Une réflexion sensible sur la famille et la place des femmes dans un monde régenté par les hommes. un spectacle du 7,8 et 9 novembre 2019 !
Comme revisité, ce conte moderne mis en scène par Odile Grosset-Range questionne ici la place de la femme dans ses rapports au monde auprès des plus jeunes. Dans un monde dominé par les hommes, l’auteur Mike Kenny, entraine les spectateurs avec lui dans une suite d’événements à la fois fantastiques, humoristiques et remplis de suspens.
Imaginez-vous immergé dans le décor d’une maison dans une époque pas si lointaine où trois sœurs se racontent leurs histoires. Un temps où les femmes n’auraient plus le droit de sortir sans la présence d’un homme, d’un garçon, d’un frère… Né alors le personnage de Jimmy Fisher, incarné par la troisième sœur, la benjamine, Princesse. Se révoltant contre des règles mises en place sans qu’on leur demande leur avis, les protagonistes : Stella (l’aînée), Régina (la cadette) et Jimmy/Princesse voient leur quotidien bouleversé quand vient l’hiver. L’arrivée des loups dans les rues, responsables de leur isolement, les empêchent alors de sortir, d’aller à l’école et de se promener dans la forêt. Cependant, en brisant les règles, elles prouvent l’obsolescence de celles-ci et font preuve de courage en s’opposant à celles-ci.
Ces trois comédiennes, seules sur scène incarnent à la fois des personnages féminins et masculins tout en finesse. Nous, spectateur, par la présence d’un décor nous entrainant tantôt dans une sorte d’entre soi protecteur et tantôt dans un univers sombre et inconnu, par un jeu de lumière original, ne pouvons que relater de la force immersive de ces derniers.
Une fable du monde moderne, compréhensible pour les plus jeunes servant d’armature aux questionnements sur les notions de genre et de féminisme à l’heure où la bataille pour l’égalité des sexes est loin d’être gagnée.
C’est dans l’atmosphère d’une frontière sensible entre maturité et insouciance que je me fonds au public du spectacle M.A.I.S.O.N, représenté au théâtre du Grand Bleu, un mardi soir de vacances scolaires. Avant que le spectacle ne commence, j’attends devant la salle avec les autres familles et enfants venus assistés au spectacle. Je m’imprègne de l’ambiance insouciante et curieuse qui se dégage dans l’air, les voix des enfants qui posent des questions se mêlent à celles de leurs parents qui leur proposent des pistes de réflexions. Les discussions des différentes familles, attendant patiemment que les portes s’ouvrent, se mêlent, se mélangent, et dressent déjà un portrait annonciateur de l’ambiance du spectacle : le portrait de la famille, en général. Celle avec un grand F, la Famille. La mienne, la vôtre, la leur. Celles que l’on connaît, celle que l’on côtoie, celle que l’on imagine, celles dont l’on s’écarte, celles que l’on regarde de travers : toutes les familles.
Une fois les spectateurs installés dans la salle, l’univers sonore de l’attente est comblé par les voix des enfants qui s’impatientent, qui supplient leurs parents de leur dire quand le spectacle va commencer et par les chuchotements des gens qui parlent de la jolie scénographie déjà visible sur la scène. À cela s’ajoute les bruits des fauteuils qui grincent, les bruits des pas feutrés sur le sol et dans les escaliers.
C’est au moment où les regards et les pensées se perdent, que le spectacle commence et nous prend en haleine d’émotion pendant 45 minutes. Frédéric Wheeler, l’un des deux interprètes du spectacle, entre sur scène et s’installe à la place qu’il occupera tout du long : celle du musicien. Son espace est entouré de cartons posés au sol qui forment des supports pour les instruments ou appareils électroniques utilisés pour la composition en live de la bande sonore du spectacle. C’est justement sa richesse : ce ne sont pas des enceintes qui diffusent le son mais bien le musicien, devant nous, qui compose directement la musique. L’espace sonore est, tout au long du spectacle, partagé entre des voix d’enfants enregistrées, de la musique créée électroniquement ou encore des airs joués à la guitare. Notre ouïe est donc stimulée par des sources sonores plurielles, ce qui crée une atmosphère particulière. Dans ce spectacle, le point fort est aussi la multiplication des supports de jeu : le cirque, le slam, la danse, la gymnastique, le théâtre. Au fil du spectacle, Coline Garcia dresse de manière douce et poétique le portrait des familles qui l’ont entourée pendant tout son temps de réflexion, en diffusant des images de leur vie quotidienne et des voix d’enfants qui parlent de cette vie justement. À travers leurs portraits, elle nous expose aussi celui de sa propre famille, en décrivant des souvenirs parfois flous de son enfance et des récits de sa vie de maman.
À la fin du spectacle, le bord de plateau avec l’équipe artistique permet de mieux comprendre les intentions et objectifs qui les ont amenés à créer ce spectacle. Coline Garcia nous dit, à la fin, avec la même émotion que tout ce qu’elle nous transmettait pendant le spectacle : « Tout le travail en amont, en immersion dans les familles, m’a permis de me rendre compte que dans les familles de dix enfants il n’y avait pas moins d’amour. Dans toutes les familles que j’ai rencontrées, les personnes interviewées, peu importe qu’ils aient des parents séparés, qu’ils soient tout seuls ou qu’ils aient des frères et sœurs, me disaient toutes « ma famille, c’est une famille normale » ».