Les teeNEXTers sont allés en Belgique pour découvrir Toverberg, une création de Louis Janssens et Ferre Marnef, de la compagnie Desnor. Une Montagne magique contemporaine sur les contradictions, questions et problèmes d’aujourd’hui – la pièce se poursuit là où Thomas Mann a achevé son récit!
TeeNEXTers : Noemi & Louise
TeeNEXTers : Elora & Andrea
TeeNEXTers : Eduard, Gaëlle & Catalina
Coup de chaud sur l’Arctique
« Arctique » d’Anne-Cécile Vandalen, représentation du 5 décembre 2019 au Théâtre du Nord.
Quand ma prof de français nous a expliqué brièvement ce que racontait la pièce, j’avoue que j’étais sceptique. L’histoire se déroulait en 2025 au Groenland et avait en partie comme but de sensibiliser à l’écologie. Même si je suis sensible à la protection de l’environnement j’avoue que le thème ne m’attirait pas du tout. J’avais peur que la pièce soit trop sérieuse, je n’avais pas envie de sortir du théâtre en culpabilisant de ne pas être assez écolo. Bref, je me suis dit qu’il fallait quand même que j’attende de voir la pièce avant de porter un jugement. Un peu avant 20h, j’entre dans la salle. Elle est grande, je m’assois. Comme à mon habitude et peut être comme tout le monde, j’observe avec attention le plateau. A première vue, rien d’exceptionnel, quelques chaises et quelques tables. Le plateau est grand. 20H, la pièce commence. L’écran projette des messages qui annoncent l’intrigue. La pièce se déroulera sur un bateau. Sept passagers seront à bord de ce navire pour des raisons mystérieuses. Ils ont été invités anonymement. Cette pièce contre toute attente m’a vraiment plu. Elle était très dynamique grâce à une mise en scène réussie. Un petit groupe jouait sur scène et des vidéos qui étaient tournées en direct depuis les coulisses étaient projetées sur un grand écran situé au dessus du plateau. Ces vidéos nous plongeront dans tous les recoins du navire : le pont, les couloirs et leurs cabines. La pièce est à la fois jouée sur scène et filmée à l’extérieur. Un mélange de théâtre et de cinéma. L’auteure a cependant réussi à ne pas créer de rupture entre le jeu au plateau et le jeu filmé, ce ne sera qu’un prolongement à chaque fois. Le personnage nous emmènera dans tous ses déplacements. Peu à peu, l’intrigue s’éclaircit et la présence des personnages sur ce bateau s’explique. Une histoire écolo-politique prenante. Cette histoire n’était finalement pas du tout moralisatrice. Même si elle aborde des questions climatiques, l’ambiance digne d’un thriller nous emporte et le second degré nous fait éclater de rire.
Nessim Ably
TeeNEXTers : Juliette & Femke
Des corps qui tournent (« As long as we are playing »)

Dans le cadre du festival Next, la compagnie belge Kabinet K nous a présenté ce week-end son spectacle « as long as we are playing » au théâtre du Grand Bleu à Lille.
Comme précédemment dans « Horses » et « Invisible » nous retrouvons sur scène des danseurs accompagnés d’enfants. Dans une atmosphère mêlant le jeu, la créativité, la danse et la musique, cette performance nous ramène à notre enfance.
Ici pas de parole, les émotions et les ressentis sont transmis par le corporel : le toucher, la respiration, le mouvement tantôt brusque tantôt tendre.
On retrouve beaucoup d’énergie dans ces corps qui tournent, luttent et s’exprime avec beaucoup de fluidité.
Les objets présents sur scène permettent aux artistes de manipuler, de créer et de faire entrer le spectateur dans un monde joyeux.
Les musiciens performants sur scène, utilisent un panel d’instruments ludiques, pour rythmer et accompagner cette belle bande de garnements.
Un spectacle extraordinaire, tout en poésie à voir en famille !
Jomana Billoire
As long as we are playing, l’art de jouer le jeu
Coréalisé avec le Gymnase | CDCN à Roubaix, dans le cadre du festival Les Petits Pas, et le Grand Bleu à Lille, As Long As We Are Playing est un spectacle enfantin mais universel. Par le jeu, la danse et la musique, le corps et la nature humaines se dévoilent grâce aux jeunes acteurs de la troupe Kabinet K.
Des ballons, une boite, un arbre et un grand mur gris au fond. Les spectateurs prennent place dans la salle, intrigués par ce décor. Une véritable cours de récréation reproduite sur scène. Les lumières s’allument. Des instruments se révèlent, posés sur le côté. Un enfant rentre, puis un deuxième. Ils commencent à jouer avec une cymbale et une chaîne en fer. Une première ébauche sonore, bidouillée par le choc des deux objets. Un autre arrive sur le plateau et s’amuse avec un cerceau en caoutchouc. Ils restent d’abord chacun dans leur bulle, avant de se mélanger et rigoler ensemble. Le jeu s’installe, les instruments se mettent au diapason ; l’harmonie se crée dans ce chaos enfantin. Plus cacophonique que mélodieuse ou virtuose, elle colle parfaitement à l’ambiance de récréation qui règne sur scène. Les acteurs courent de gauche à droite, sautent, crient et font un jouet de rien mais ne parlent pas, dans un ensemble déchaîné qui occupe tant l’espace que l’attention du public. Tellement que l’on s’y perd à suivre des yeux l’un ou l’autre espiègle.
Un art téméraire
Ils sont une dizaine sur scène, dont trois adultes. L’une au violon principalement, les autres occupant le reste de l’espace scénique. Ils dansent et jouent avec les enfants – au chat, à la balle, à cache-cache… Tout est prétexte à l’amusement. Parfois, les jeunes musiciens – c’est la première fois que la troupe Kabinet K fait appel à des enfants comme instrumentistes, à la batterie, au basson ou à la trompette – se mêlent à leurs camarades pour des chorégraphies effrénées. C’est à se demander si tout n’est finalement pas art, même un dessin puéril semble-t-il insignifiant scotché au mur.
Très vite, le spectateur, embarqué, réagit aux bêtises que font les enfants. A peine trois minutes après le début de la représentation, lorsque l’un manque de tomber du haut d’une pyramide humaine, les adultes comme les plus jeunes assis dans la salle de spectacle retiennent leur souffle à l’unisson. Les deux danseurs, Louise Tanoto et Kwint Manshoven, font virevolter leurs partenaires casses-cou dans des figures acrobatiques impressionnantes – mais non moins affolantes. Ils tournoient au sol comme dans les airs, maintenant en haleine le spectateur qui craint de les voir chuter ou pire ! Heurter le public.
Faut-il trouver un sens à l’insensé ?
“On n’a pas tout compris” avoue Alix à l’issue de la rencontre. Et s’il n’y avait rien à comprendre? Cette nouvelle création de la compagnie Kabinet K se veut inspirée par le documentaire Récréation de Claire Simons. En fait, le protagoniste principal n’est autre que le jeu lui même. Il est exprimé sous différentes formes tout au long de la représentation , à la fois par la gestuelle, la danse mais aussi la musique. On y retrouve les idées de complicité, d’amusement, de rencontre et d’échange. Il est révélateur des interactions humaines dans leur ensemble. Le spectacle entier est une aire de jeu qu’il convient à chacun d’interpréter.
Le conflit qui accompagne la récréation n’est pas étranger au scénario : les lumières se tamisent, la musique se fait plus grave. Les joueurs se disputent dans un enchaînement artistique qui s’achève avec le scotchage au mur d’une pauvre mini-victime. Un “mouahaha” diabolique résonne dans la salle, écho de l’un des enfants qui imitent au micro une sorcière ou on ne sait trop quelle créature malfaisante tout droit sortie de nos contes préférés. Loin d’être ridicule, cette parodie amène une profondeur au spectacle, une touche sombre qui rappelle que le jeu n’est pas que espiègleries sans fondement. Il est le révélateur de la nature humaine, que ces casses-cou en herbe incarnent si bien. Après tout, la vérité sort de la bouche des enfants.
Sélectionnés après quatre rencontres, les marmots ont été choisis par Joke Laureyns, metteuse en scène, “pour la balance qu’il y a entre eux. Assez différents, avec une tension et une harmonie possibles”. De même que Louise, la danseuse adulte d’origine britannique, qui ne parle pas la même langue qu’eux (le néerlandais, ndlr), ce qui les oblige à utiliser leur corps pour communiquer. L’idée d’associer des adultes à la représentation n’est pas anodine. Pour Joke, il est indispensable qu’ils passent plus de temps à s’amuser avec les plus jeunes plutôt que de rester concentrés sur leurs écrans. Le jeu lui paraît essentiel bien qu’elle le considère assez paradoxalement inutile.
Lors du processus de création, tout était centré sur ce jeu. Joke et Kwint ont fait travailler les enfants sur des exercices d’improvisation avant de commencer la mise en scène. Bien que, d’apparence, tout semble millimétré, il s’en dégage une certaine fraîcheur. Joke a voulu “trouver la spontanéité” des enfants, les faire jouer comme si c’était la première fois à chaque représentation. Et l’effet est réussi.
Gaëlle Sheehan et Susie Muselet
Le jeu est-il réservé aux enfants ?

Avec sa pièce As long as we are playing, Joke Laureyns tient à rappeler aux adultes l’importance du jeu. Collés à leurs écrans, ils oublient d’après elle l’importance de l’amusement. Avec son spectacle, elle nous interroge: le jeu est-il réservé aux enfants?
Le jeu tel que défini dans le dictionnaire est “une activité physique ou intellectuelle exercée dans le but de se divertir”. Parfois même est-il précisé “ sans aucune fin utilitaire”. Et si ces définitions étaient des non-sens ? Car, il est utile de rappeler que durant de nombreuses années, le jeu à été au coeur de la société: par les jeux d’arènes, le théâtre, il était presque réservé exclusivement aux adultes. Et s’entendre sur une telle caractérisation du jeu serait oublier totalement que c’est par lui que se créent initialement les interactions en société.
C’est par le jeu que les plus jeunes construisent du lien social et favorisent leur intégration dans la communauté. Alors, une fois les acquis sociaux maîtrisés, le divertissement devient-il moins nécessaire? C’est ce que les définitions laissent entendre. Elles justifient de façon flagrante l’abandon du jeu avec l’âge en insistant sur sa dimension récréative. La société actuelle considère qu’avec la maturité viennent les obligations, les responsabilités, et que ces dernières ne sont aucunement conciliables avec l’amusement. Le loisir et le plaisir sont laissés aux progénitures qui n’auraient, pour ainsi dire, rien de plus pragmatique à faire.
“La jeunesse, c’est la passion pour l’inutile” disait Jean Giono. Et “qu’est-ce qu’un adulte? un enfant gonflé d’âge” pensait Simone de Beauvoir. Comme il est si bien dit dans le film Yes Man, “le monde est un terrain de jeu, tous les enfants savent ça mais on finit par l’oublier en grandissant”. Est-ce par convenance sociale, par manque de temps ? Non, certainement pas par manque de temps.
Commençons par regarder les heures passées devant un écran : télévisions, ordinateurs, téléphones… La littérature comme le cinéma nous donnent la véritable explication. Et si, à l’image des adultes Banks de Mary Poppins ou D’Antoine de Saint-Exupéry, nous avions simplement cessé de croire. Michael et Jane Banks oublieront qu’ils se sont envolés avec des ballons parce qu’ils n’y croient pas. À l’image des grandes personnes, ils restent fermés, hermétiques au jeu. Le Petit Prince dit “toutes les grandes personnes ont été des enfants. Mais peu d’entre-elles s’en souviennent”. Peut-être ont-ils, peut-être avons nous, simplement perdu notre âme d’enfant.
Susie Muselet
Découvrir son corps et devenir un « super spectateur »

Une heure avant le début de As long as we are playing, spectacle de la troupe Kabinet K présenté au Grand Bleu, une vingtaine de personnes ont participé à l’atelier “Deviens un super spectateur !” samedi 30 novembre. Au programme : massage des pieds à la tête, étirements et leçon d’anatomie.
“Là, ce sont les phalangettes. Le pouce, il n’en a pas, il n’a qu’une phalangine et une phalange.” Dans la petite salle à l’ambiance tamisée du Grand Bleu à Lille, une petite dizaine de familles est rassemblée en cercle. Alice est celle qui a organisé et animé l’atelier “Deviens un super spectateur !” Elle est chargée de la médiation avec le public au Centre de Développement Chorégraphique National de Roubaix nommé Le Gymnase, qui a organisé le festival de danse Les Petits Pas destiné au jeune public. Son métier, c’est “faire rencontrer les artistes, les oeuvres et le public.” Et le but de l’atelier : préparer petits et grands au spectacle As long as we are playing de la compagnie Kabinet K. Durant trois-quarts d’heure, des enfants et leurs parents se sont amusés à échauffer toutes les parties de leur corps, découvrir leur fonctionnement et se mettre dans un état d’esprit de spectateur modèle.
Alice s’excuse, elle a la voix cassée. La séance commence par l’appropriation de l’espace, pour pouvoir bouger convenablement sans heurter rien ni personne. Bouts des doigts, métatarses, coudes ou genoux, l’animatrice explique méticuleusement chaque partie du corps au moment de faire travailler les différentes articulations. Un squelette ferme le cercle. Les jeunes curieux vont le toucher, le manipuler, découvrent quels os le constituent et comment le corps fonctionne. Leur corps. “Vous voyez la rotule, là ? Elle bloque le tibia et lui permet de ne pas partir vers l’avant.”
Les plus jeunes comme les plus âgés apprécient la session de détente pédagogique. “Vous allez être bien après”, plaisante Alice. Et ce n’est pas mentir. Les nouveaux “super spectateurs” repartent le sourire aux lèvres. “C’est une bonne idée de proposer un échauffement. C’est original, je n’avais jamais fait ça.” confie Solange, une maman ravie. “Ça permet d’être plus réveillé avant le spectacle, d’être plus en osmose avec ce qu’on va voir.” Vincent la rejoint et complète : “C’est chouette pour les enfants de les faire participer à une activité collective, avant un spectacle où l’attention est plus personnelle.” Un moment privilégié pour les familles.
Alors qu’Alice démonte méthodiquement le squelette, elle révèle, entre deux toux, ce qui lui plaît le plus dans son métier. “J’avais envie de présenter des moments de prise de conscience du corps. Surtout avant un spectacle, et particulièrement avant un spectacle de danse où [le corps, ndlr] est au centre. Prendre conscience de son corps, comme le font les artistes, est très important. C’est rendre accessible une oeuvre par la mise en place de ce genre d’interventions.”
Gaëlle Sheehan
