé à un moment qu’est-ce que ça donnerait de poster les tutos de ce spectacle sur YouTube. On aimerait savoir comment les gens réagiraient, est ce qu’ils verraient la différence avec les originaux ? 

Merci beaucoup !

Merci à vous !

Laury Lestrehan

Violette Merlin

Juliette Bélanger

Mis en avant

Créer sa propre montagne magique

Crédit photo : Wannes Cré 

Based on Thomas Mann’s novel The Magic MountainToverberg is the reinterpretation of the book by four actors and friends, members of Desnor. A glass of wine in hand, actor Timo Sterckx expresses his thoughts on the project and raises questions on what it is to be an artist.

Fondé sur le roman La Montagne magique de Thomas Mann, Toverberg est la réinterprétation du livre par quatre acteurs et amis, membres de la troupe Desnor. Un verre de vin à la main, l’acteur Timo Sterckx exprime ses pensées sur le projet et pose la question de ce que c’est qu’être un acteur.

You are all friends. How is it working with Louis Janssens and Ferre Marnef, founders of Desnor? 

Vous êtes tous amis. Comment c’était de travailler avec Louis Janssens et Ferre Marnef, fondateurs de Desnor ?

It was great. We know each other very well, so we know what we can or cannot do. That is important. There was no wall, no boundary, we could do everything together.

C’était génial. On se connait tous très bien, donc on sait ce qu’on peut ou ne peut pas faire. C’est très important. Il n’y avait aucun mur, aucune barrière. On pouvait tout faire ensemble.

Working on the show was more collective then? Could you all bring your own ideas to the show or did Louis and Ferre take on the role of director?

Travailler sur ce spectacle était donc plutôt collectif ? Pouviez-vous amener vos idées ou Louis et Ferre tenaient-ils plus le rôle de metteur-en-scène ?

Yes, it was very collective. There was no big preparation. I think Louis is more of the director type; I guess he thinks a lot outside of the rehearsals. But I never do that. I always come to the theatre or the rehearsals “blanco”. 

Oui, c’était très collectif. Il n’y avait pas de grande préparation. Je pense que Louis est de nature assez directive. Je suppose qu’il pense beaucoup en dehors des répétitions. Mais moi je ne fais jamais ça. J’arrive toujours au théâtre ou en répétition « blanco ».

Do you have to be in a certain mood to be fully in the process of making?

Devez vous être dans un certain état d’esprit pour être totalement dans le processus de création ?

Yes. The work is here, and when it stops, it stops for me. My mind is on other things.

Oui. Le travail, c’est ici, et lorsque nous avons terminé, j’ai terminé. Mon esprit se tourne vers d’autres choses.

« So the question was : what is an artist today? »

So the creation process started mainly with improvisation than with a written text?

Le processus créatif a donc plutôt commencé avec du jeu improvisé ?

In the beginning, the idea was “read the book”. So we read the book, and then we came together for the first time in July in Amsterdam during a week. We read all the parts that we loved to each other, and we classified them. Like: “this is political”, “this is about time”, “this is about love” … we made these sorts of classifications. We had so much! The book is 900 pages, so it’s very big and broad. 

We started to improvise on the topics. But because the text is so difficult, we didn’t really know what to do about it or how to handle it. So, we tore it apart.

For example, there is a big snow scene in the book that is very important. We were like “okay, let’s improvise around the snow scene”. And we can do that because we know each other very well. It’s very difficult to improvise when you’re not familiar with the others: it’s embarrassing, or someone thinks it’s stupid. So stupid sometimes that you have a whole scene around it.

Au début, l’idée était « lire le livre ». Nous avons donc lu le livre, et nous nous sommes réunis la première fois à Amsterdam en juillet pendant une semaine. Nous nous sommes lu les parties qui nous plaisaient le plus, et nous les avons catégorisées. « Ca c’est plutôt politique », « ça c’est plutôt sur le temps », « ça c’est plutôt sur l’amour »… Nous avons fait ce genre de catégories. Nous en avions tellement ! Le livre fait 900 pages, il est très gros et divers.

Nous avons commencé à improviser sur les catégories. Mais le texte est si compliqué, on ne savait pas vraiment quoi en faire et comment gérer tout ça. Donc nous l’avons découpé.

Par exemple, il y a une scène dans la neige dans le livre qui est très importante. Nous nous sommes dit “d’accord, improvisons là-dessus.” Nous pouvons faire ça puisque nous nous connaissons très bien. C’est difficile d’improviser lorsque l’on ne connait pas les autres : c’est gênant, ou alors quelqu’un pense que c’est idiot. Tellement idiot parfois qu’on peut en faire une scène complète. 

Why did you choose to work on De Toverberg specifically? Why was it relevant?

Pourquoi travailler sur La montagne magique ? Pourquoi est-ce pertinent ?

That was Louis and Ferre’s idea. So, the problem of the topic was already solved. But the book is relevant in a way that it’s a group of people who are very rich, very bourgeois. They gather in a sanatorium, and they live there because they are kind of sick. While they live there, they discuss and philosophise about life, about Europe, about the political situation that they were in, a hundred years ago. They always debate on how to be civilians. And those people who discuss life outside the mountain, life beneath… In the end, they all come down from the mountain. And they come together with the people outside the mountain. Since it was World War I at that time, everything comes together. 

For us, it was important because we are thinking a lot about how to be civilians and artists. So the question was, how can you combine it? What is a civilian today? What is an artist today? What is a bourgeois today? 

C’était l’idée de Louis et Ferre. Donc le problème du sujet était réglé. Mais le livre est pertinent, dans un sens, parce que c’est un groupe de personne qui sont très riches, très bourgeois. Ils se réunissent dans un sanatorium, où ils vivent parce qu’ils sont malades en quelque sorte. Alors qu’ils vivent là-bas, ils discutent et philosophent sur la vie, l’Europe, la situation politique dans laquelle ils vivent, il y a cent ans. Ils débattent tout le temps sur ce que c’est qu’êtres civils. Et ces personnes qui parlent de la vie en dehors de la montagne, de la vie en bas… à la fin, elles descendent toutes de la montagne. Elles se réunissent avec les gens qui vivent en dehors de la montagne. Et puisque c’était la Premier Guerre mondiale à ce moment-là, tout et tous se réunissent.

Pour nous, c’était important parce que nous réfléchissons beaucoup sur ce que c’est qu’être civils et artistes. Donc la question, pour nous était « comment combiner le tout ?» « Qu’est-ce qu’un civil aujourd’hui ? » « Qu’est-ce qu’un artiste aujourd’hui ? » « Qu’est-ce qu’un bourgeois aujourd’hui ? »

Is it important to have read the book to understand the message behind your show?

Est-ce important d’avoir lu le livre pour comprendre le message derrière votre spectacle?

No, absolutely not. The book is not what we do on stage. We do our own magic mountain. We don’t play the book, we play “Coverberg”, inspired from De Toverberg. It’s an impression of feelings and ideas we had after reading the book and that we try to perform. But it’s not the book. Maybe the people who have read the book and come to the theatre will be surprised not to see the magic mountain. But for us, it is our own magic mountain. It’s what we see as the magic mountain, what we felt when we read it.

Non, absolument pas. Le livre n’est pas ce que nous faisons sur scène. Nous faisons notre propre montagne magique. Nous ne jouons pas le livre, nous jouons « Coverberg », inspiré de De Toverberg [titre en néerlandais]. C’est tiré de nos impressions et de nos idées sur le livre, et c’est ce que nous essayons de jouer. Mais ce n’est pas le livre. Peut-être que les personnes qui ont lu le livre et viennent nous voir seront surprises de ne pas voir La Montagne magique. Mais pour nous, c’est notre montagne magique. C’est ce que nous croyons être la montagne magique, ce que nous avons ressenti en le lisant.

« La pièce est plus une combination d’idées, de sentiments, d’idées sur le livre. »

What does “Coverberg” mean? 

Que veut dire “Coverberg”?

We always play covers. The music is a cover, all the scenes are also covers. That’s what you do when you play theatre, you know, with a text that already exists. We are doing, in a way, a cover from the book. We even have the cover of the book on stage. We don’t play the book; we don’t play what’s in it.

The play is more of a combination of ideas, feelings, thoughts we have about the book. When you read it, it will be totally different from what you see on stage. I hope it inspires people to read the book, even though it’s a very difficult book. 

Nous faisons toujours des reprises. La musique est une reprise, les scènes aussi. C’est ça, le théâtre. Nous faisons, en quelques sortes, une reprise du livre. On a même la couverture du livre sur le plateau. Nous ne jouons pas le livre, nous ne jouons pas son contenu.

La pièce est plus une combination d’idées, de sentiments, d’idées sur le livre. Si tu le lis, tu verras que c’est totalement différent de ce que nous faisons sur scène. J’espère que ça va encourager les gens à lire le livre, même s’il est difficile.

On stage, you play a lot with a drape. Why choose this object?

Sur scène, vous jouez beaucoup avec un drap. Pourquoi choisir cet objet ?

In the beginning, it expresses a mountain, because it’s in the air. Then we jump into it. The play is set, we are on the mountain. It becomes a floor on which we perform. So it was put in the show for different purposes. It’s very also connected to theatre in itself since these drapes are always in theatre.

Au début, il représente une montagne, puisqu’il est suspendu. Puis on saute dedans. La scène se met en place, nous sommes sur la montagne. Il devient alors un sol sur lequel nous jouons. Donc nous l’avons intégré dans le spectacle pour différentes raisons. Le drap est également très lié au théâtre lui-même, puisqu’il y en a beaucoup dans le théâtre [rideaux,…].

You play bass in the show, but you’re not a musician. Was it challenging? 

Vous jouez de la basse durant le spectacle, mais vous n’êtes pas musicien. Était-ce difficile ?

Yes, it was. Ferre is the only musician – Anna Franziska Jäger, Louis and I are not musicians. But I always wanted to play bass! For me it was like, “okay, I’m going to play the bass!” I think it’s one of the loveliest parts of the show. It’s so cool to play bass and live music! Even though I can only play that part. 

Oui, c’était difficile. Ferre est le seul musicien – Anna Franziska Jäger, Louis et moi ne le sommes pas. Mais j’ai toujours voulu jouer de la basse. Donc pour moi, c’était « d’accord, je vais jouer de la basse ! » Je trouve que c’est l’une des parties les plus esthétiques du spectacle. C’est cool de jouer de la basse et de la musique en direct ! Même si je ne suis capable de jouer que ce morceau.

Since you all participated, and Ferre is the only musician, was the concert part his initiative?

Puisque c’est un travail collectif et que Ferre est musicien, est-ce que le concert était son idée ?

Louis and Ferre already had an idea for the ending. They wanted music. We used a text from Bertolt Brecht. I forgot who put it on music though. But it’s an old communist song that was played or sang in demonstrations. It’s a song about solidarity. 

Louis et Ferre avait déjà une idée pour la fin. Ils voulaient de la musique. On a utilisé un texte de Bertolt Brecht. Je ne me souviens plus qui l’a mis en musique par contre. Mais c’est une vieille chanson communiste qui était jouée ou chantée lors de manifestation. C’est une chanson qui parle de solidarité.

Relevant to the topics of the story, then.

Pertinent par rapport aux thèmes de l’histoire, alors.

Yes, exactly. How to be solidaire, how to be an artist…

Oui, exactement. Comment être solidaire, comment être un artiste…

Gaëlle Sheehan

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Réel ou virtuel? Our daily performance brise la barrière de l’écran

Our daily performance – Giuseppe Chico et Barbara Matijević

Ce vendredi 6 décembre, dans la grande salle de spectacle de La Rose des Vents (Villeneuve d’Ascq), se mêlent les nombreuses performances de cinq interprètes, deux hommes et trois femmes, aux rires de nombreux spectateurs confortablement installés dans les fauteuils qui surplombent la scène.

Le spectacle n’a pas de narration précise mais une chose est sûre : les scénettes qui s’enchaînent devant nos yeux sont bien la mise en scène de notre société. La sphère Internet est le sujet de prédilection de cette compagnie et pour ce spectacle, Giuseppe Chico et Barbara Matijević ont choisi les tutos Youtube comme fil conducteur du contenu de leur mise en scène.

Aujourd’hui, la liberté d’expression est devenue virtuelle. C’est-à-dire qu’il ne faut plus être une personne célèbre, un orateur de renom, pour s’exprimer à pleins poumons devant une foule en délire et enchaîner les standing-ovation. Plus besoin d’être connu pour pouvoir s’adresser à des millions de personnes ! Il faut seulement être connecté, c’est-à-dire qu’il faut juste avoir une connexion internet pour exister devant des personnes par milliers. 

Le nom du spectacle, « Our daily performance », pourrait résumer nos rapports humains actuels. En effet, aujourd’hui, quiconque veut le faire, a la possibilité de parler, de s’exprimer, de partager avec d’autres sur internet. La plateforme de vidéos Youtube est ouverte à tout le monde, en cinq minutes on se crée un compte avec le pseudo que l‘on veut, on allume un appareil photo, on se place devant, on parle du sujet que l’on souhaite et on diffuse la vidéo. Ainsi, en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, on existe. On existe virtuellement, on existe devant une personne ou devant des milliers. On existe d’une manière différente que la vie réelle mais on se crée une autre réalité, celle de la virtualité. Nous devenons des performeurs de nos vies quotidiennes. Voici sûrement la raison pour laquelle le spectacle résonne dans l’esprit de chacun et nous fait tant rire. Nous nous regardons, nous nous observons nous-mêmes, et nous jouissons de voir pendant une heure et demie d’autres personnes interpréter nos rôles quotidiens.

La virtualité n’est pas notre vie réelle habituelle, certes, mais la virtualité est la nouvelle réalité d’un bon nombre d’entre nous. Comment combattre la solitude aujourd’hui ? En regardant, un jour de pluie gris et triste, un tuto d’une personne, seule aussi derrière son écran, en train de nous expliquer comment bien cuisiner un gâteau au chocolat. Ainsi, on n’est plus seul mais on est seul avec elle, avec cette personne, la barrière de l’écran nous semble devenir invisible et on pourrait avoir l’impression de partager un vrai moment de sociabilité. C’est exactement ce vers quoi le spectacle « Our daily performance » tend : briser la barrière de l’écran et proposer, dans un vrai espace dont nous sommes les premiers spectateurs, des tutos Youtube. Enlever la caméra, enlever le dispositif de diffusion en différé et vivre une expérience en direct pour mieux se rendre compte de toute la mise en scène qui existe derrière l’action de « faire un tutorial vidéo». 

Les scénettes traversent tous les thèmes, des plus précis (« comment bien jouer au handball lorsqu’on est un numéro 4 »), aux plus originaux (« Exercices de fitness pour couple à la saint-valentin » ou encore « Arts martiaux pour chrétiens : le kata de l’Exode »). Certains tutos créent une gêne dans l’audience et les rires continuent de fuser, pour pallier ce moment étrange que l’on partage en toute intimité avec les interprètes : « Comment bien s’échapper d’un viol ». La langue chinoise et la musique d’ascenseur en fond sonore, choisies pour cette scénette, permettent la distance nécessaire pour vivre ce tuto qui a aujourd’hui d’autant plus de sens dans une époque où les mouvements « Me Too » et « Balance Ton Porc » ont pris une réelle importance.

« Our daily performance » est comme un premier pas dans la prise de conscience de la mise en scène de nos vies que nous sommes en train de fabriquer. Ces vers de Shakespeare résonnent tout particulièrement aujourd’hui : « Le monde entier est un théâtre, et tous, hommes et femmes, n’en sont que les acteurs. Chacun y joue successivement les différents rôles d’un drame en sept âges ».

Juliette Bélanger

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Quietos, une performance de Marcela Santander Corvalan

En espagnol, le terme quietos signifie calme. C’est dans une atmosphère très onirique que la chorégraphe et performeuse Marcela Santander Corvalan fait se mouvoir deux personnages dans un paysage sonore mixant voix de femmes, chants et sons de la nature. Les teeNEXTers nous guident dans ce voyage subtil sur l’écoute.

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Infini – une création de Boris Charmatz

Figure majeure de la danse contemporaine, Boris Charmatz est artiste associé au Phénix de Valenciennes. Sa dernière création est un « décompte sans fin » – habitués à se mouvoir sur quatre, six ou huit temps, les danseurs pourront-ils offrir une perception de ce vertige mathématique? Les teeNEXTers lui ont posé la question, et bien d’autres encore!

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Toverberg – L’interview de Ferre Marnef

Les teeNEXTers sont allés en Belgique pour découvrir Toverberg, une création de Louis Janssens et Ferre Marnef, de la compagnie Desnor. Une Montagne magique contemporaine sur les contradictions, questions et problèmes d’aujourd’hui – la pièce se poursuit là où Thomas Mann a achevé son récit!

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As long as we are playing, l’art de jouer le jeu

Coréalisé avec le Gymnase | CDCN à Roubaix, dans le cadre du festival Les Petits Pas, et le Grand Bleu à Lille, As Long As We Are Playing est un spectacle enfantin mais universel. Par le jeu, la danse et la musique, le corps et la nature humaines se dévoilent grâce aux jeunes acteurs de la troupe Kabinet K.

Des ballons, une boite, un arbre et un grand mur gris au fond. Les spectateurs prennent place dans la salle, intrigués par ce décor. Une véritable cours de récréation reproduite sur scène. Les lumières s’allument. Des instruments se révèlent, posés sur le côté. Un enfant rentre, puis un deuxième. Ils commencent à jouer avec une cymbale et une chaîne en fer. Une première ébauche sonore, bidouillée par le choc des deux objets. Un autre arrive sur le plateau et s’amuse avec un cerceau en caoutchouc. Ils restent d’abord chacun dans leur bulle, avant de se mélanger et rigoler ensemble. Le jeu s’installe, les instruments se mettent au diapason ; l’harmonie se crée dans ce chaos enfantin. Plus cacophonique que mélodieuse ou virtuose, elle colle parfaitement à l’ambiance de récréation qui règne sur scène. Les acteurs courent de gauche à droite, sautent, crient et font un jouet de rien mais ne parlent pas, dans un ensemble déchaîné qui occupe tant l’espace que l’attention du public. Tellement que l’on s’y perd à suivre des yeux l’un ou l’autre espiègle.

Un art téméraire 

Ils sont une dizaine sur scène, dont trois adultes. L’une au violon principalement, les autres occupant le reste de l’espace scénique. Ils dansent et jouent avec les enfants – au chat, à la balle, à cache-cache… Tout est prétexte à l’amusement. Parfois, les jeunes musiciens – c’est la première fois que la troupe Kabinet K fait appel à des enfants comme instrumentistes, à la batterie, au basson ou à la trompette – se mêlent à leurs camarades pour des chorégraphies effrénées. C’est à se demander si tout n’est finalement pas art, même un dessin puéril semble-t-il insignifiant scotché au mur.  

Très vite, le spectateur, embarqué, réagit aux bêtises que font les enfants. A peine trois minutes après le début de la représentation, lorsque l’un manque de tomber du haut d’une pyramide humaine, les adultes comme les plus jeunes assis dans la salle de spectacle retiennent leur souffle à l’unisson. Les deux danseurs, Louise Tanoto et Kwint Manshoven, font virevolter leurs partenaires casses-cou dans des figures acrobatiques impressionnantes – mais non moins affolantes. Ils tournoient au sol comme dans les airs, maintenant en haleine le spectateur qui craint de les voir chuter ou pire ! Heurter le public. 

Faut-il trouver un sens à l’insensé ?

“On n’a pas tout compris” avoue Alix à l’issue de la rencontre. Et s’il n’y avait rien à comprendre? Cette nouvelle création de la compagnie Kabinet K se veut inspirée par le documentaire Récréation de Claire Simons. En fait, le protagoniste principal n’est autre que le jeu lui même. Il est exprimé sous différentes formes tout au long de la représentation , à la fois par la gestuelle, la danse mais aussi la musique. On y retrouve les idées de complicité, d’amusement, de rencontre et d’échange. Il est révélateur des interactions humaines dans leur ensemble. Le spectacle entier est une aire de jeu qu’il convient à chacun d’interpréter. 

Le conflit qui accompagne la récréation n’est pas étranger au scénario : les lumières se tamisent, la musique se fait plus grave. Les joueurs se disputent dans un enchaînement artistique qui s’achève avec le scotchage au mur d’une pauvre mini-victime. Un “mouahaha” diabolique résonne dans la salle, écho de l’un des enfants qui imitent au micro une sorcière ou on ne sait trop quelle créature malfaisante tout droit sortie de nos contes préférés. Loin d’être ridicule, cette parodie amène une profondeur au spectacle, une touche sombre qui rappelle que le jeu n’est pas que espiègleries sans fondement. Il est le révélateur de la nature humaine, que ces casses-cou en herbe incarnent si bien. Après tout, la vérité sort de la bouche des enfants.

Sélectionnés après quatre rencontres, les marmots ont été choisis par Joke Laureyns, metteuse en scène, “pour la balance qu’il y a entre eux. Assez différents, avec une tension et une harmonie possibles”. De même que Louise, la danseuse adulte d’origine britannique, qui ne parle pas la même langue qu’eux (le néerlandais, ndlr),  ce qui les oblige à utiliser leur corps pour communiquer. L’idée d’associer des adultes à la représentation n’est pas anodine. Pour Joke, il est indispensable qu’ils passent plus de temps à s’amuser avec les plus jeunes plutôt que de rester concentrés sur leurs écrans. Le jeu lui paraît essentiel bien qu’elle le considère assez paradoxalement inutile. 

Lors du processus de création, tout était centré sur ce jeu. Joke et Kwint ont fait travailler les enfants sur des exercices d’improvisation avant de commencer la mise en scène. Bien que, d’apparence, tout semble millimétré, il s’en dégage une certaine fraîcheur. Joke a voulu “trouver la spontanéité” des enfants, les faire jouer comme si c’était la première fois à chaque représentation.  Et l’effet est réussi. 

                                                                                  Gaëlle Sheehan et Susie Muselet 

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Le jeu est-il réservé aux enfants ?

Avec sa pièce As long as we are playing, Joke Laureyns tient à rappeler aux adultes l’importance du jeu. Collés à leurs écrans, ils oublient d’après elle l’importance de l’amusement. Avec son spectacle, elle nous interroge: le jeu est-il réservé aux enfants? 

Le jeu tel que défini dans le dictionnaire est “une activité physique ou intellectuelle exercée dans le but de se divertir”. Parfois même est-il précisé “ sans aucune fin utilitaire”. Et si ces définitions étaient des non-sens ? Car, il est utile de rappeler que durant de nombreuses années, le jeu à été au coeur de la société: par les jeux d’arènes, le théâtre, il était presque réservé exclusivement aux adultes. Et s’entendre sur une telle caractérisation du jeu serait oublier totalement que c’est par lui que se créent initialement les interactions en société. 

C’est par le jeu que les plus jeunes construisent du lien social et favorisent leur intégration dans la communauté. Alors, une fois les acquis sociaux maîtrisés, le divertissement devient-il moins nécessaire?  C’est ce que les définitions laissent entendre. Elles justifient de façon flagrante l’abandon du jeu avec l’âge en insistant sur sa dimension récréative. La société actuelle considère qu’avec la maturité viennent les obligations, les responsabilités, et que ces dernières ne sont aucunement conciliables avec l’amusement. Le loisir et le plaisir sont laissés aux progénitures qui n’auraient, pour ainsi dire, rien de plus pragmatique à faire. 

“La jeunesse, c’est la passion pour l’inutile” disait Jean Giono. Et “qu’est-ce qu’un adulte? un enfant gonflé d’âge” pensait Simone de Beauvoir. Comme il est si bien dit dans le film Yes Man, “le monde est un terrain de jeu, tous les enfants savent ça mais on finit par l’oublier en grandissant”. Est-ce par convenance sociale, par manque de temps ? Non, certainement pas par manque de temps. 

Commençons par regarder les heures passées devant un écran : télévisions, ordinateurs, téléphones… La littérature comme le cinéma nous donnent la véritable explication. Et si, à l’image des adultes Banks de Mary Poppins ou D’Antoine de Saint-Exupéry, nous avions simplement cessé de croire. Michael et Jane Banks oublieront qu’ils se sont envolés avec des ballons parce qu’ils n’y croient pas. À l’image des grandes personnes, ils restent fermés, hermétiques au jeu. Le Petit Prince dit “toutes les grandes personnes ont été des enfants. Mais peu d’entre-elles s’en souviennent”. Peut-être ont-ils, peut-être avons nous, simplement perdu notre âme d’enfant. 

                                                                                                                     Susie Muselet 

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Découvrir son corps et devenir un « super spectateur »

Une heure avant le début de As long as we are playing, spectacle de la troupe Kabinet K présenté au Grand Bleu, une vingtaine de personnes ont participé à l’atelier “Deviens un super spectateur !” samedi 30 novembre. Au programme : massage des pieds à la tête, étirements et leçon d’anatomie.

“Là, ce sont les phalangettes. Le pouce, il n’en a pas, il n’a qu’une phalangine et une phalange.” Dans la petite salle à l’ambiance tamisée du Grand Bleu à Lille, une petite dizaine de familles est rassemblée en cercle. Alice est celle qui a organisé et animé l’atelier “Deviens un super spectateur !” Elle est chargée de la médiation avec le public au Centre de Développement Chorégraphique National de Roubaix nommé Le Gymnase, qui a organisé le festival de danse Les Petits Pas destiné au jeune public. Son métier, c’est “faire rencontrer les artistes, les oeuvres et le public.”  Et le but de l’atelier : préparer petits et grands au spectacle As long as we are playing de la compagnie Kabinet K. Durant trois-quarts d’heure, des enfants et leurs parents se sont amusés à échauffer toutes les parties de leur corps, découvrir leur fonctionnement et se mettre dans un état d’esprit de spectateur modèle.

Alice s’excuse, elle a la voix cassée. La séance commence par l’appropriation de l’espace, pour pouvoir bouger convenablement sans heurter rien ni personne. Bouts des doigts, métatarses, coudes ou genoux, l’animatrice explique méticuleusement chaque partie du corps au moment de faire travailler les différentes articulations. Un squelette ferme le cercle. Les jeunes curieux vont le toucher, le manipuler, découvrent quels os le constituent et comment le corps fonctionne. Leur corps. “Vous voyez la rotule, là ? Elle bloque le tibia et lui permet de ne pas partir vers l’avant.” 

Les plus jeunes comme les plus âgés apprécient la session de détente pédagogique. “Vous allez être bien après”, plaisante Alice. Et ce n’est pas mentir. Les nouveaux “super spectateurs” repartent le sourire aux lèvres. “C’est une bonne idée de proposer un échauffement. C’est original, je n’avais jamais fait ça.” confie Solange, une maman ravie. “Ça permet d’être plus réveillé avant le spectacle, d’être plus en osmose avec ce qu’on va voir.” Vincent la rejoint et complète : “C’est chouette pour les enfants de les faire participer à une activité collective, avant un spectacle où l’attention est plus personnelle.” Un moment privilégié pour les familles.

Alors qu’Alice démonte méthodiquement le squelette, elle révèle, entre deux toux, ce qui lui plaît le plus dans son métier. “J’avais envie de présenter des moments de prise de conscience du corps. Surtout avant un spectacle, et particulièrement avant un spectacle de danse où [le corps, ndlr] est au centre. Prendre conscience de son corps, comme le font les artistes, est très important. C’est rendre accessible une oeuvre par la mise en place de ce genre d’interventions.”

                                                                                                                     Gaëlle Sheehan

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Jimmy et ses sœurs, une représentation théâtrale de la Compagnie de Louise

Une réflexion sensible sur la famille et la place des femmes dans un monde régenté par les hommes. un spectacle du 7,8 et 9 novembre 2019 !

Comme revisité, ce conte moderne mis en scène par Odile Grosset-Range questionne ici la place de la femme dans ses rapports au monde auprès des plus jeunes. Dans un monde dominé par les hommes, l’auteur Mike Kenny, entraine les spectateurs avec lui dans une suite d’événements à la fois fantastiques, humoristiques et remplis de suspens. 

Imaginez-vous immergé dans le décor d’une maison dans une époque pas si lointaine où trois sœurs se racontent leurs histoires. Un temps où les femmes n’auraient plus le droit de sortir sans la présence d’un homme, d’un garçon, d’un frère… Né alors le personnage de Jimmy Fisher, incarné par la troisième sœur, la benjamine, Princesse. Se révoltant contre des règles mises en place sans qu’on leur demande leur avis, les protagonistes : Stella (l’aînée), Régina (la cadette) et Jimmy/Princesse voient leur quotidien bouleversé quand vient l’hiver. L’arrivée des loups dans les rues, responsables de leur isolement, les empêchent alors de sortir, d’aller à l’école et de se promener dans la forêt. Cependant, en brisant les règles, elles prouvent l’obsolescence de celles-ci et font preuve de courage en s’opposant à celles-ci. 

Ces trois comédiennes, seules sur scène incarnent à la fois des personnages féminins et masculins tout en finesse. Nous, spectateur, par la présence d’un décor nous entrainant tantôt dans une sorte d’entre soi protecteur et tantôt dans un univers sombre et inconnu, par un jeu de lumière original, ne pouvons que relater de la force immersive de ces derniers. 

Une fable du monde moderne, compréhensible pour les plus jeunes servant d’armature aux questionnements sur les notions de genre et de féminisme à l’heure où la bataille pour l’égalité des sexes est loin d’être gagnée. 

Clara Geoffroy

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Se sentir « comme à la maison » au théâtre

M.A.I.S.O.N – De Coline Garcia

C’est dans l’atmosphère d’une frontière sensible entre maturité et insouciance que je me fonds au public du spectacle M.A.I.S.O.N, représenté au théâtre du Grand Bleu, un mardi soir de vacances scolaires. Avant que le spectacle ne commence, j’attends devant la salle avec les autres familles et enfants venus assistés au spectacle. Je m’imprègne de l’ambiance insouciante et curieuse qui se dégage dans l’air, les voix des enfants qui posent des questions se mêlent à celles de leurs parents qui leur proposent des pistes de réflexions. Les discussions des différentes familles, attendant patiemment que les portes s’ouvrent, se mêlent, se mélangent, et dressent déjà un portrait annonciateur de l’ambiance du spectacle : le portrait de la famille, en général. Celle avec un grand F, la Famille. La mienne, la vôtre, la leur. Celles que l’on connaît, celle que l’on côtoie, celle que l’on imagine, celles dont l’on s’écarte, celles que l’on regarde de travers : toutes les familles.

Une fois les spectateurs installés dans la salle, l’univers sonore de l’attente est comblé par les voix des enfants qui s’impatientent, qui supplient leurs parents de leur dire quand le spectacle va commencer et par les chuchotements des gens qui parlent de la jolie scénographie déjà visible sur la scène. À cela s’ajoute les bruits des fauteuils qui grincent, les bruits des pas feutrés sur le sol et dans les escaliers.

C’est au moment où les regards et les pensées se perdent, que le spectacle commence et nous prend en haleine d’émotion pendant 45 minutes. Frédéric Wheeler, l’un des deux interprètes du spectacle, entre sur scène et s’installe à la place qu’il occupera tout du long : celle du musicien. Son espace est entouré de cartons posés au sol qui forment des supports pour les instruments ou appareils électroniques utilisés pour la composition en live de la bande sonore du spectacle. C’est justement sa richesse : ce ne sont pas des enceintes qui diffusent le son mais bien le musicien, devant nous, qui compose directement la musique. L’espace sonore est, tout au long du spectacle, partagé entre des voix d’enfants enregistrées, de la musique créée électroniquement ou encore des airs joués à la guitare. Notre ouïe est donc stimulée par des sources sonores plurielles, ce qui crée une atmosphère particulière. Dans ce spectacle, le point fort est aussi la multiplication des supports de jeu : le cirque, le slam, la danse, la gymnastique, le théâtre. Au fil du spectacle, Coline Garcia dresse de manière douce et poétique le portrait des familles qui l’ont entourée pendant tout son temps de réflexion, en diffusant des images de leur vie quotidienne et des voix d’enfants qui parlent de cette vie justement. À travers leurs portraits, elle nous expose aussi celui de sa propre famille, en décrivant des souvenirs parfois flous de son enfance et des récits de sa vie de maman.

À la fin du spectacle, le bord de plateau avec l’équipe artistique permet de mieux comprendre les intentions et objectifs qui les ont amenés à créer ce spectacle. Coline Garcia nous dit, à la fin, avec la même émotion que tout ce qu’elle nous transmettait pendant le spectacle : « Tout le travail en amont, en immersion dans les familles, m’a permis de me rendre compte que dans les familles de dix enfants il n’y avait pas moins d’amour. Dans toutes les familles que j’ai rencontrées, les personnes interviewées, peu importe qu’ils aient des parents séparés, qu’ils soient tout seuls ou qu’ils aient des frères et sœurs, me disaient toutes « ma famille, c’est une famille normale » ».

Juliette Bélanger

“We are very excited for tomorrow!”

Hello everyone! Here you have another summary of our day during the TeeNEXTersweek. 

We woke up between 7am and 8:30am to get ready and have a little breakfast before going to Le Grand Bleu. We arrived at Le Grand Bleu around 9:30am and we had a breakfastcoffee together. 

To continue waking us up, we did our daily artistic warm up with Naja, the Danish leader. We started with some games with chairs and pictures. The picture game was a really funny game, because one person started to act like an object, for example a dog, and we had to add things that fitted in the context so we could make the perfect scene. After those games, we gathered in teams to give reviews of yesterday’s show. 

After that, we got a sentence that was said in the show and we had to write a text with the precise sentence. One of the sentences was: “Don’t worry, everyone is still alive”, so you had to add that sentence in the text you wanted to write. 

The moment we finished writing our texts, we presented it to everyone. While almost everyone was doing this exercise, 4 teeNEXTers from each country did a little video to promote our restitution that will take place at la Condition Publique in Roubaix, tomorrow at 6pm. 

Then, around 11:30am, we finished some of yesterday before we had lunch. We got back to work at around 2pm. We worked on tomorrow’s restitution, some of us edited videos from earlier and we finished most of what we started to be ready for saturday. We are almost ready but we know tomorrow is going to be a busy day. “It is a lot of work, but we are very excited for tomorrow, it is going to be a big day for us!” 

Finally, we will go this evening to two different shows. 9 teeNEXTers will go to the “One Song’ show in Deinze, Belgium and the 8 others will go to the Opéra de Lille to see Boris Charmatz’s show called 10 000 gestes.

We’ll keep you updated on Saturday’s work and restitution which we are all very excited about!

TeeNEXTers

Sometimes a lie is better than the truth

The night air feels like a cold hug from an unwelcome stranger. As I turn to shield my face from the increasing stream of droplets, I notice the word  “Stadhuis” painted on the large glass facade of a building supported by industrial steel beams. I think to myself that I must be mistaken in thinking that this is the town hall. It looks so…wrong. But upon asking, I find myself perplexed. This ugly architectural experiment truly is the city’s democratic center. This is where laws and practices are upheld, this is the home of importance and integrity – of democracy. Its outer layer of hideous industrial architecture does not at all correlate to the inner beauty of local democracy. I think of airy spaces, natural light, openness and plants. Not this. The town hall – the home of integrity – is lying to me. It tells me that it is merely an unimportant office building. What a lie!

But it makes me think. It makes me think about the play I just witnessed. The strange, incomprehensible play. In an alien language, served through an alien media. As I walk on through the rain and the streets of Waregem, I am still not sure I quite understand what just happened. Actually I am sure that I don’t understand it. But I think it makes me think. And I quite like that. 

It makes me think about the play I just witnessed. About an old man misleading a whole group of documentarists. That was about all I got. My dutch is rather…inexistent. As he continued to dwell deeper and deeper into his own reality, he took the group with him in the fall. When they discovered that what he told them is not true, it is too late to change things. But the question is how much of a story the truth would have created. Not very much I think. 

Once I was 11 years old, my grandmother sat me down and told me that she suffered from themedical condition Alzheimers – an illness slowly devouring her brain. Tearing it apart like a Lego house slowly being disassembled. Three years later, she died from it. When she died, I was on holiday in Berlin with my father. He got the call just a few minutes after her death. I remember it very clearly. When he returned from taking the call, I could see in his eyes that something was not right. Which was contrary to what he told me. It was not until three days later when we came home that I was told. 

I wondered why as I felt a tear brushing my cheek as if trying to comfort me. It just added insult to injury. As if it wasn’t enough that my grandmother had died, I wasn’t allowed to know until it suited them. In the end, I came to the conclusion that it was kept from me so that it wouldn’t destroy the happy carefree holiday-feeling of being away. I eventually forgave him. Why should I be vexed with him, when all he was trying to do was to serve my best interest? What would I have gained from knowing earlier? The truth is often subjective. To me, not telling me was wrong – excessively. But still, it was an act of kindness and of love. Both at the same time. 

And as so, lies can be divided into two categories: Deception and misleading. To mislead is the act of telling a lie with a harmful intention. Which I think we can all agree on is inacceptable. But to deceive someone can be kind. It can be done out of care for the best of interests. To protect. So safeguard. To enrich. To love. To make. 

The Making of Berlin is a show I will never understand in its literacy. I don’t understand dutch. But I do understand human nature. And to take us along for the ride, to keep us in the belief that the story is real, is a very good way to show to all of us that lies aren’t necessarily evil. They can be entertaining. Or cultivating. Or even kind.

Osacr (Danmark)

« Today is a relax day »

We woke up between 7am and 8.30am. We showered and got ready. Some of us ate in the apartment while others ate at « The Grand Bleu ».

Like every morning, we did the artistic warm-up with Naja. Then, we had a workshop to discuss what to do today and for the rest of the week. Everyone split up in groups to finish their work.

The workday ended at 1pm and we had the afternoon for ourselves.

At 6pm, we will return at the theatre to watch the performance « Do the Calimero ».

The making of Berlin : the magic of a multi-faceted show

From November 10 to December 2, 2022, a number of contemporary theatre, dance and performance shows are showcased at the NEXT Festival in 15 cities of the cross-border region. It is in this context that the Berlin collective presented its project «The making of Berlin», a show both alive and recorded. 

The performance takes place in Waregem, Belgium. It shows the backstage of Berlin, a never released documentary, following the story of the exceptional life of a man who was the director of the Berlin Philharmonic Orchestra, and mainly of an unfinished representation of Wagner’s Twilight of the Gods.

The festival’s multiculturalism translates into the public with several languages that mix : French, English and Flemish. The video is in German but there are French and Flemish subtitles to allow everyone to understand.

During part of the show, the whole audience was confused because we didn’t know if we were watching a fiction or a documentary. The genre of the show was refined when it became alive and sticked to the video. Indeed, the curtain behind the canvas of the projection opened. Some people whisper among themselves, we are all surprised by what was happening. After dropping the first production, another came into play. So, behind the canvas, there was a musician who blew in a horn of harmony as well as a circular office where two men recorded images projected in the foreground. In the background, a giant screen broadcasts the film. Thus, The making of Berlin was shown through a triple direction.

The principle of hiding one direction by another is found in the film. Indeed, when the spectator thinks he has seen something or imagined that a sound comes from a certain place, he discovers the second production with the musician and part of the film team. Then, from the inside point of view of the story, the main character, Friedreich Mohr, is not totally honest with the crew, which calls into question the entire film.

In this way, the idea of the film changed and the filming team decided to make a making of the shooting. Even if the change of subject of the film is clear, what was originally supposed to be a documentary gradually becomes a fiction. The boundary between the two genres is thin, allowing the public to make their own interpretation.

Clarisse Guyard

“The making of Berlin” : Art playing with truth

The making of Berlin is a film and a play produced by the BERLIN collective. We saw it in Waregem, Belgium in CC de Schakel. It ends a fifteen-year series in which the group made portraits of multiple cities. The film is mixed with live music : a woman was playing the French horn behind a transparent screen. 

The public follows a team of directors who are producing a show. The movie begins when they meet an old man, Friedrich Mohr. Some key encounter during the show will make them rethink the entire project. The BERLIN group offers a beautiful but complex realisation around the concept of truth, especially in art. 

The show truly set an ambiance in the theatre. The way it is realised with all the close-ups but also the background music makes it completely immersive. Wagner’s classical but fervid music accompanies us from the beginning to the very end. It honestly feels like a police investigation, where we were uncovering the story at the same pace as the team. It was really well done and did us questioning the authenticity of the story. 

We can tell the public definitely liked the show from their reaction : we could constantly hear people laughing, gasping and also sounding confused. The show conveyed many strong emotions : “We looked at each other and got goosebumps” said Jeremy and Ansa, two teeNEXTers.

What makes a documentary and what makes a fiction is lying?

Beyond emotions, the show makes the viewers question the line between what is real and fake. During the research of the team, we lose track of reality. That causes confusion in the audience : “I have to admit I was confused because I didn’t know what I was watching”, said Jérémie. And that’s the point! In the after show we could ask the director some questions. He stayed unclear about what was genuine. 

« I was confused because I didn’t know what I was watching”

Jérémie

The idea was to explore what differentiates a documentary from fiction, where or when should we draw the line of truth in art. It makes us even wonder whether truth is necessary or not, if it is the purpose of art. This movie is presented as a middle ground between art and journalism. The line between both is often thin so we can get confused between what is fact and what is fiction. 

Han (Belgium) & Milane (France)

« Un besoin de passer à l’acte »

Yesterday, on the 15th of November, we went with 10 teeNEXTers to the dance performance of Katherine Andreou, named Mourn Baby Mourn. 

Katherine Andreou is a Greek actress and dancer who studied and lives in France. She has already done several performances. In her former shows, she had a very good structure but there is still room for improvisation. 

An example of a former show is BSTRD. In one corner of a ring-like set, a record spins on a vinyl turntable. Katherine is moving to the sound of house music, a hybrid flow of electronic music where samples and influences mix. It is precisely this composite nature that the choreographer transforms into movements in BSTRD. It is a bastard that is not an absence of origin, but a multiplicity of origins integrated into a new language, a choreographic writing composed of recurring gestures and moments of improvisation. 

Mourn Baby Mourn was mainly centered on a wall, which K Andreou built and then demolished, K. Andreou projected her text on it and danced with it.

This show was entirely produced by Katherina Andreou, she did the music, the text, the artistic direction and performance. 

This show, which was written during the covid pandemic, is all about ill-being (“mal-être in the text). The artist was going through a depression when she decided to do this show. It was really a way to escape those feelings by confronting them through dance. The result is an emotionally heavy show. The dance looks like a attempt to escape herself, the text is very dark, it really deals with her feeling of incapacity and her need to « passer à l’acte ».

We had the chance to talk at the end of the show with the artist, and she opened up about the difficulties of the first representations. She wasn’t over those feelings yet, and deal with them in front of people in such a frontal way was very hard for her. She wanted to wear her favorite clothes because it made her feel like herself during the show. 

The audience, which we were able to interview at the end, all felt the emotional weight of her performance. Many people heard about the show from their professors at school and they all loved it for many different reasons. Some of them liked the dancing, others liked the music but all of them were left speechless due to the emotions of the performance. 

Romane (France), Anne-Laure (Belgium) 

The making of Berlin

The play opens up with a drone’s view over a building, where the main character, an old Berliner man, and the troupe are shooting.

After that, we get to know all the members of the project, composed of Belgians, Germans and also a Russian woman.

The documentary presents many interviews and dialogues with this man, who tells the troupe that he used to play in a philharmonic orchestra during the second World War. He tells the Belgian crew that during the war they wanted to play a piece of Wagner, Götterdämmerung, in bunkers.

The man also shows two pictures of places where he played with the orchestra.

But at half of the play, we find out that what the man is actually telling a lie. Based on some information, showing us that the place in the picture had been destroyed months before he was supposed to play there, the producer and his troupe figure out that his story never really happened. The musician’s dream to tell the world his story is ruined, and the producer is quite convinced that they have to stop the project altogether. But, after a meeting with his colleagues, he decides to transform the whole story from a documentary into a fictional movie.

In the end we see an orchestra, divided in many stages, playing the Wagner piece. The main character is listening, and in the meantime, his role is played by another actor.

Marta (Italy)

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